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BEETLEJUICE BEETLEJUICE (Critique)

SYNOPSIS : Après une terrible tragédie, la famille Deetz revient à Winter River. Toujours hantée par le souvenir de Beetlejuice, Lydia voit sa vie bouleversée lorsque sa fille Astrid, adolescente rebelle, ouvre accidentellement un portail vers l’Au-delà. Alors que le chaos plane sur les deux mondes, ce n’est qu’une question de temps avant que quelqu’un ne prononce le nom de Beetlejuice trois fois et que ce démon farceur ne revienne semer la pagaille…

Lors de la sortie de Beetlejuice en 1988, Tim Burton âgé de 26 ans avait déjà réalisé Pee-wee’s Big Adventure, mais sa plus grande percée fut véritablement Beetlejuice qui lui ouvrit indirectement la voie à Batman, Ed Wood et Charlie et la Chocolaterie. Beetlejuice était à la fois une comédie sur fond d’histoire de fantômes et une aventure macabre avec une performance sauvage, délabrée et bavarde de Michael Keaton, qui était hilarant et dément. Le film fut un succès et donna naissance à un dessin animé, des jeux vidéo et une comédie musicale à Broadway, mais une suite était attendue depuis longtemps. Beetlejuice Beetlejuice s’ouvre sur le picotement de la musique de fantômes nerveuse signé Danny Elfman, ainsi que sur un plan aérien de la ville pittoresque de Winter River. Winona Ryder reprend son rôle de Lydia Deetz, l’héroïne gothique courageuse qui a été forcée d’épouser Beetlejuice dans le film de 1988. Désormais devenue médium professionnelle, elle anime sa propre émission de télévision de chasse au paranormal. Veuve, elle a une fille adolescente nommée Astrid (Jenny Ortega) qui la déteste et un petit ami, Rory (Justin Theroux) qui est également son producteur. La belle-mère de Lydia, Delia Deetz (Catharine O’Hara), est devenue une artiste de galerie multimédia et une influenceuse. Après la mort soudaine de son mari, Charles, ils se retrouvent tous à Winter River pour Halloween afin de vider la maison. Lydia est narguée par des souvenirs de ce vieux démon et s’efforce désespérément de protéger sa famille. Très vite ils se retrouveront mêlés à Beetlejuice (Michael Keaton), qui est lui-même confronté à la menace de son ex-femme déchaînée. Delores (Monica Bellucci) est un démon suceur d’âmes qui l’a épousé au 14ème siècle, alors qu’il pillait les tombes des victimes de la peste.

Surfant sur le côté nostalgique, Tim Burton raconte son histoire de vivants et de morts, en y ajoutant ses traditionnels vers des sables, mais également un train des âmes vers l’au-delà. Les parties romantiques du film sont tout droit sorties des années 80, quant au monde souterrain, le réalisateur en fait une société alternative avec des règles et une moralité à l’envers. Cela devient un immense terrain de jeu tordu pour lui mais également pour la créatrice de costumes Colleen Atwood (collaboratrice régulière depuis Edward aux mains d’argent) ainsi que le directeur de la photographie Harris Zamabarloukos.

Du côté du casting, on retrouve, évidemment, beaucoup d’interprètes du précédent film, avec en tête d’affiche Winona Ryder. Elle joue son personnage d’une façon remarquable, elle est plus désemparée que jamais et transmet la présence doucement sombre et fragile de quelqu’un qui a traversé beaucoup d’épreuves. C’est peut-être parce que son petit ami est un crétin égocentrique qui parle en termes thérapeutiques progressistes pour couvrir son opportunisme flagrant. Ou peut-être est-ce parce que sa fille n’éprouve que du mépris pour les préoccupations fantomatiques de sa mère, qu’elle considère comme une pure illusion. Cette dernière, Jenna Ortega, reprend avec brio le flambeau laissé par Ryder dans le premier opus. Michael Keaton se glisse à nouveau dans la peau rance de Beetlejuice. Comme toujours, il est sensationnel et délivre une énergie obscène avec cette même ruse de crapule. Catherine O’Hara est aussi de retour dans le rôle de la belle-mère artiste et narcissique. Et pour passer outre toute gêne liée à l’ancien membre du casting Jeffrey Jones (condamné pour délinquance sexuelle), son personnage, Charles, se voit attribuer un segment en bande dessiné qui se termine par une morsure de requin. Il passe ensuite le reste du film à rôder dans l’au-delà sous la forme d’un tronc giclant de sang sans tête. On retrouve également un ancien acteur de films de série B qui dirige la police de l’au-delà, interprété par un délirant Willem Dafoe. Quant à Monica Bellucci, son personnage n’est pas vraiment un élément de l’intrigue mais plutôt un moyen pour Tim Burton de donner au film des secousses régulières d’énergie macabre. Cadavre découpé en morceaux, elle est présentée en train de se réassembler membre par membre à l’aide d’une agrafeuse sur l’air de Tragedy des Bee Gees. La présentation visuelle de Delores est tout simplement exceptionnelle et rappellera aux puristes de Burton la poupée de chiffon rafistolée Sally, un personnage de son meilleur travail en tant que producteur dans L’Étrange Noël de Monsieur Jack de Henry Selick.

En revenant sur les lieux de ses triomphes passés, on retrouve la patte de Tim Burton qui nous avait manquée depuis tant d’années. Beetlejuice Beetlejuice est un exercice de style nostalgique, une balade dans d’anciens lieux hantés, qui renoue avec le style monstre-kitsch du film original. C’est l’une de ces suites qui passe beaucoup de temps à regarder en arrière, une farce qui fait ressortir la sensibilité clownesque venue de l’enfer son réalisateur. Ce film est une réussite et permet à Tim Burton de s’en donner à cœur joie dans le genre qu’il maitrise le mieux et cela se ressent.

Titre Original: BEETLEJUICE BEETLEJUICE

Réalisé par: Tim Burton

Casting : Michael Keaton, Winona Ryder, Jenna Ortega…

Genre: Comédie, Fantastique, Epouvante-horreur

Sortie le: 11 Septembre 2024

Distribué par: Warner Bros. France

EXCELLENT

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