Critiques Cinéma

PRESENCE (Critique)

SYNOPSIS : Une famille emménage dans une nouvelle maison, où une mystérieuse présence hante les lieux.

En voyant les nombreuses expérimentations qui ont pavées la dense carrière de Steven Soderbergh, il n’est presque pas un abus de langage de dire qu’on pourrait presque s’attendre à n’importe quoi pour chacun de ses nouveaux films. Le réalisateur américain ne nous fait pas mentir – une fois n’est pas coutume – puisque ce Presence (écrit par nul autre que David Koepp, scénariste entre-autres de Jurassic Park, de L’Impasse et du Spider-Man de Sam Raimi) joue l’angle du film de fantôme investi par un twist scénique que seuls des cinéastes audacieux (et un peu casse-cou) comme Soderbergh peuvent se permettre : dans Presence, la caméra EST le fantôme. En entrant dans la salle de cinéma, le spectateur se retrouve propulsé dans les yeux de la présence éponyme, témoin de l’emménagement d’une famille dysfonctionnelle et d’une série d’évènements imprévisibles qui vont la confronter à l’impensable. Pas plus un film d’horreur qu’un drame ultra-intimiste dans les zones d’ombre d’une famille qui a un mal fou à communiquer, posant ses 4 personnages principaux comme nos repères au-delà de cette steadycam/fantôme qui nous filme l’action, Presence justifie son concept dès son ouverture par son absence de prétention, sa mélancolie sous-jacente et son virage dramatique particulièrement saisissant. Alors que l’on découvre les couloirs de cette maison toute neuve au moment où la famille Payne y débarque, la caméra flotte sans but entre les murs, descend et remonte les escaliers, se cache dans le placard de la pièce qui deviendra la chambre de Chloe (la fille adolescente) et regarde par la fenêtre comme si quelque chose l’attendait en bas. On comprend vite, par les mouvements de cette présence qu’elle ne sait pas ce qu’elle fait là, et qu’elle ne sait même pas qui elle est (idée confirmée au milieu du film par le passage d’une médium qui prétend pouvoir sentir notre fantôme). Soderbergh et Koepp font quelque part leur A Ghost Story, troquant les traditionnels frissons du film de hantise pour les contours discrets et subtils du drame dysfonctionnel flirtant avec le psychologique, cachant sa terreur dans l’inconnu de cette caméra. Ainsi, la principale réussite du long-métrage se trouve dans sa charge émotionnelle – la principale raison de cette émotion se réservant pour la clôture du film, nous n’irons pas plus loin sur le sujet pour ne pas vous gâcher l’expérience.



Presence n’est pas un film de terreur comme la tradition du récit de fantôme l’exige, on se retrouve face à une tension psychologique à la fois lugubre et profondément lumineuse, une exploration intense de l’humanité par le prisme d’un observateur invisible qui – comme le spectateur – se retrouve impuissant face à l’implosion progressive de cette famille et face à la perte de repère de notre personnage principal de l’autre côté de la caméra. Callina Lang interprète Chloe, l’adolescente de la famille, traumatisée par un terrible drame qui l’a secoué quelques mois plus tôt, et qui doit composer avec un frère qui réussit dans tous les domaines qu’il explore, une mère qui lui dit directement qu’elle préfère son frère à elle, et un père seul contre tous. David Koepp pose les bases de son scénario, de façon étonnante, dans les contours du coming-of-age, dessinant le récit de cette jeune fille qui tente de se remettre d’un deuil atroce en retrouvant ce qui fait son identité dans le monde.

Cette base permet au film de subtilement glisser vers des terrains bien plus sombres dans son dernier acte, balisé par une envie de projeter son concept de caméra-fantôme vers une exploration bien plus dense de la question de l’âme humaine. Si la fermeture du film coupe court à toutes nos théories sur la nature des évènements (c’est d’ailleurs le plus gros défaut du film, il prononce souvent à voix haute des éléments qui auraient gagné à être laissé à l’analyse du spectateur), l’impact émotionnel de ce dernier acte fait 100% mouche, proposant à la fois un inhabituelle expérience de cinéma, une très efficace étude de personnages et un spectacle empathique assez saisissant malgré sa simplicité esthétique et thématique apparente.



Devant la performance impeccable de Callina Lang et du reste de sa petite famille (Lucy Liu, Chris Sullivan et Eddy Maday), Soderbergh fabrique une belle surprise de cinéma, une manufacture puissante et entraînante qui assume pleinement son concept sans se trahir et sans rester en surface de ses quelques ambitions narratives. Le frisson qui parcourt le film n’a pas grand-chose de la terreur, il porte en lui une émotion très bien dosée sur la nature de son fantôme, aussi mystérieux qu’il est familier, et qui nous laisse comme prévu avec un petit trou dans le cœur en fin de parcours.

Titre Original: PRESENCE

Réalisé par: Steven Soderbergh

Casting :  Lucy Liu, Chris Sullivan, Callina Liang …

Genre: Epouvante-Horreur, Thriller

Sortie le: 05 février 2025

Distribué par: Dulac Distribution

EXCELLENT

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