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FARGO (Critique Saison 5) Drôle, rythmée, parfois déconcertante …

SYNOPSIS : 2019, Minnesota. Une femme au foyer en apparence ordinaire est prête au pire, lorsque les fantômes d’un sombre passé qu’elle pensait avoir laissé derrière elle refont surface.

Voilà bien longtemps que nous avions perdu Fargo de vue. Après trois saisons d’une qualité inconstante mais toujours savoureuse, la saison 4 était sortie dans ce qui nous avait semblé être une forme d’indifférence générale, pas aussi relayée que les saisons précédentes (il faut dire qu’elle avait mis du temps à se faire, coupant ainsi le rythme de croisière établi) elle n’avait pas créé l’évènement et nous étions complètement passés à côté (elle avait au moins eu le mérite il nous semble d’être disponible sur Salto). Notre dernière immersion datait ainsi de…2017 pour la saison 3, que le temps passe vite, ouch ! C’est donc en ayant fait l’impasse sur la saison précédente que nous avons englouti cette cinquième livraison en quelques jours. Dix épisodes d’environ 45 minutes qui, comme à chaque fois dans Fargo, narrent l’histoire d’une multitude de personnages aux motivations diverses qui ne cessent de se croiser au sein d’une même histoire, les ennemis d’un jour pouvant devenir les amis d’un autre et vice versa. Fargo a toujours eu un côté expérimental et barré, et cette saison ne déroge pas à la règle avec des parti pris parfois étonnants. Toujours bardée de la fameuse mention « Ceci est une histoire vraie. Les évènements relatés ont eu lieu dans le Minnesota en 2019. A la demande des survivants, les noms ont été modifiés. Par respect pour les défunts, le reste est décrit exactement comme cela s’est déroulé  » celle-ci perd très rapidement de son intérêt et de son ambiguïté car l’histoire ne laisse vraiment aucun doute dès le départ quant à sa non-véracité (il faut dire que lorsqu’on nous propose du surnaturel affirmé cela laisse peu le loisir de se poser la question). Retour sur cette reconnexion avec le monde de Fargo.



Nous pouvons le dire tout de suite cette saison a beau être plutôt bonne, elle n’est pas incroyable au point de renouer avec la qualité des saisons 1 et 3, la première restant à ce jour inégalée en termes de maestria (il faudrait toutefois la revoir, les souvenirs pouvant aussi biaiser le culte qui lui a été porté depuis sa diffusion), à moins que la saison 4 ne se soit depuis démarquée mais comme indiqué nous avons loupé le coche et n’avons entendu aucun retour en ce sens. La nouvelle saison nous aura d’ailleurs donné envie de la rattraper prochainement. Fargo saison 5 c’est une histoire qui s’imbrique bien dans l’univers de base, un mélange de pas mal de choses qui se mixent entre elles de façon homogène avec des références largement appuyées. Ne soyez donc pas étonnés de retrouver de longs passages inspirés d’Home Alone où l’un des personnages piège sa maison pour recevoir ses agresseurs comme il se doit, à voir retentir la chanson This is halloween de l’Etrange Noël de Monsieur Jack (le film est d’ailleurs largement mis à l’honneur entre sa chanson phare, les masques des personnages le soir d’halloween et d’autres références disséminées ici et là) ni à contempler un passage narré avec des marionnettes. Saupoudrez le tout d’un personnage mystérieux et surtout immortel (nous avouons que nous ne nous attendions pas à ce genre de facéties malgré les extraterrestres de la saison 2 ou d’autres flirts plus ou moins ténus avec le surnaturel) et vous obtenez un mélange qui a le mérite de sortir de l’ordinaire même si l’écriture ne suit pas tout le temps.


Les points forts de cette saison ce sont incontestablement ses personnages. Nous avons adoré la débrouillardise de Dorothy la tigresse (Juno Temple), une femme extrêmement frêle qui met la misère à tout le monde ce qui devient parfois presque jubilatoire, la candeur de son mari Wayne (David Rysdahl) qu’on avait peur de trouver insupportable alors qu’au final pas du tout, l’ignominie de chaque acte et parole de Roy Tillman (Jon Hamm), le shérif abject dont on attend dès le départ qu’il se fasse exterminer dans les règles de l’art avec son fils Gator (Joe Keery, bien loin de ce qu’il joue dans Stranger Things et il le fait avec talent), les fourberies de Lorraine (géniale Jennifer Jason Leigh, quel régal de la voir incarner une telle prédatrice) qu’il ne faut pas se mettre à dos et dont les intérêts sont bien gardés par son classieux avocat borgne Danish Graves (Dave Foley), ou encore l’étrange et spirituel Ole Munch (Sam Spruell). Nous ne citons pas tout le monde car la galerie est fournie. Le plus grand regret à l’issue du chemin c’est que tout le monde n’aura pas un sort qui a du sens et c’est surtout là que transparaissent certaines faiblesses d’écriture. On pense notamment à l’officier Witt Farr (Lamorne Morris) qui aura davantage été un incapable qu’un héros alors qu’on sent que les scénaristes veulent le montrer sous un jour flatteur…une ambivalence étrange qui n’aboutit finalement sur rien de constructif. Cet effet pétard mouillé se ressent un peu en fin de saison à l’échelle même de la conclusion. Alors que nous nous attendions à un bain de sang (teasé dans l’avant dernier épisode), le récit fait le choix totalement inverse : l’intrigue principale est bouclée rapidement dans le dernier épisode et le reste sert davantage d’épilogue. Pour autant si la conclusion n’est pas un feu d’artifice elle n’en perd pas pour autant son sens : l’arrivée globale est logique et pertinente (hormis pour quelques personnages comme nous le disions), c’est juste que le chemin emprunté n’était pas nécessairement celui attendu dans les derniers mètres de course. Difficile bien évidement de donner davantage de détails sous peine de spoiler.




Un peu craintifs au lancement du premier épisode après avoir totalement perdu de vue la série, c’est avec un plaisir non dissimulé que nous avons pourtant regardé ces dix épisodes. Drôle, rythmée, parfois déconcertante mais toujours avec une démarche assumée, cette saison ne fédèrera sûrement pas comme a pu rallier auprès d’elle la première mais nul doute qu’elle trouvera des adeptes. Dénuée de remplissage elle arbore un récit qui ne s’essouffle jamais et propose même des idées tout à fait délicieuses (l’élection avec les homonymes du shérif par exemple). Dommage toutefois que le final manque de folie et d’étincelles qui auraient pu donner davantage de panache à l’ensemble et en faire une saison un poil plus marquante. La saison en question débarque en France le 18 Janvier sur Canal +. Les saisons précédentes sont d’ores et déjà disponibles sur la plateforme. L’occasion de vous plonger ou de vous replonger dans Fargo.

Crédits : Canal+

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