Critiques Cinéma

FOE (Critique)

SYNOPSIS : Junior et Hen, jeune couple marié depuis sept ans, vivent reclus dans leur ferme isolée. Une nuit, un étranger, Terrance, frappe à leur porte, apportant une nouvelle qui bouleverse leur vie : Junior a été choisi au hasard pour se rendre dans une grande station spatiale expérimentale en orbite autour de la Terre. Confronté à un choix impossible, le couple va devoir lutter pour préserver leurs liens. 

L’idée de voir Saoirse Ronan et Paul Mescal en têtes d’affiche d’un projet de science-fiction indépendant, filmé par le réalisateur Garth Davis (Lion, Marie Madeleine), aura assez vite attisé la curiosité des cinéphiles et enclenché une gentille attente populaire parmi les utilisateurs de Letterboxd qui vouent un vrai culte aux deux comédiens irlandais. Et pour cause, Foe se dote d’un concept malin et riche en thématiques, en plongeant à l’intérieur d’un couple sur le point d’être brisé par la conquête de l’espace. Le film suit Henrietta et Junior, femme et mari, habitant une ferme isolée au fin fond des Etats-Unis, dans un monde qui se meurt lentement. Une nuit, un certain Terrance toque à la porte et introduit au couple le sujet d’une recherche imminente, qui nécessite d’envoyer Junior dans une station spéciale en orbite de la Terre. Ainsi, l’organisation gouvernementale derrière le projet présente à Henrietta un prototype d’intelligence artificielle, censé remplacer Junior à ses côtés pendant son absence.



L’univers dans lequel s’immisce le film – un futur proche qui prend place sur une Terre en perdition qui pousse l’humanité à se tourner vers les étoiles, façon Interstellar – et son concept d’intelligence artificielle de compagnie censée prendre une place au sein d’un couple pour combler une absence, n’aura pas manqué de rappeler curieusement certains épisodes de Black Mirror, bien que Foe soit effectivement adapté du roman du même nom écrit par Iain Reid. Dans leur Beyond the Sea, Black Mirror lançait Aaron Paul dans un thriller amoureux entre espace et terre ferme ; en opposition avec ce Foe, qui prend ses racines dans l’Avant. Le protagoniste envoyé en orbite, le Junior de Paul Mescal, est filmé les pieds sur terre, se faisant difficilement et douloureusement à l’inéluctabilité de son départ imminent. C’est une anatomie du couple central qu’entreprend le scénario de Davis et Reid, laissant pour la majorité de son déroulé les éléments de SF en périphérie ou simplement au sein des dialogues qui recouvrent toute la durée du long-métrage. Car Foe est une œuvre bavarde, autant qu’une contemplation lancinante de la mélancolie et des rapports amoureux dans ce qu’ils portent de plus complexes. A cet exercice, Ronan et Mescal sont inattaquables, dans des partitions passionnées qui ne manquent pas de remplir leurs portfolios, mais qui paraissent alors inconséquentes au sein d’un film qui ne tient jamais la barre, à cause du grand vide qui le recouvre de part en part.



Malheureusement, Foe n’a rien à offrir, ni en spectacle ni en émotion, laissant une économie dramaturgique un brin prétentieuse faire office de trame narrative. Pas grand-chose ne fait vivre l’écran pendant les quasi-2h qui s’étirent in fine dans un malheureux déséquilibre – le film ayant également un mal fou à se conclure dans sa dernière demi-heure, suite interminable de séquences finales qui finissent toujours par se couper sur un plan de Paul Mescal qui tape dans les murs, ou de Saoirse Ronan qui prend sa 125ème douche de la journée en gros plan alors que l’eau est censée être une denrée de plus en plus précieuse dans la diégèse du film. Foe échoue à faire naître un quelconque enjeu ou une émotion fulgurante, s’agitant alors sans vraiment d’âme à l’exception d’un joli travail du découpage et de la photographie de Mátyás Erdély qui embrasse la sobriété de son décor et la petitesse des corps des protagonistes. Garth Davis manque pourtant le coche en offrant une recherche visuelle assez décevante, n’essayant ni le réalisme total ni le futur de science-fiction, ce qui raccroche le film à une suite d’occasions ratées et d’actes manqués aussi désolés que le désert qui sépare les deux personnages principaux.


Si Paul Mescal et Saoirse Ronan font honneur à leurs talents respectifs (alors que le film tente de les saboter en leur demandant d’effacer leurs accents irlandais au profit d’accents américains sans reliefs), et que la pièce rapportée Aaron Pierre (dans le rôle de ce « scientifique/négociateur/psychologue/ami/parasite « qui s’infiltre dans les failles du couple Henrietta/Junior) apporte une dimension psychologique au potentiel intriguant, Foe est finalement un objet sans réel intérêt filmique, ne donnant ni relief au vide ni matière à ses protagonistes fragiles. Garth Davis ne convainc malheureusement pas, avec une œuvre qui manque à ses promesses et qui n’ose jamais traiter entièrement son concept, dans une entreprise vaine de radiographie d’un couple qui semble cousu de fils blancs et donc jamais vraiment intéressant à suivre.

Titre Original: FOE

Réalisé par: Garth Davis

Casting : Saoirse Ronan, Paul Mescal, Aaron Pierre…

Genre: Drame, Science fiction, Thriller

Sortie le: 5 janvier 2024

Distribué par: Prime Video

2 STARS PAS GENIAL

PAS GÉNIAL

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