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SYNOPSIS : Militant révolutionnaire, dandy, voyou, majordome ou sans abri, il fut tout à la fois un poète enragé et belliqueux, un agitateur politique et le romancier de sa propre grandeur. La vie d’Edouard Limonov, telle une traînée de soufre, est une ballade à travers les rues agitées de Moscou et les gratte-ciels de New-York, des ruelles de Paris au coeur des geôles de Sibérie pendant la seconde moitié du XXe siècle.
Fort d’une carrière cinématographique aussi foutraque et enflammée que punk et désespérée, le metteur en scène russe Kirill Serebrennikov n’a jamais caché son envie de mettre des coups de pied dans une fourmilière trop propre à son goût, se permettant grâce à ses longs-métrages – parmi lesquels son hit rock Leto, son errance punk et onirique La Fièvre de Petrov ou son dernier biopic romanesque La Femme de Tchaïkovski – de défier l’ordre établi pour construire ses propres mondes loin des conventions. Serebrennikov ne manque pas à l’appel pour son nouveau, encore une fois présenté en Compétition à Cannes, adaptant les écrits sulfureux d’Emmanuel Carrère dessinant les 1000 vies d’Edouard Limonov. A travers ce personnage-gigogne, tour à tour écrivain rebelle, auteur raté, résistant punk, prisonnier politique, fondateur d’un mouvement nationaliste et on en passe, le metteur en scène raccroche avec ses entreprises stylisées, cassant les traditionnels repères du biopic pour s’aventurer en hors-piste dans la déconstruction d’une figure sans pareille.

A travers sa Ballade, Serebrennikov raconte les différentes facettes de son protagoniste, à la fois dandy excentrique et misanthrope inquiétant, à la fois poète maudit et militant fasciste, à la fois artiste underground et dissident violent. Son Limonov, interprété par un Ben Whishaw en maîtrise – au détail près que le comédien britannique se retrouve affublé d’un accent russe obligatoire à couper au couteau – est une figure faite de contradictions, dans lesquelles le film se retrouve plongé par la même occasion. Par une mise en scène ample et bâtie sur des circonvolutions temporelles, Limonov La Ballade devient un objet quasiment impalpable, à la fois brillamment brumeux et paradoxalement bien vide de propos, ne saisissant que la façade austère de son « anti-héros » profondément détestable. Comme s’il se retrouvait pris en serre par son propre sujet et par la figure radicale du personnage qu’il adapte, Serebrennikov fait face au mur avec sa Ballade, ne décidant jamais vraiment quel axe prendre pour raconter son personnage, et faisant alors marcher ses personnages dans un cocktail trop dense, trop confus et trop vaniteux pour parvenir à actionner le détonateur promis par le cinéaste.

La fulgurance et l’insolence de ses précédents longs semblent ici remplacées par une certaine vacuité, un sentiment constant que le film n’a rien de tangible à offrir en terme politique, faisant de son Limonov le propre témoin de ses errances psychologiques et artistiques, sans pour autant lui donner la substance qui aurait été nécessaire à cet égard. Serebrennikov tente de raccorder les trouvailles stylistiques de son Leto, la narration brumeuse de sa Fièvre de Petrov et l’ambition romanesque de La Femme de Tchaïkovski pour condenser son œuvre par le prisme de son excentrique protagoniste, mais la recette ne prend jamais véritablement, restant au stade de l’expérimentation cinématographique volontairement ambivalente. Quelques idées scéniques parviennent pourtant à relever l’ensemble, notamment les transitions entre les époques qui font apparaître les dates importantes dans les spectaculaires décors montés pour l’occasion, ou dans une paire de plans-séquence qui permettent de prouver que le metteur en scène russe est encore dans le coup (on pense à celui qui ouvre le troisième acte, faisant littéralement traverser les feuilles de décors à Ben Whishaw alors que le monde continue de bouger, de changer, de s’écrouler et de se transformer autour de lui).

Malgré son sens affuté de la proposition scénique, Limonov La Ballade se heurte à son propre sujet, trop austère, trop froid, trop apathique, trop maudit et trop vicieux pour un carcan pas suffisamment décidé. Serebrennikov déçoit avec une œuvre pas vraiment à la hauteur de son cinéma, à l’écart de son ambition narrative pour mettre le paquet sur ses trouvailles esthétiques fascinantes et sur son envie démesurée d’écrire l’anticonformisme. On espèrera plus de son prochain film, là encore une adaptation littéraire au sujet enflammé, puisque le réalisateur russe s’attaquera à La Disparition de Josef Mangele écrit par Olivier Guez, le récit d’un bourreau nazi en fuite en Amérique du Sud après la fin de la Guerre… Serebrennikov aime le danger, et on attend maintenant de voir si le danger va continuer de lui rendre…

Titre Original: LIMONOV, THE BALLAD OF EDDIE
Réalisé par: Kirill Serebrennikov
Casting : Ben Whishaw, Viktoria Miroshnichenko, Tomas Arana …
Genre: Biopic
Sortie le: 04 Décembre 2024
Distribué par: Pathé Films
MOYEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































