Critiques Cinéma

BLUE GIANT (Critique)

SYNOPSIS : La vie de Dai Miyamoto change lorsqu’il découvre le jazz. Il se met alors au saxophone et s’entraîne tous les jours. Il quitte Sendai, sa ville natale, pour poursuivre sa carrière musicale à Tokyo avec l’aide de son ami Shunji. Jouant avec passion, Dai arrive un jour à convaincre le talentueux pianiste Yukinori de monter un groupe avec lui. Accompagné de Shunji qui débute à la batterie, ils forment le trio JASS. Au fil des concerts, ils se rapprochent de leur but : se produire au So Blue, le club de jazz le plus célèbre du Japon, avec l’espoir de changer à jamais le monde du jazz.

Le succès populaire du manga seinen Blue Giant de Shinichi Ishizuka aura amené cet étonnant morceau de bravoure jusqu’au grand écran. Produit par le studio NuT et mis en scène par Yuzuru Tachikawa (à qui l’on doit Death Parade, Mob Psycho 100 ou encore les deux derniers long-métrages Detective Conan), cette transposition de Blue Giant se pose enfin en France, et promet un festival son et lumière hors normes. Le film raconte la quête de Dai Miyamoto, un jeune saxophoniste débutant à la fougue inextinguible. Lorsqu’il se passionne pour la musique jazz après un concert, Dai décide de déménager à Tokyo pour réaliser son rêve. Sur place, il partage un appartement avec Shunji Tamada, un ancien camarade de classe, et rencontre le jeune prodige Yukinori Sawabe, un pianiste hors-pair. Ils décident alors de s’entraîner ensemble en poursuivant leur rêve ultime : être programmé au So Blue, le club de jazz le plus prestigieux du Japon.


Blue Giant est, à l’origine, un manga particulièrement atypique, se servant de la réalité pour creuser le rythme de sa narration. Façon tranches de vie, Shinichi Ishizuka raconte le coming of age d’un adolescent visant son rêve de devenir le plus grand saxophoniste du monde, pour pouvoir se plonger dans les hauts et les bas de l’industrie musicale. Le film suit donc la première série de la saga, découpant l’arrivée de Dai à Tokyo et ses rencontres avec Shunji et Yukinori, deux personnalités atypiques avec qui il va partager un bout de chemin. Toute la singularité de Blue Giant se trouve donc dans son approche de la musique : c’est un pur récit de jazz, le dessinant sous toutes ses facettes avec un amour trépidant et un sens follement malin du rythme. Le film respire le jazz par tous les pores, à un tel point qu’on se demande à certains instants si Damien Chazelle n’est pas caché quelque part…


Dans son empreinte visuelle, Blue Giant embrasse totalement le travail colossal du son et la patte assumée de la musique (voulue authentique et orchestrale, absolument rien ne sonne artificiel ou exécuté par ordinateur). A travers un récit initiatique frontalement écrit, gonflé à l’innocence du rêve et à la tragédie de la désillusion, les scènes musicales sont légion et traversent les passages les plus impressionnant du film, habillés d’un travail esthétique absolument sensationnel. Si le plus gros défaut du film (qu’il est difficile d’oublier bien qu’on s’y exécute tout de même) se trouve à l’intérieur des séquences et des personnages animés en 3D au milieu des décors 2D – coupant l’émotion des visages à certains moments-clés – ces scènes se permettent de laisser décoller la caméra, de la faire vaciller et balancer à travers les excentriques décors du long-métrage. Tout est constamment en mouvement, dans son découpage comme dans son montage, se réinventant sans cesse pour s’imprimer sur la rythmique-même de la musique jazz. L’usage des couleurs est ainsi particulièrement intéressant, permettant des séquences absolument sublimes qui mettent au tapis toutes les autres propositions cinématographiques du genre. Blue Giant est une œuvre aussi géante que son titre le laisse supposer, une lecture d’animation fastueuse et intelligente, qui livre son quota d’émotions fortes tout en saisissant à bras-le-corps l’histoire de ce jeune garçon au rêve flamboyant (certains tropes narratifs du film renvoient parfois au genre du shōnen).



Et bien évidemment, la qualité la plus évidente du film est due à la pianiste Hiromi Uehara, compositrice de la bande-originale et doubleuse du piano de Sawabe, qui signe une partition époustouflante de richesse. Au casting vocal, le trio principal est formé par Yuki Yamada, Shotaro Mamiya et Amane Okayama, qui livrent trois performances très convaincantes au cours des – quand même – 2 heures de film. Objet à la fois atypique et limpide, Blue Giant est une réussite flagrante, une ode à la passion sur fond de jazz et de rêve en lévitation. Si quelques incertitudes technologiques manquent de peu de briser le fantastique travail d’immersion de ses concepteurs, on pardonne aisément lorsque l’on se laisse prendre à cette traversée trépidante et bouillonnante d’émotions (avec un final musical stupéfiant qui donnera un écho aux fans de Whiplash). Yuzuru Tachikawa réalise un petit exploit avec la transposition du manga au cinéma, parvenant à en faire un festival visuel et sonore impressionnant, qui nourrit toujours plus la richesse et la complexité de l’animation japonaise contemporaine.


 

Titre original: BLUE GIANT

Réalisé par:  Yuzuru Tachikawa 

Casting: Yûki Yamada, Shôtarô Mamiya, Amane Okayamaa…

Genre: Animation, Drame

Sortie le: 6 Mars 2024

Distribué par : Eurozoom

EXCELLENT

 

 

 

 

 

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