Critiques Cinéma

BLUE & COMPAGNIE (Critique

SYNOPSIS : Bea, une jeune fille, découvre un jour qu’elle peut voir les amis imaginaires de tout le monde. Commence alors une aventure magique pour reconnecter chaque enfant à son ami imaginaire oublié.

Nouvelle pièce ajoutée à la carrière de John Krasinski-réalisateur (après les deux volets de Sans un Bruit, dont il a confié la réalisation du prochain préquel Day One à Michael Sarnoski), Blue & Compagnie témoigne d’un radical changement de format, de ton et de public visé. L’ancien Jim Halpert de The Office est père de deux filles, nées en 2014 et 2016, et tend avec son nouveau film à s’adresser directement à elles ; ou plutôt, à construire une œuvre sur mesure pour elles. Car IF (le titre original du film, à comprendre Imaginary Friend) est un conte sur la période de l’enfance et sur la puissance réparatrice de l’imagination, en plus d’être un récit familial lumineux, dont l’on comprend aisément la genèse. Le film suit la jeune Bea (Cailey Fleming), 11 ans, vivant seule avec sa grand-mère (Fiona Shaw) depuis le décès de sa mère et les séjours à l’hôpital de son père (John Krasinski lui-même). Un soir, elle rencontre derrière la porte de l’étage d’au-dessus un certain Cal (Ryan Reynolds) et la drôle de ménagerie qu’il accueille chez lui. En effet, Bea se découvre un étrange pouvoir : elle voit les amis imaginaires des gens ! Apprenant petit à petit à contrôler cette capacité grâce à l’expérience de Cal, Bea entreprend alors d’accompagner ces divers AIs (Amis Imaginaires, bien entendu) en les aidant à se reconnecter avec leurs enfants qui les ont oubliés en grandissant…

Krasinski (qui réalise et signe le scénario) compose un récit enfantin au concept visuel exacerbé, qui sonne dès son introduction comme une lecture en live-action de la « méthode » Pixar. Mis à part les quelques clins d’œil et autres emprunts (la séquence d’intro façon Là-Haut, la notion d’Enfant attribué à chaque personnage comme dans Toy Story, ou encore des créatures loufoques qui représentent façon métaphores peu subtiles des émotions à la Vice Versa), Blue & Compagnie parvient rapidement à convaincre par les trouvailles nombreuses de son script et le dosage redoutable de l’émotion distillée tout au long du film. Sans jamais tomber dans le mélo grossier ni dans le spectaculaire gratuit, le long-métrage maîtrise avec une énergie rare un concept simplement posé et une intense galerie de personnages très hauts en couleurs, lui conférant un joli air de conte intemporel dans lequel les enfants comme les parents pourraient se retrouver.

En soit, l’univers visuel foisonnant développé par Krasinski, donnant à tous les amis imaginaires un aspect esthétique différent par l’usage de diverses textures et technologies, sert surtout de prétexte à explorer l’esprit et les traumas de cette jeune fille qui sort d’un drame particulièrement violent et qui angoisse à l’idée d’en retraverser un. A travers cette quête de l’Ami Imaginaire, de cette figure bienveillante qui t’accompagne et te connaît comme personne, Bea parcourt les questionnements existentiels liés au pouvoir de l’imagination face à la douleur de certains drames. La jeune Cailey Fleming est remarquable, dans une performance constamment sur le fil, faisant de sa protagoniste une enfant qui tente de devenir adulte bien trop vite, face à un père qui au contraire essaie de lui faire garder son innocence. Le casting de Blue & Compagnie est rempli à ras bord de stars hollywoodiennes, à commencer par Ryan Reynolds qui, même si son rôle et sa partition sont un peu en ligne droite, constitue un atout sympathie direct. Les AIs sont à leur tour incarnées par les voix d’un beau parterre de stars, dont on citera Steve Carrell, Phoebe Waller-Bridge, Emily Blunt, Matt Damon, Maya Rudolph, Bradley Cooper, Awkwafina ou encore Sam Rockwell, et l’on retrouve également le regretté Louis Gossett Jr. dans la peau d’un ours en peluche patriarche d’une douceur inespéré, à qui le film est également dédié. On ne manquera pas non plus de noter la jolie performance de Fiona Shaw, dont le personnage est au cœur d’une très émouvante intrigue secondaire.

En bref, Blue & Compagnie est une réussite profondément douce et particulièrement bienveillante, qui tirera (façon Pixar) quelques larmes entre deux sourires enfantins, notamment accompagné par la photographie de Janusz Kamiński (directeur de la photo de Steven Spielberg depuis La Liste de Schindler) et la composition musicale de Michael Giacchino. En revitalisant les rêves, les angoisses et les émotions d’enfance dans un melting pot burlesque et lumineux, habillé avec grand talent par la mise en scène très précise d’un John Krasinski appliqué, Blue & Compagnie fait le job, et bien plus. En se servant de l’émotion pour combler les fossés entre les générations, en s’inspirant de ses modèles et de ce qu’on imagine être les films de chevet de ses filles, Krasinski dessine une superbe chronique familiale, un brin chaotique dans son écriture à cause de son envie de parler de tout et de sa surabondance de personnages secondaires, mais foncièrement habitée d’une singulière magie que l’on ne se refuserait pour rien au monde.

Titre original: IF

Réalisé par:  John Krasinski

Casting: Ryan Reynolds, Cailey Fleming, Mylène Farmer…

Genre: Aventure, Comédie, Famille, Fantastique

Sortie le: 8 Mai 2024

Distribué par : Paramount Pictures France

EXCELLENT

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