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SYNOPSIS : Takumi et sa fille Hana vivent dans le village de Mizubiki, près de Tokyo. Comme leurs aînés avant eux, ils mènent une vie modeste en harmonie avec leur environnement. Le projet de construction d’un « camping glamour » dans le parc naturel voisin, offrant aux citadins une échappatoire tout confort vers la nature, va mettre en danger l’équilibre écologique du site et affecter profondément la vie de Takumi et des villageois…
Les bases du nouveau Ryusuke Hamaguchi sont posées assez rapidement. Dix minutes, c’est environ le temps écoulé avant que le moindre mot ne soit prononcé. Durant ce laps de temps, un long extrait musical nous laisse savourer la partition du compositeur Eiko Ishibashi tout en montrant la splendeur de la nature. Les rivières gelées et les arbres enneigés nous présentent le village de Mizubiki où une petite communauté de 6 000 habitants vit en symbiose avec l’environnement rural. La caméra du directeur de la photographie Yoshio Kitagawa traverse les bois faisant une longue promenade au travers de la cime des arbres hivernaux où l’on découvre Hana (Ryo Nishikawa), une enfant de 8 ans heureuse et volontaire qui se promène dans la neige tandis que son père célibataire, Takumi (Hitoshi Omika) accomplit ses rituels quotidiens : couper du bois pour le chauffage et collecter de l’eau. Le temps passe et obnubilé par ses taches, il en oublie d’aller chercher sa fille mais les habitants du village veillant les uns sur les autres, elle rentre chez elle à travers la forêt, jusqu’à ce que son père la rattrape, la photographie de Kitagawa nous laisse les entrevoir, disparaissant derrière une butte et émergeant de l’autre côté avec Hana chevauchant son dos.

Les magnifiques paysages de ce petit village isolé où les habitants mènent une existence modeste nous laissent penser qu’il se situe loin des grattes ciels de Tokyo, et pourtant il est suffisant près pour être accessible rapidement en voiture, Mizubiki constitue une destination touristique potentielle attrayante. Peu de temps après, une société cyniquement opportuniste (Playmode) envoie deux représentants Takahashi (Ryuji Kosaka) et Mayuzumi (Ayaka Shibutani) qui viennent pour acquérir un terrain qu’ils ont hâte de développer pour lancer la construction d’un site de « glamping ». Ce mot et ce concept excentrique de « glamping » (camping glamour) sonnent comme une agression contre la nature aux yeux de ses résidents. Lors d’une scène se déroulant sans musique et en temps réel, Takahashi s’énerve poliment pour tente d’arranger les choses en parlant des effets du développement sur la qualité de l’eau de source locale, les villageois quant à eux s’inquiètent à juste titre des effets environnementaux négatifs auxquels ils pourraient être confrontés. On apprécie la facilité avec laquelle Hamaguchi réussit à transformer une discussion sur l’efficacité d’une fosse septique en un drame aussi captivant. Le retour en voiture de nos deux émissaires lui donne également le temps de les humaniser et c’est un expert dans l’art de façonner les interactions entre les personnes, la dynamique changeante rappelle certaines des formidables scènes de répétition de Drive My Car. Il fait également de Takumi un père attentionné mais oublieux et un travailleur infatigable, sa présence à l’écran est forte et ancrée avec une teinte de chagrin lié à l’absence inexpliquée ou à la perte de la mère d’Hana. Kosaka et Shibutani ont quant à eux des arcs lumineux en tant qu’intrus malheureux, leur détachement initial se dissout à chaque aperçu de ces villageois et des exigences quotidiennes très différentes de leur vie à Tokyo.

Tout est bien conçu dans ce film, de la musique en passant par les décors et le son, ainsi que le message recherché. Même le titre est important en soi, car il peut sembler anodin jusqu’à ce qu’un revirement de dernière minute nous rappelle et remette en question ce titre étrange. Il est rare que les scènes finales d’un film changent si sensiblement l’inflexion de son sens pour finalement nous rappeler amèrement qu’il n’y a pas de nature apaisante, même si le mal n’existe pas dans cette paisible communauté, l’injustice existe certainement.

L’un des précédents films de Ryusuke Hamaguchi, Drive My Car, lauréat d’un Oscar, nous présentait de longues scènes de dialogues intrigants et de longs silences tout aussi magnétiques. Dans Le Mal n’existe pas il applique également ce mode opératoire à l’environnement naturel. Un drame plus compact où les deux côtés d’un conflit semblent travailler vers un terrain d’entente. Le film finit par se transformer en un drame humaniste imprévisible et captivant sur les violations de la nature. Après l’excellent Contes du Hasard et autres fantaisies le réalisateur japonais livre ici une œuvre d’une puissance indéniable.

Titre original: AKU WA SONZAI SHINAI
Réalisé par: Ryūsuke Hamaguchi
Casting: Hitoshi Omika, Ryo Nishikawa, Ryûji Kosaka…
Genre: Drame
Sortie le: 10 avril 2024
Distribué par : Diaphana Distribution
EXCELLENT
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































