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SYNOPSIS : Mark et son équipe apprennent à leurs dépens qu’on ne plaisante pas avec les frontières de la dissociation.
ATTENTION :
Cette critique contient des spoilers concernant la saison 1 !
L’outsider devenu grand favori dans le milieu de la série télé moderne, c’est typiquement l’étrange Severance qui avait fait tourner des têtes en apparaissant sur AppleTv+ il y a maintenant 3 ans. Créée par Dan Erickson, et produite/réalisée par un certain Ben Stiller, la saison 1 avait planté un décor particulièrement singulier sur le petit écran, développant un univers de SF jamais vu dans les couloirs froids et cliniques d’une série d’open-spaces se révélant prison pour ses protagonistes. Après une attente in-ter-mi-nable pour les fans (et pour cause, le cliffhanger de fin de saison était insoutenable), Severance est enfin de retour pour ramener Mark S. et ses collègues dans les bureaux de Lumon. Attente de 3 ans oblige : le récap de la saison 1 est obligatoire pour rattraper avec cette nouvelle salve d’épisodes – donc attention aux spoilers pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore découverte. Dans les dernières minutes de la série en date, les versions « innies » (celles à l’intérieur de Lumon Industries) profitaient d’une « overtime contingency » pour se réveiller dans le corps de leurs « outies » (leurs versions originales qui vivent à l’extérieur des bureaux). De nombreux secrets étaient alors révélés à nos héros : Helly R. découvre que sa « outie » est la fille de Kier Eagan, le PDG tout puissant de Lumon, Irving B. voit une série de tableaux présentant un couloir sombre, et découvre que Burt – l’homme avec qui il entretient une romance dans les couloirs de son entreprise – est marié avec un autre, et Mark S. apprend avec surprise que la femme de son « outie » n’est autre que Miss Casey – la « conseillère bien-être » de l’étage des personnes dissociées. La saison 2 démarre quelques mois plus tard : inexplicablement, Mark S. se réveille à son bureau, comme tous les jours. Mme Cobel, leur supérieure hiérarchique, a visiblement été renvoyée puis remplacée par M. Milchick, qui présente à Mark son nouveau groupe de collègues et toutes les nouvelles mesures qui ont été prises entre temps pour améliorer les conditions de travail des « innies « …

Toujours dans la lignée de ce que Dan Erickson et Ben Stiller avaient proposé avec leur première saison, revisitant la science-fiction en la baignant de modernité par une série de visuels absolument marquants et par une atmosphère dystopique perturbante dans le monde du travail en open-space, cette saison 2 de Severance vient confirmer le choc de sa première salve, parvenant à retrouver sa fougue et ses retournements de situation « mind-blowing » qui changent notre perception de cette histoire à chaque épisode. Si nous n’avons pu voir « que » les 6 premiers épisodes de cette nouvelle saison (qui en comptera 10, un de plus de la précédente), il est déjà clair que Erickson et son équipe de réalisateurs et de scénaristes ont charbonné pour tenir la série largement à la hauteur de sa promesse, tout en poussant le curseur encore plus loin dans les relations entre les différents personnages et dans l’envie surréaliste de son univers de science-fiction (on ne peut qu’avoir une pensée pour le regretté David Lynch, notamment dans cet épisode 4 qui réinvente complètement les bases de la série pour plonger ses personnages en plein cauchemar psychologique). Mais au centre de l’équation se tient surtout un casting absolument parfait en tout point, à commencer par les 4 de Lumon – Adam Scott, Britt Lower (qui plante encore plus la dissociation radicale entre les 2 versions de ses personnages, elle est prodigieuse dans cette saison 2), Zack Cherry et John Turturro. L’équilibre impeccable qu’ils construisent ensemble, à la fois sous les traits des versions « innies » et des « outies » de leurs personnages, permet à la série de développer au maximum son ambition dérangeante, tragique, philosophique et toujours aussi sarcastique sur les thèmes qu’elle explore, tout en garantissant des rôles de luxe à ses personnages secondaires. On pense en premier lieu à l’excellent Tramell Tillman qui s’octroie une place centrale dans cette seconde saison, son faux sourire et ses termes complexes continuant d’en faire une contradiction à la fois hilarante et perturbante qui fait planer le doute constant sur ses intentions.

On choisit alors de partir à bord de cette saison 2 de Severance, toujours aussi délicieuse et radicale, se faisant encore plus une place parmi les propositions modernes du petit écran (le premier plan de la saison, dirigé par un Ben Stiller en grande forme, vient spectaculairement faire courir sa caméra en plan-séquence dans les grands décors de Lumon) pour se tenir fièrement à la hauteur de ce que l’on pouvait attendre de son cliffhanger de fin de saison.

Chaque épisode réinventant à sa façon son propre concept de la « dissociation » et traversant petit à petit les frontières entre les 2 identités de chaque personnage afin d’en révéler le labyrinthe psychologique terrifiant qui se forme dans l’arrière-salle (à ce compte, l’épisode 1 reste le plus faible car il repose les bases après 3 ans d’absence, mais pave la voie à la folie narrative des épisodes suivants avec brio), Severance continue son bout de chemin avec une proposition à ne vraiment pas louper – et l’on sera évidemment là pour voir le dénouement de cette saison 2 qui promet de bousculer toujours plus les lignes, et de faire sauter quelques cerveaux au passage.
Crédits : Applet TV+








































































































































