ENTRETIENS

NOS ANNÉES 80 : Entretien avec Jérôme Wybon : « La même envie d’offrir un panorama le plus large possible… »

Deux ans après la mise en route avec Studiocanal de la collection Nos Années 70, Jérôme Wybon lance la collection Nos Années 80 dans laquelle il exhume des classiques de cette décennie qui fut très fertile et conçoit des suppléments inestimables. Entretien avec un infatigable chercheur d’archives.

Comment est née cette nouvelle collection et quelle a été l’impulsion pour qu’elle voit le jour ?

Autant j’avais initié la collection Nos Années 70, autant l’idée est venue ici de Studiocanal, avec la même envie d’offrir un panorama le plus large possible de ce que le cinéma français a produit durant cette décennie.

L’ambition de départ de Nos années 80 est la même que pour Nos Années 70 , réhabiliter des films oubliés et la recherche de suppléments inédits ou y’a-t-il une différence ?

C’est la même approche, avec ce mélange de films populaires et d’autres moins connus, et avec parfois des archives venant de fonds inédits par rapport aux films traités dans Nos Années 70, ce qui donnera une couleur un peu différente à ces éditions. Davantage d’archives filmées en vidéo par exemple, avec l’abandon du 16mm pour le reportages TV au milieu des années 80. Il y a par exemple fonds Sygma Télévision qui a démarré en 1984 en allant sur plein de tournages. J’avais déjà proposé un Making of sur le Blu-Ray Studiocanal de Tenue de soirée, à partir de rushes inédites sur le tournage. J’aimerais le refaire sur certains films de la collection Nos Années 80.

Quelles différences fais-tu entre les années 70 et les années 80 dans le cinéma français ? Par exemple, la forme prédomine t-elle sur le fond dans la décennie 80 ? Quels sont selon toi les incontournables de cette décennie ?

Il y a une vrai différence, d’abord technique, avec le retour des films en Cinémascope, l’arrivée du Dolby Stéréo. Et bien sûr, plein de nouveaux metteurs en scène (Gilles Béhat, Denis Amar, Pierre Jolivet, Catherine Corsini, Christopher Frank) et une nouvelle génération de comédiens et de comédiennes. Les titres incontournables.. Ils le sont tous… pour différentes raisons ! Un acteur, une actrice, un metteur en scène, une scène, une musique…

Comment as-tu choisi les films qui composeront cette nouvelle collection ?

Comme pour Nos Années 70, nous sommes partis sur des films totalement inédits sur le support blu-ray. Donc pas de rééditions ici des Spécialistes ou de Notre Histoire. La plupart des films avaient déjà été édités en dvd mais cela remonte à plus de 20 ans, souvent dans la collection Studio Magazine initiée par Studiocanal au début des années 2000. Mais Il y aussi la volonté de proposer des films qui n’étaient jamais sortis en dvd. C’est le cas de Josepha de Christopher Frank dans la première vague, et de Je vais craquer de François Leterrier en décembre. Je vais essayer de proposer un inédit dans chaque vague, soit tous les trois mois.

La première salve est très riche avec des films à même d’exciter les cinéphiles les plus exigeants, que ce soit par la popularité des titres ou la richesse des suppléments. As-tu trouvé de véritables raretés ?

Sur Pour 100 briques t’as plus rien, il y a un extrait de la pièce de théâtre en 1976, avec les jeunes François Cluzet et Tonie Marshall. Sur Josepha, il y a une longue interview carrière de Bruno Cremer qui date de 1991, juste avant son virage pour la télévision avec Maigret. Et sur Le Choix des armes et Une étrange affaire, il y a des Making of d’époque, invisibles depuis 40 ans.

Peux-tu déjà nous dire quels seront les films qui composeront la prochaine salve et leur date de sortie ?

Il y a aura Tir Groupé , Pile ou face et Je vais craquer, avec des très belles archives sur chaque film, certaines sont même restaurées en 2K.

As-tu été surpris des retours que tu as eu sur Nos années 70 jusqu’à maintenant et as-tu des regrets quels qu’ils soient à ce jour ?

J’ai lu parfois des reproches sur l’absence des affiches originales sur les jaquettes. Mais c’est toujours la nostalgie qui prend le dessus dans ce genre de remarques, souvent loin de la réalité. Cette idée qui veut que les affiches, c’était mieux avant. Or les affiches moches ont toujours existé quelle que soit la décennie. Et même certains beaux visuels ont parfois mal vieilli. Et on ne peut pas garder une affiche pour un film, et prendre une photo pour un autre. Il faut une charte graphique uniformisée, et surtout ouvrir la collection à des publics qui ne connaissent pas forcément les films. Ce ne sont pas des collection nostalgiques. Les films de patrimoine sont vivants, leur perception change avec les années. Il ne faut pas les figer dans le temps. Mais au final, ce qui est important, c’est le disque, la possibilité de voir le film en HD loin des DVD totalement dépassés techniquement. Je suis aussi heureux du retour sur les archives, notamment les longs entretiens carrières sur Bernard Fresson, Jean-Pierre Marielle, Pierre Richard ou Alain Delon. Je vois que cela fait plaisir. Par contre, il va falloir que je mette davantage d’entretiens avec des comédiennes !

Quand tu seras arrivé au bout de ces deux missions penses-tu à Nos années 90 ou penses-tu que tu auras fait le tour du sujet ?

Je me demande d’abord si le support physique existera encore quand on aura fini la collection Nos Années 80 ! Plus sérieusement, j’aurai bien volontiers fait le voyage inverse et exploré les années 60.

Gérer de front deux collections de ce type te permet-il de continuer à réaliser des documentaires  ?

Oui, les vagues ont lieu tous les trois mois, et j’ai déjà beaucoup préparé en amont chaque vague, que ce soient les titres choisis mais également les archives.

Propos recueillis par Fred Teper

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