Critiques Cinéma

LEE MILLER (Critique)

SYNOPSIS : L’incroyable vie de LEE MILLER, ex-modèle pour Vogue et muse de Man Ray devenue l’une des premières femmes photographes de guerre. Partie sur le front et prête à tout pour témoigner des horreurs de la Seconde Guerre, elle a, par son courage et son refus des conventions, changé la façon de voir le monde.

Ce film biographique sur Lee Miller commence par le bruit d’un cœur qui bat vite. On découvre la légendaire photographe de guerre, caméra autour du cou, se mettant à l’abri des explosions qui l’entourent lors de la seconde guerre mondiale. On comprend clairement qu’il s’agit d’une femme qui fera tout pour obtenir la photo parfaite, et elle y parviendra. Ses photographies de guerre et celles des victimes restent encore à ce jour parmi les plus significatives et les plus importantes de la Seconde Guerre mondiale. Les bases sont posées et après cette scène d’introduction, le film opère un retour en arrière et l’histoire commence réellement en 1938. Direction la France, où Lee Miller passe du temps avec des amis à faire des fêtes bohèmes au bord de la piscine. Elle profite de la vie et de ses compétences principales comme elle le dit au début du film : « boire, baiser et prendre des photos « . C’est à cette période qu’elle rencontre son futur mari Roland (Alexander Skarsgård). Après avoir profité des beaux jours, ils décident de se diriger vers Londres, mais à mesure que le temps passe, et que l’arrivée au pouvoir de Hitler se rapproche d’eux, elle se sent obligée de s’impliquer dans la lutte. Elle décide de postuler pour un emploi chez Vogue mais en tant que femme d’âge moyen, elle refuse d’être considérée comme un modèle et une muse pour les artistes masculins. Elle préfère se consacrer à la photographie. Après avoir obtenu le job, elle décide de défier les règles de l’époque en se rendant sur les lignes de front, et ce, malgré les nombreux obstacles qui se mettent en travers de son chemin, notamment ceux liés à son statut de femme.


Le film explore la décennie la plus importante de la vie de Lee Miller, celle qu’il l’a fait découvrir aux yeux du monde entier au travers de ses photos. Elle a utilisé son appareil photo pour donner une voix à des choses sans-voix, capturant des images choquantes et horribles, elle a changé la photographie de guerre pour toujours. Mais elle a payé un prix personnel énorme, c’est également la période qui l’a bouleversé et traumatisé à jamais. Accompagné de son collègue et ami, le photographe du magazine Life, David Scherman (Andy Samberg), Lee Miller fut l’une des premières civiles à découvrir les atrocités commises dans les camps de concentration nazis de Dachau et Buchenwald, ce qu’elle y vit la hantera toute sa vie. Kate Winslet arrive à nous transmettre tout ce traumatisme, notamment avec une seule scène unique et muette dans laquelle elle examine les victimes, les lieux au travers de son appareil, sa cigarette qui se consume toute seule formant un nuage dans ses yeux. Cette scène intervient comme le point d’orgue de la prestation de Kate Winslet qui est montée crescendo avant de redescendre dans le dernier tiers du film. Bien qu’elle soit un peu trop âgée pour le rôle (la véritable Lee avait la trentaine au moment des faits), Kate Winslet est formidable et incarne une héroïne loufoque mais coriace. Elle arrive parfaitement à capturer l’esprit du personnage, une femme féroce et engagée qui utilise ses mots comme des armes. Son interprétation rebondit brillamment sur Andrea Riseborough qui incarne la rédactrice en chef de Vogue, Audrey Withers, ainsi qu’Andy Samberg qui laisse de côté son instinct comique pour mettre en valeur ses talents dramatiques.

Kate Winslet qui a été partie prenante dans ce projet passionnant a passé plusieurs années à le faire décoller et voulait que celui-ci soit réalisé par une femme. C’est chose faite, puisque le film est réalisé par Ellen Kuras qui tourne ici son premier film après avoir été directrice de la photographie (Eternal Sunshine of the Spotless Mind). C’est surement dû à ce dernier point que le film est en grande partie axée sur la photographie, l’utilisation de la couleur offre un contraste frappant entre les teintes légères et colorées de l’avant-guerre et les gris purgatoires de l’Allemagne d’après-guerre. Cela délivre un équilibre entre la détermination de Miller et les blessures psychologiques qu’elle a accumulées. Le tout avec une musique qui colle parfaitement au thème, un mélange orchestral signée Alexandre Desplat.


Adapté de la biographie The Lives of Lee Miller, écrite par son fils, Antony Penrose, le film a bénéficie également d’un accès étendu à ses archives privées, ce qui le rend assez proche de la réalité. On obtient un biopic émouvant et bien réalisé sur un sujet qui mérite d’être honoré. Ce n’est pas non plus le film le plus audacieux ou le plus original sur le plan formel, mais l’alchimie entre Kate Winslet et Andy Samberg est incroyable. C’est un film indéniablement percutant : le regard d’une femme photographe sur la guerre et ses conséquences.

Titre Original: LEE

Réalisé par: Ellen Kuras

Casting : Kate Winslet, Andy Samberg, Alexander Skarsgård…

Genre: Biopic, drame, guerre

Sortie le: 9 octobre 2024

Distribué par: SND

EXCELLENT

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