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SYNOPSIS : Dans DUNE : DEUXIÈME PARTIE, Paul Atreides s’unit à Chani et aux Fremen pour mener la révolte contre ceux qui ont anéanti sa famille. Hanté par de sombres prémonitions, il se trouve confronté au plus grand des dilemmes : choisir entre l’amour de sa vie et le destin de l’univers.
Dire que ce deuxième volet de Dune était attendu comme le Messie n’a rien d’une prophétie tant les impatiences du public se sont rapidement cristallisées autour de ce nouveau bloc après le succès de son grand frère en 2021. Toujours chapeauté par le réalisateur canadien Denis Villeneuve, l’un des architectes-cinéastes les plus fascinants du cinéma contemporain, cette relecture du classique absolu de la littérature de science-fiction avait placé la barre très haute avec son premier opus en parachevant ce que beaucoup s’obstinaient à appeler couramment « l’adaptation impossible ». En allant chercher Villeneuve pour composer avec les écrits de Frank Herbert, Legendary Pictures et la Warner tablent sur une approche du gigantisme brute de décoffrage, laissant les envies surréalistes de l’adaptation scrappée d’Alejandro Jodorowsky au paradis des éternels fantasmes de cinéma pour y injecter son goût de l’humain et de l’étroite connexion entre l’organique et la technologie. Par ses teintes métalliques, grisâtres implantées par des décors et des costumes empruntés au brutalisme, le réalisateur canadien fait de son Dune un objet blockbusteresque unique en son genre, au casting surarmé et à l’appétit visuel intense. Dans l’optique de faire de ce deuxième épisode une suite dans la directe lignée de cette première pierre, Villeneuve réunit à nouveau son équipe pour remettre le pied sur Arrakis…

Dune : Deuxième Partie commence exactement là où le premier a laissé les personnages. Après la terrible frappe-éclair des Harkonnen qui a fait tomber la Maison Atréides, Paul et Lady Jessica (parmi les très rares survivants du massacre) ont fuit à travers le désert d’Arrakis avant de trouver refuge chez une tribu Fremen. Paul y a rencontré Stilgar – leur leader – et Chani – qu’il apercevait depuis longtemps dans ses visions de l’avenir. Alors que Jessica assume ses responsabilités de Bene Gesserit et que Paul doit se faire aux us et coutumes des Fremens pour pouvoir justifier de sa place, la légende de l’arrivée du Lisan Al-Gaib fait grand bruit et pose sur les épaules du nouveau Duc Atréides une responsabilité majeure. Avec l’idée en tête de se venger de ceux qui ont détruit sa famille, Paul va devoir assumer ses pouvoirs pour devenir le Messie de Dune.

Sous la forme d’un mastodonte de plus de 2h45, un bloc dense et granitique qui fait souffler le sable des dunes d’Arrakis dans un constant geste de bravoure, cette Deuxième Partie de Dune rejoint les réussites de son grand frère pour en tirer encore plus de grand spectacle. L’épique prend ici une nouvelle tournure, plus complexe et plus imbriquée, distillant petit à petit les pistes narratives et mythologiques qui vont mener les personnages vers les intrigues sanguinolentes qui pavent les suites littéraires. Ainsi, l’ambition de Villeneuve transparaît clairement quand de nombreuses idées semblent colossalement appeler l’arrivée prochaine d’un troisième volet, au titre déjà tout trouvé (allez, on prédit sans grand risque un certain Dune Messiah). Mais loin de faire de ce deuxième volet un épisode de transition, il est surtout une conclusion aux récits initiés dans le premier opus. Le scénario de Villeneuve, Jon Spaihts et Craig Mazin passe la seconde et initie considérablement les racines religieuses et prophétiques du premier bloc d’Herbert. On y retrouve tout particulièrement la complexité morale qui donne sa structure au roman, brouillant les frontières entre le bien et le mal, entre le destin et le hasard, entre le sacrifice et la cruauté, ou encore entre la foi et le mensonge. En écorchant l’image de Timothée Chalamet, qui donne à l’incarnation de son Paul Atréides un air d’adolescent revanchard vite soufflé par son devoir prophétique et l’avenir terrible qui s’annonce dans les futurs qu’il aperçoit, Dune : Deuxième Partie capte l’âme des romans d’origine en n’ayant pas peur de se refuser aux schémas classiques du white savior ou du héros ordinaire qui se rebelle contre l’ordre établi. La soif de pouvoir montante de Paul, qui sert de catalyseur au dernier tiers pour commencer à introduire les thèmes du très probable troisième opus, pose un vent diablement investi et furieusement bien ficelé dans ses propositions narratives (même si on lui reconnaîtra effectivement quelques longueurs qui tirent ces presque 3 heures).

Guidé par une équipe qui retrouve ses principaux artisans au sein de son équipe technique, Dune reconnecte avec la bande-originale sensorielle et vertigineuse d’Hans Zimmer, ainsi que l’image désaturée, sablonneuse et mécanique de Greig Fraser qui retourne derrière la caméra. En abandonnant son cadre à l’orange saisissant des couchers de soleil et des paysages désertiques d’Arrakis, Villeneuve et ses concepteurs se plaisent à fabriquer une toute nouvelle Dune et des décors toujours plus intelligents (l’introduction de Feyd-Rautha, un spectaculaire combat de gladiateurs dans une gigantesque arène Harkonienne en noir et blanc, donne la couleur de son personnage), dans un déroulé massif composé avec une attention redoutable aux détails – suffit-il simplement de regarder les costumes sensationnels de Jaqueline West et les décors massifs de Patrice Vermette pour le voir.

En tout cas, Messie ou pas Messie, ce deuxième chapitre de la saga Dune façon Villeneuve ne fait que confirmer la direction de son estimé premier volet, en accentuant avec une pugnacité intense la soif de grand spectacle de son réalisateur et de son public. Deuxième Partie est un grand maelström à la fois destructeur et fondateur, ébouriffant de maîtrise technique et simplement prodigieux d’intelligence scénique. Villeneuve fait de nouveau la preuve de son talent en tant que directeur d’acteurs, tant le casting habite une œuvre rude et parfois froide d’une chaleur émotionnelle essentielle. Passé l’excellent Chalamet qui réitère en prouvant encore qu’il peut leader un film sans difficulté, le reste des comédiens et comédiennes qui incarnent cette brillante et tragique comédie humaine prennent leur mission avec une attention admirable. Parmi celles et ceux qui reviennent, on retrouve notamment Zendaya, Rebecca Fergusson, Dave Bautista, Stellan Skarsgård, Josh Brolin, Charlotte Rampling et Javier Bardem, alors qu’Arrakis accueille une poignée de petits nouveaux : Christopher Walken et Florence Pugh (l’Empereur Shaddam IV et sa fille la Princesse Irulan), Austin Butler (le sadique et psychotique Feyd-Rautha, naturellement jouissif dans un rôle de composition réjouissant), Léa Seydoux (un tout petit rôle dans la peau de Lady Margot Fenring), la comédienne suisse Souheila Yacoub (un important personnage secondaire aux côtés de la Chani de Zendaya) ou encore un caméo d’un personnage majeur qui devrait faire son apparition en chair et en os dans le prochain (nous ne divulguerons pas le nom de l’actrice que vous retrouverez à l’écran même si elle-même a vendu la mèche lors de la tournée d’avant-premières). Sous l’architecture d’une cathédrale massive, qui a tout du blockbuster d’auteur moderne guidé par les écrits prophétiques d’Herbert, ce deuxième opus de Dune propose un spectacle rarissime, d’une maîtrise stupéfiante à toutes les strates de sa fabrication. Villeneuve cadre large, imprimant les légendes tragiques de ses personnages aux prémonitions sanguinolentes à travers une épopée mythologique en quatre dimensions. S’il y manque parfois le frisson de l’émotion au milieu de cette traversée aride, Dune : Deuxième Partie fait la part des choses en habillant cette adaptation d’un gigantisme à toute épreuve, traversé par les flammes et le sang. Et bien qu’il peine à complètement dissocier de son grand frère avec une empreinte visuelle qui lui fait bien écho, cette seconde pièce du puzzle Dune prend sa chevauchée très au sérieux, à travers ses prêches messianiques, son ambition testamentaire et sa destinée tragique, faisant converger les visions d’Herbert et de Villeneuve dans une proposition gargantuesque de cinéma, qui devrait mettre bien des têtes dans le sable pendant quelques temps…

Titre original: DUNE : PART TWO
Réalisé par: Denis Villeneuve
Casting: Timothée Chalamet, Zendaya, Rebecca Ferguson…
Genre: Drame, Science fiction
Sortie le: 28 février 2024
Distribué par : Warner Bros.France
EXCELLENT
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































