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SYNOPSIS : En 1928, alors que Paris vit au rythme des années folles, la danseuse Ida Rubinstein commande à Maurice Ravel la musique de son prochain ballet. Tétanisé et en panne d’inspiration, le compositeur feuillette les pages de sa vie – les échecs de ses débuts, la fracture de la Grande Guerre, l’amour impossible qu’il éprouve pour sa muse Misia Sert… Ravel va alors plonger au plus profond de lui-même pour créer son oeuvre universelle, le Bolero.
Anne Fontaine nous revient avec Bolero un long métrage sur la création…du Boléro pardi. Pour celles et ceux à qui cela ne parlerait pas, vous connaissez pourtant sûrement ce (long) morceau de musique, d’une durée d’environ seize minutes, avec un air extrêmement entêtant qui se répète petit à petit jusqu’à monter en puissance. C’est Maurice Ravel qui l’a composé et c’est donc lui qui se retrouve au cœur du film. Toutefois comme son titre l’indique c’est presque davantage sur la conception douloureuse de ce ballet que la narration va se focaliser plutôt que sur Maurice Ravel en tant que tel même si le film couvre de nombreuses années de sa vie. Nous qui sommes rarement fans de biopics (tous trop similaires et mécaniquement racontés) le parti pris nous a de prime abord séduit. Le film est-il alors aussi hypnotisant que le morceau dont il narre la naissance ?
Bolero couvre comme nous le disions plusieurs années de la vie de Maurice Ravel (même si les dernières ne sont pas particulièrement marquantes dans le film) et souffre malgré son envie de se focaliser sur le Boléro du même problème que de nombreux biopics : tout est fait pour nous amener à un point en particulier, puis une fois l’apogée atteinte (en l’occurrence ici la présentation du Boléro) tout retombe un peu car subitement on se concentre uniquement sur l’homme et plus sur le but qui l’animait et le faisait trébucher face à une deadline qui se rapprochait aussi inlassablement ; deux exercices d’écriture différents qui ne s’imbriquent pas toujours forcément bien. Vous l’aurez déduit, c’est donc en premier lieu (et majoritairement) sur la composition du Boléro que tout va s’axer même si on suit un peu la psychologie de Maurice en filigrane. Maurice Ravel se voit ainsi commander un ballet par la démonstrative Ida Rubinstein (incarnée par la géniale Jeanne Balibar) qui est persuadée qu’il va obligatoirement faire des merveilles. Pourtant Maurice a le syndrome de la page blanche, du moins à sa façon. Comme beaucoup de gens considérés comme des génies et des visionnaires, Maurice Ravel nous est dépeint comme quelqu’un d’assez atypique avec des difficultés à mettre en œuvre certains rapports humains (notamment les rapports de séduction), sa passion dévorante pour la musique étant aussi une forme de don écrasant. Chaque son du quotidien peut le submerger et tel un catalyseur Maurice s’en imprègne, les laisse l’habiter, lui parler, afin qu’à un moment où tout cela aura suffisamment infusé, la naissance se produise de façon fulgurante sur le papier. C’est lors ce long périple que le spectateur va avant tout découvrir Maurice.
Malgré ses difficultés sociales, Maurice est loin d’être un ermite. Il voyage beaucoup et prend un malin plaisir à côtoyer Misia (Doria Tilier), une femme mariée avec qui il ne semble pas vouloir franchir le pas de quoique ce soit. Elle l’inspire toutefois pour sa musique, ce qui peut s’avérer pour Maurice être une fin en soi. Maurice dont nous parlons depuis le début de ce papier est incarné par Raphaël Personnaz et c’est bien sûr lui, avec le Boléro, l’autre vedette du film. Attachant, rigide, précis, il fait mouche dès le début dans son interprétation. On y croit et c’est bien là le principal. D’ailleurs de façon générale l’univers du film semble bien documenté et retranscrit de façon crédible le quotidien dans lequel aurait pu évoluer Maurice. Le film nous happe assez aisément car malgré son aspect biographique assez classique, l’histoire est intéressante car justement tout y est difficile. De la conception du Boléro jusqu’à sa « livraison ». Ida souhaite en effet un ballet érotique tandis que Maurice, offusqué, affirme avoir en tête quelque chose de plus mécanique et va même jusqu’à emmener Ida dans une usine pour lui faire écouter les bruits environnants. En désaccord sur le sujet, Maurice se sentira finalement dépossédé de son œuvre qui a pourtant eu l’avenir qu’on lui connaît une fois glissée d’entre ses mains. Tout ce périple prendra un peu subitement fin une fois les dernières années de Maurice abordées et marquées par la maladie. On le suit alors comme il a vécu à la fin : muré dans le silence, prisonnier dans une sorte de monde parallèle dont il ne peut extirper ni matérialiser aucune idée musicale pour lui donner forme dans la réalité. Difficile probablement de rendre cela très passionnant mais nous avons un peu eu la sensation que c’est à ce moment-là que le film a choisi une route qui n’était pas indispensable : passer du Boléro à Maurice sans réussir à animer plus que ça sa fin de parcours. D’autant plus que la performance de François Alu à la fin du film ainsi que le titre de ce dernier montrent bien qu’au fond, la vraie star du film, c’est bel et bien le Boléro.

Bolero est donc un portrait (on parle bien de celui du morceau) qui s’il est loin d’être marquant ou fulgurant a le mérite d’être instructif, de contextualiser et ainsi de donner vie à la genèse de ce qui s’avère aujourd’hui être l’un des airs les plus connus et écoutés au monde. Même si au milieu de tout ça Maurice Ravel apparaît avec le recul assez accessoire, déjà prédisposé à être le chef d’orchestre de l’ombre d’un morceau qui lui échappera totalement, nous pouvons compter sur Raphaël Personnaz pour lui donner autant de vie et de prestance que nécessaire par rapport à la marge de manœuvre que lui donne le scénario.

Titre original: BOLÉRO
Réalisé par: Anne Fontaine
Casting: Raphaël Personnaz, Doria Tillier, Jeanne Balibar…
Genre: Biopic, Musical
Sortie le : 06 mars 2024
Distribué par : SND
BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































