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SYNOPSIS : Suite au kidnapping de la fille d’un puissant magnat de la pègre, un groupe de criminels amateurs pensaient simplement devoir enfermer et surveiller cette jeune ballerine afin de pouvoir réclamer une rançon de 50 millions de dollars. Retirés dans un manoir isolé, les ravisseurs commencent mystérieusement à disparaître, les uns après les autres, au fil de la nuit. C’est alors qu’ils découvrent avec horreur, que la fillette avec lesquels ils sont enfermés n’a rien d’ordinaire.
Ce mercredi un nouveau film d’horreur débarque dans les salles. Rien de bien déroutant nous direz-vous. Celui-ci fait pourtant partie de ces propositions, moins conventionnelles, et surtout plus généreuses, que ce qu’on a l’habitude de voir ; nous pensons qu’il peut créer la surprise. C’est important de le préciser car dans ce registre les salles sont inondées d’objets putassiers, il faut donc faire le tri. Heureusement récemment nous avons eu la chance d’avoir à portée de main le génial Vermines (qui était de haute volée) et le très plaisant Immaculée. Abigail, sans se hisser selon nous au niveau de ces deux films, représente une tentative plus ou moins fructueuse de proposer elle aussi un spectacle travaillé, et ça c’est un bon point. Nous avons eu la chance de découvrir le film bien en amont de sa sortie et donc en restant vierges de toute promotion. L’effet de surprise était donc maximal et nous pensons, spécifiquement dans le cas de ce film, qu’il s’agissait d’une bonne chose. Malheureusement depuis, qu’il s’agisse du synopsis ou des photos officielles, une partie du mystère est brisé même si nous comprenons qu’il faut bien vendre le film. Puisque nous ne nous étions pas renseignés avant de le voir, nous avons eu la sensation au cours du long métrage, qu’à certains égards, Abigail se rapprochait d’un certain Wedding Nightmare, une proposition délicieusement délirante que nous avions découvert en salles en 2019. Cette sensation s’est aisément expliquée après coup par le fait qu’il s’agit des mêmes réalisateurs : Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett à qui l’ont doit aussi les deux derniers Scream (d’où d’ailleurs la présence dans Abigail de Melissa Barrera). Alors que le drama Scream VII est en train de se clôturer, mais sans les gens que nous venons de citer, voyons ce qu’ils nous ont concocté tous ensemble sur Abigail.

En lisant le synopsis et en voyant les photos vous l’aurez peut-être compris, Abigail reprend à sa sauce la thématique des vampires. C’est décidément de nouveau la mode des buveurs de sang en ce moment entre Vampire humaniste cherche suicidaire consentant et le prochain En attendant la nuit. Une reprise de mode que nous constatons à date, saine, lorsque l’on voit la singularité de ces propositions et la réussite qui en découle. Parce que oui, Abigail a un certain côté inhabituel, ce n’est pas un divertissement paresseux (hormis sur l’écriture mais nous y reviendrons), il aurait d’ailleurs pu avoir une meilleure note. Le film a presque tout pour lui : de la générosité à revendre, des scènes d’action efficaces, un début de mythologie classique mais dépoussiéré avec une montée en puissance qui happe aisément le spectateur (d’autant plus avec l’effet de surprise lorsque l’on ne sait rien du film). Le gros hic ce sont ses personnages. Dans Abigail c’est ainsi toute une galerie qui s’offre à nous puisqu’après avoir enlevé la petite fille (que la bande ignore dangereuse), les malfaiteurs vont se retrouver coincés avec elle au cœur d’un manoir. Entre réunification des forces, chamailleries et dézingage au compte-goutte, on peut le dire, tous les personnages occupent une place fondamentale dans le récit. Le problème c’est qu’ils sont agaçants et pas toujours futés (même le personnage de Melissa Barrera sur lequel le film décide de placer ses billes, par exemple lorsqu’elle enlève le bandeau des yeux de la petite fille, quoi qu’en dise le personnage pour le justifier, que cela soit par son passé à la mords-moi-le-nœud ou le fait qu’elle était supposée être la seule à interagir avec l’enfant, ce n’était quand même pas malin), tous l’incarnation d’un archétype pas très intéressant avec souvent un passé sans saveur voire niaiseux. On citera encore une fois le personnage de Melissa Barrera, omniprésente et pourtant assez agaçante ; on préférait son personnage dans Scream. Mais elle est loin d’être la seule à crisper le spectateur. Entre le regretté Angus Cloud qui surfe sur la vibe Euphoria en proposant grosso modo la même chose, la profondeur en moins, le sympathique Kevin Durand qui joue le grand gaillard très musclé un peu bête sur les bords, ou les fades personnages de Kathryn Newton et William Catlett (on n’évoquera pas le flirt absolument risible entre ce dernier et le personnage de Barrera) on n’est pas vraiment gâtés. Reste tout de même le charismatique Dan Stevens qui est vraiment fun. Son personnage est extravagant et en roue libre en termes d’écriture mais c’est pour la bonne cause, heureusement d’ailleurs qu’il est là.

En dehors de ce groupe aux gros bras plus ou moins cassés il y a bien sûr Abigail (l’impressionnante Alisha Weir) et quelques autres surprises que nous ne révélerons pas. Concentrons-nous donc sur elle : qu’il s’agisse de l’actrice, de la façon dont elle est dirigée ou de la manière dont est mis en scène son personnage, c’est un sans-faute. Sa gestuelle, sa bestialité, ses déplacements… le film est redoutablement efficace à ce niveau. La « petite fille » ne va pas se contenter de liquider un par un les membres du groupe qui l’a enlevée, elle va surtout jouer avec eux et les traquer aussi paisiblement que violemment, suivant le rythme qu’elle aura décidé de donner à sa chasse. Abigail n’est pas simplement une petite fille vampire, c’est un véritable bulldozer : attendez-vous à des combats soutenus. A l’inverse de beaucoup de films d’horreur infects qui sont avares lorsqu’il s’agit de montrer des choses à l’écran, préférant placer ici et là ce que nous appelons les jump scare de la glande, Abigail régale le spectateur. Nul besoin de craindre d’attendre 1h45 en espérant qu’il se passera quelque chose, le film n’est pas là pour se moquer de vous, bien au contraire.
Petite surprise que nous n’attendions pas, la générosité d’Abigail se retrouve malgré tout un peu ternie par une galerie de personnages un poil nanardesque qui semble trop cocher les cases d’un mauvais cahier des charges. Même si le film tente de montrer différentes facettes desdits personnages, on ne peut s’empêcher d’être un peu agacés, y compris par celui de sa protagoniste incarnée par Melissa Barrera pour laquelle les scénaristes ont brodé une storyline clichée et dénuée d’intérêt qui n’aide en rien à éprouver de l’empathie envers le personnage. Quel dommage de s’être enfermés dans des schémas d’écriture où le genre est déjà bien trop souvent empêtré. Heureusement la petite Abigail contrebalance cela avec une traque spectaculaire, fun et remplie d’hémoglobine. On y retrouve le même côté assumé que dans le jouissif Wedding Nightmare, celui d’un délire qui va jusqu’au bout de son parti pris où le plaisir ne fait l’objet d’aucune rétention ; la maîtrise n’en est toutefois pas au même niveau. Dommage car avec une écriture plus ciselée, Abigail aurait pu prétendre à marquer plus durablement les esprits. Que cela ne vous dissuade toutefois pas d’aller le voir, vous en aurez pour votre argent.

Titre Original: ABIGAIL
Réalisé par: Simon Cellan Jones
Casting: Melissa Barrera, Dan Stevens, Alisha Weir…
Genre: Epouvante-Horreur, Thriller
Sortie le: 29 mai 2024
Distribué par: Universal Pictures International France
BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































