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SYNOPSIS : A 12 ans, Nora et Hae Sung sont amis d’enfance, amoureux platoniques. Les circonstances les séparent. A 20 ans, le hasard les reconnecte, pour un temps. A 30 ans, ils se retrouvent, adultes, confrontés à ce qu’ils auraient pu être, et à ce qu’ils pourraient devenir.
Fort d’un succès intense de l’autre côté de l’Atlantique, où le premier long-métrage de la metteuse en scène Celine Song s’est taillé une jolie réputation auprès de son public et de la critique, Past Lives se saisit de ses racines sud-coréennes et américaines dans une anti-romance au-delà des clichés du genre et de son habituel appétit pour l’émotion spectaculaire. Ici, les mots forts se font rares, les sentiments sont cachés entre les lignes, et cette histoire d’amour perdue/retrouvée achève de faire battre le cœur de ses spectateurs de plus belle. Past Lives raconte la relation entre Nayoung et Hae Sung, deux enfants de Corée du Sud, alors meilleurs amis du monde et sources des premiers sentiments amoureux. Lorsque la famille de Nayoung émigre aux Etats-Unis – là où elle prendra le prénom Nora – les deux jeunes se perdent de vue. Une décennie plus tard, Nora retrouve Hae Sung, s’attelant à rattraper le temps perdu par conversations Skype. Après s’être de nouveau séparés, leurs vies se recroisent dix ans plus tard. Nora, la trentaine, est mariée à l’américain Arthur, et fait l’état de sa vie et des vies qu’ils auraient pu avoir si elle n’était jamais partie de Séoul…

Sous le sigle de la prolifique firme A24 (encore eux), fidèle et rassurant encart pour le spectateur à la recherche d’une vision d’auteur singulière au sein du cinéma indépendant américain, ce Past Lives revêt des airs romantiques dans ses prémices – avec ce récit d’amour laissé derrière qui renaît quand on s’y attend le moins. En piochant à la fois dans les références visuelles sociales et réalistes qui tissent en délicatesse les relations entre leurs protagonistes (on y retrouve du Linklater ou du Woody Allen) tout en se raccrochant à la subtilité du In the Mood for Love de Wong Kar-wai, Celine Song dicte son film comme une série de chroniques sentimentales éprises de romantisme et de déchirements, plongeant également son propos d’une once de spiritualité par l’introduction du concept du Inyeon – un terme coréen qui renvoie à la notion de destin, explicitant un lien tissé entre deux individus qui rend leur rencontre inéluctable. Cette idée pose le concept du film, tout en se gardant pourtant de l’explorer visuellement. La caméra de Song reste vissée sur ses protagonistes, sans décrocher de leurs visages, de leurs regards, de leurs gestes et de leurs interactions complices ou embarrassées.

En cachant sa dynamique introspective et ses notions mystiques derrière sa chronique nuancée et complexe d’une relation impossible mais fruit du destin, Past Lives rate peut-être de peu le coup d’éclat formidable qu’il tente d’accomplir, mais ne manque jamais de peindre délicatement ses personnages et les liens qui les unit au sein de ce petit monde à égale distance de Séoul et de New-York. Le duo entre Nora (Greta Lee) et Hae Sung (Teo Yoo) fonctionne extrêmement bien, dans un jeu de langages et de complicité qui fait naître à la fois la force de l’électricité amoureuse et le déchirement du renoncement, dans une quête du temps perdu et une remise en question identitaire particulièrement subtile. Et c’est finalement le troisième personnage central qui appuie le plus le propos et l’équilibre du film, puisqu’Arthur représente l’antagoniste posé au milieu des deux amours d’enfance, tout en développant une réflexion très maline et nuancée à juste titre sur le destin et sur l’angle adopté par la romance de Celine Song.

En soi, si le film déploie une mise en scène épurée à l’extrême et dépouillée de tout type d’artifice, Past Lives se révèle presque plus dans la tête du spectateur à la sortie de la salle que sur l’écran directement. Force d’évocation, de remise en image de cette figure de l’amour de jeunesse perdu et des regrets qui ont suivis – idée qui traverse à n’en pas douter tout un chacun à un moment de sa vie – Celine Song dessine avec une tendresse avenante et une mécanique profondément humaine un parcours croisé entre deux âmes destinées à s’aimer d’une manière ou d’une autre. Si l’on y manquera une véritable proposition visuelle et narrative, le film préférant jouer la suggestion et le non-dit, Past Lives est une bulle sentimentale qui se saisit plus qu’elle ne se regarde, racontant son choc des cultures et le vide du temps qui passe, par la promesse d’une metteuse en scène au regard habile et à la plume affutée.

Titre original: PAST LIVES
Réalisé par: Celine Song
Casting: Greta Lee, Yoo Teo, John Magaro …
Genre: Drame
Sortie le: 13 Décembre 2023
Distribué par : ARP Sélection
TRÈS BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































