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SYNOPSIS : L’histoire de la 8ème Air Force américaine, chargée de bombarder les armes nazies pendant la Seconde Guerre mondiale.
C’est probablement la série la plus attendue de ce début d’année, Masters of the Air atterrit enfin sur AppleTv+ en cette fin Janvier. Sorte de suite à la fois officieuse et officielle aux mythiques Band of Brothers et The Pacific, suivie à la production par Tom Hanks et Steven Spielberg (deux noms qui expliquent très probablement à eux seuls les quelques 300 millions investis dans le budget), l’évènement phare de sa plateforme doit son existence à John Orloff (scénariste sur Frères d’Armes), qui adapte ici le livre de Donald L. Miller Masters of the Air: America’s Bomber Boys Who Fought the Air War Against Nazi Germany. Quand Band of Brothers suivait les forces armées américaines sur le terrain, et que L’Enfer du Pacifique prenait le point de vue de la Marine, Masters of the Air s’intéresse à la perspective des groupes de bombardements et de leurs pilotes sacrifiables qui enchaînent les missions sans jamais être sûrs de revenir sur la terre ferme.

La série suit pendant 9 épisodes une galerie conséquente de personnages, explorant la hiérarchie et le quotidien de la 100e (surnommés la « Bloody Hundredth » à cause du faible taux de survie de ses effectifs). 4 hommes mènent Masters of the Air : le Major John « Bucky » Egan (Callum Turner), le navigateur Harry Crosby (Anthony Boyle) et les pilotes Gale « Buck » Cleven (Austin Butler) et Robert « Rosie » Rosenthal (Nate Mann). Basée en Angleterre, l’Escadre va être missionnée d’une série de bombardements stratégiques sur les zones occupées par l’Allemagne Nazie… De par sa très ambitieuse promesse, visant l’expérience ultra réaliste au centre d’un point de vue de la Seconde Guerre Mondiale très peu exploré à l’écran, Orloff et ses équipes se saisissent alors de la légende de ces hommes hors du commun, ces héros comme l’Amérique les aime tant, prêts à tous les sacrifices pour arrêter la guerre et faire tomber Hitler une bonne fois pour toute. Si Masters of the Air s’échine parfois dans un excès de patriotisme qui ferait rougir un Michael Bay des grands jours, l’intérêt de la série est tout autre, car elle pivote le traditionnel récit de guerre pour évoquer le quotidien de soldats quasiment condamnés à mourir qui partent toutes les semaines – voire tous les jours – se battre contre les probabilités. En adaptant le récit référencé et riche en anecdotes de Donald L. Miller, mettant sur le devant de la scène des personnes réelles, leurs actions et leurs faits d’arme durant le temps de guerre, ces 9 épisodes s’aventurent en terrain singulier, miné par son incroyable violence et la radicalité de sa narration, mais force d’une extraordinaire solidité technique qui accompagne la proposition. Masters of the Air est un tour de force, assurant grand spectacle et émotion fulgurante, à coup de batailles aériennes sans pitié, de courage retrouvé dans le second souffle juste avant la mort, de survie de l’autre côté des lignes ennemies ou du questionnement de la place des hommes au sein d’une guerre immense qui les dépasse largement et qui n’hésite pas à les sacrifier. La série d’Orloff se positionne à hauteur de ses hommes de tête, sans parler géopolitique ni stratégie militaire. Les protagonistes sont des exécutants, envoyés pour bombarder des zones précises – des avant-postes nazis, des usines d’armes… – et la caméra accompagne l’idée en restant au plus près de leurs émotions refoulées, de leurs angoisses latentes et de la réalisation de leur mort imminente. Plus qu’une Escadre, c’est la mort qui plane continuellement au-dessus de la 100e, chaque départ en mission étant un probable adieu à celles et ceux qui les attendent au sol, donnant à la série une atmosphère anxiogène en forme de tragédie latente qui n’attend qu’à frapper.

Au-delà de son quatuor de tête, fort en charisme et en émotions (Anthony Boyle porte à ce niveau-là la performance la plus solide de l’ensemble), Masters of the Air compose avec un casting extrêmement dense, donnant corps à des personnages de toutes nationalités et de tous horizons. On y retrouve notamment, pour un tour d’honneur d’une poignée d’épisodes seulement ou pour accompagner le récit ponctuellement, Barry Keoghan, Ncuti Gatwa, Raff Law ou encore Nikolai Kinski, aux côtés des rares interprètes féminines qui interviennent parfois, avec au centre Bel Powley et Joanna Kulig.

Par la force des choses, et par le soin porté à sa conception, Masters of the Air se révèle sans grande surprise être une ample plongée dans les entrailles aériennes de la Seconde Guerre Mondiale, une proposition vertigineuse à l’intérieur de carcasses envoyées au casse-pipe avec leurs pilotes. Le travail de la photographie et des effets visuels est particulièrement impressionnant, accentuant les détails de sa direction artistique et du réalisme spectaculaire de la reconstitution des décors et des costumes. Portée par les compositions musicales de Blake Neely (qui trouve son apothéose dans le magnifique générique qui ouvre chaque épisode), la série interloque quelque peu par sa narration éparse et par la quantité troublante de personnages introduits à l’écran, mais finit toujours par séduire dans ses contours tragiques d’un gigantesque drame humain à ciel ouvert. Si Masters of the Air ne peut s’empêcher de photographier avec un patriotisme grandiloquent l’héroïsme de ses troupes, on lui excusera son manque de subtilité avec sa proposition esthétique redoutable et la précision du parcours de ses protagonistes. Entre les déluges de feu et de sang pendant ses spectaculaires batailles aériennes et la virtuosité de ses péripéties humaines lorsque la série pose les pieds au sol (la partie dans les camps au cœur des derniers épisodes est une très grande réussite), Masters of the Air ferme boutique au terme d’un intense 9ème épisode avec le sentiment (à juste titre) du travail accompli, illustrant une galerie singulière de héros profondément humains dessinés par la mort et par leur bravoure.
Crédits : Apple TV+








































































































































