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SYNOPSIS :Violet, maîtresse d’un truand spécialisé dans le blanchiment d’argent pour la mafia, se prend d’une passion violente pour Corky, voleuse, en liberté provisoire après cinq ans de prison et qui repeint l’appartement de ses voisins. Violet décide de séduire Corky. Elle ne manque pas d’arguments car son compagnon cache dans leur appartement deux millions de dollars.
Le nom des Wachowskis, dont l’héritage a déjà laissé une trace indélébile dans l’histoire du cinéma moderne, évoque en premier lieu leurs révolutions de SF. Matrix, Cloud Atlas, Sense8… Chacune de leurs œuvres, même les plus ratées, se trouvent dignes d’intérêt et ont poussé le duo de sœurs à devenir une marque incontournable dans leur registre. Mais dans leur folle filmographie, c’est le premier long-métrage qui est indubitablement le moins connu et le plus sous-estimé. Ici, pas de voitures supersoniques, pas de « I know Kung-Fu « et pas de Channing Tatum qui fait du roller dans les airs : Bound est un film noir centré sur deux femmes qui mettent en place un plan pour voler l’amant de l’une d’entre elles et s’enfuir avec l’argent… 1996, Bound débarque sur les écrans après maintes pérégrinations au sein de sa production (notamment les producteurs exécutifs qui auraient insisté pour que les deux scénaristes fassent de l’une des deux protagonistes un homme). Les Wachowskis viennent de vendre le script de Assassins (qui, sur demande de Richard Donner, sera presque intégralement réécrit par Brian Helgeland) et celui d’un certain Matrix. Bound fait alors figure de première réalisation pour les deux sœurs, à l’époque où il n’était pas encore question de leur coming out, ce qui rend la lecture de leurs premiers films encore plus savoureuse. Bound est-il déjà un film qui prédisait leur transidentité ? Pas sûr, mais il est indubitablement une romance lesbienne qui laisse peu de place au doute et qui porte d’ores et déjà les marques du futur de leur cinéma si singulier.

Le film raconte les méandres de la relation entre Corky et Violet. Corky est une ex-détenue au style masculin, payée pour retaper un appartement dans un certain immeuble. Elle y rencontre alors la femme d’à côté, la fameuse Violet, maîtresse de Caesar – une petite frappe chargée du blanchiment d’argent pour une Mafia locale. Après que les deux femmes aient entamé une liaison sulfureuse, Violet fait part à Corky de son désir de s’enfuir, et mettent sur pied un plan : Caesar est sur le point de recevoir un gros paquet d’argent et est censé le remettre à son supérieur dans un timing très serré…

Bound joue de ce lien – celui du titre, pour nos ami.e.s non bilingues – entre ses deux héroïnes pour livrer deux facettes de la féminité dans le milieu du thriller de gangster, qui a toujours été majoritairement porté par les regards masculins. Violet est très féminine, elle porte un rouge à lèvres perçant et parle d’une petite voix très aiguë. Corky a des cheveux courts, des traits masculins et travaille comme réparatrice (un métier viriliste pour évoquer les clichés que le film disrupte). En les mettant face à face, à égalité dans leurs parcours d’émancipation, sans aucun processus de jugement ni de rabaissement, les Wachowskis tendent à plonger leurs deux protagonistes dans une spirale néo-noire où l’écriture au suspense hitchcockien vient se poser sur une mise en scène clinique étoffée par le travail visuel percutant de Bill Pope, par les décors d’Eve Cauley et par les costumes de Lizzy Gardiner. Comme dans la suite de leur travail scénique, leurs personnages glissent sur le concept de l’identité et de l’expression de genre, suivant une voie détournée pour faire assoir leur perspective à un monde qui cherche à les arrêter. Bound est un film de casse profondément intelligent et redoutablement méthodique, où la violence sèche et la sensualité des scènes de sexe brisent les conventions de l’époque en imposant une romance lesbienne au centre de l’image – dans un travail qui continue d’être salué pour sa représentation loin des clichés.

L’énergie jubilatoire du film est notamment due à son duo de tête, les personnages proposant à Gina Gershon et Jennifer Tilly deux performances génialement addictives et matricielles du cinéma des Wachowskis (leur rencontre dans l’ascenseur, en début de film, avec ces jeux de regards derrière des lunettes de soleil entre deux personnages habillés de cuir, rappelle singulièrement l’esthétisme qu’elles vont concevoir quelques années plus tard dans leur Matrix). Dans un jeu de séduction susurrant et magnétique, jamais vulgaire ni sensationnaliste, Corky et Violet s’imposent comme un illustre couple de cinéma des 90s, frontalement cinématographique mais aussi brillamment anti-conventionnel – et par conséquent intemporel. Bound est une intense curiosité trop oubliée, le premier coup d’éclat des Wachowskis qui assurent un polar clinique et savoureux, frappé d’un suspense extrêmement généreux et d’un appétit esthétique impressionnant. Mais malgré tout, cette belle merveille en dehors des radars continue d’inspirer des cinéastes, puisque récemment c’est la réalisatrice Rose Glass qui s’est offert un certain Love Lies Bleeding dont la filiation est évidente et intensément plaisante. Entre Gina Gershon/Jennifer Tilly et Kristen Stewart/Katy O’Brian, il y a presque 30 ans de cinéma, preuve que ce Bound était déjà bien en avance sur son temps. Mais cette conclusion semble être la marque de fabrique de la filmographie des Wachowskis, ou plutôt leur éternelle malédiction…

Titre Original: BOUND
Réalisé par: Lilly Wachowski, Lana Wachowski
Casting: Jennifer Tilly, Gina Gershon, Joe Pantoliano…
Genre: Policier, Drame, Erotique, Thriller
Sortie le: 6 novembre 1996
Distribué par: –
EXCELLENT
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 90








































































































































