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SYNOPSIS : Afin de célébrer la fin du lycée, Tara, Skye et Em s’offrent leurs premières vacances entre copines dans une station méditerranéenne ultra fréquentée. Le trio compte bien enchaîner les fêtes, cuites et nuits blanches, en compagnie de colocs anglais rencontrés à leur arrivée. Pour la jeune Tara, ce voyage de tous les excès a la saveur électrisante des premières fois… jusqu’au vertige. Face au tourbillon de l’euphorie collective, est-elle vraiment libre d’accepter ou de refuser chaque expérience qui se présentera à elle ?
C’est le How to Have Sex de Molly Manning Walker qui est reparti avec le Prix Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes, faisant souffler sur la croisette un vent d’adolescence et de féminité dans un cocktail très singulier. Premier long-métrage de sa réalisatrice britannique, mettant au centre de l’échiquier la notion de consentement dans un récit initiatique réaliste et étouffant, How to Have Sex est de ces expériences cinématographiques saisissantes, prenant à corps son concept dans une peinture profonde et humaine de certains traumatismes générationnels. Le film suit un trio de lycéennes. Tara, Skye et Em sont meilleures amies, ont 17 ans, attendent impatiemment les résultats de leurs candidatures universitaires, et fêtent la fin de la période lycéenne en s’offrant un séjour au cœur d’un hôtel en Crète. Parties pour leur grand et flamboyant Spring Break, bondissant entre les fêtes orgiaques, les pluies d’alcool, les flashs des stroboscopes et les violentes gueules de bois qui plaquent tout le monde le lendemain, les filles rencontrent au passage leurs voisins de chambre, dont l’intriguant Badger et le séducteur Paddy. Pour Tara, ces vacances sont enfin le moyen pour elle de perdre sa virginité, que tout le monde autour d’elle tend à lui rappeler non-stop…

En filmant la période trouble et instable de l’adolescence par le prisme de ces trois « Spring Breakers » qui tentent d’évader leur quotidien et leurs angoisses universitaires à travers les litres d’alcool ingurgités chaque soir, Molly Manning Walker plante les racines de la découverte de soi dans un coming-of-age movie surprenant qui pose d’abord son caractère spontané, son montage énergique et les prémices de l’amitié « éternelle » de ses trois héroïnes pour venir disséquer les mécanismes de la pression sociale qui naît à l’approche de l’âge adulte. Le personnage de Tara, protagoniste du récit et point de vue quasiment unique, représente un stade d’adolescence qui s’ouvre aux nouvelles expériences. L’appel du sexe, de la fête et des excès en tout genre construit progressivement les mouvements du personnage vers les garçons qui habitent en face de chez elle, montrés charmants, drôles, un peu stupides mais foncièrement attachants… Car de l’autre côté, c’est le personnage de Skye qui rabâche sans cesse à Tara, de manière assidue et de plus en plus toxique, qu’elle a 17 ans et qu’il serait peut-être temps qu’elle passe le cap en perdant enfin sa virginité. Cette pression sociale, encore plus forte car représentée au sein de la cellule amicale, va mener Tara dans la seconde partie du film, lorsque les lumières s’éteignent, que la musique électro se coupe, que les fêtards rentrent chez eux en laissant les traces de leur passage partout dans les rues vides de la ville, et que seuls les bruits des vagues sur le sable se font entendre. Le concept d’How to Have Sex prend sens lorsque Tara revient dans la chambre commune, que les plaies se forment, que personne ne remarque sa détresse et que pas une seule fois la notion de consentement n’est discutée… Cette deuxième partie, bien plus froide que les explosions pyrotechniques et alcoolisées de la première, dessine alors avec une précision notable les mécanismes du traumatisme. Tara erre comme un zombie à travers les couloirs du complexe hôtelier, et il faudra attendre la toute fin du parcours, à la conclusion des vacances, pour que les pleurs coulent enfin et que les douleurs soient exprimées. How to Have Sex est une proposition impressionnante de maîtrise, témoignant d’un vrai soin narratif et d’une magnifique approche de ses personnages, surtout terrain propice à l’émergence et à l’expansion d’un casting investi de sa mission qui réussit son pari avec grande intelligence.

Le trio central, Mia McKenna Bruce – Lara Peake – Enva Lewis, fait naître une belle et dense galerie de propos et de thématiques, liant à la fois l’aspect sororal et solidaire de leur amitié, tout en laissant apercevoir des notions de jalousie et de toxicité par le personnage de Skye qui ne daigne pas voir les problèmes de l’autre côté de la pièce. Du côté des garçons, Shaun Thomas et Samuel Bottomley campent deux rôles complexes dans leur approche, conférant au film un aspect très peu manichéen où les troubles peuvent parvenir par l’intermédiaire de n’importe qui.

Car How to Have Sex est une œuvre intelligente et intime, un premier film à la fois flamboyant et endolori qui questionne la pression sociale, les stigmates du manque de communication, les barrières de la notion de consentement et les rites initiatiques qui oublient la part d’initiation. Molly Manning Walker aborde frontalement le pendant féminin de l’équation qui, à l’inverse de ce que son titre peut laisser penser, ne donne aucune leçon directe à son spectateur, le laissant seul maître et juge de la situation. En peignant avec empathie et étouffement les traumas de son héroïne, laissant le Spring Break insouciant se transformer en une épreuve intimiste et portant sur son dos le poids des obligations sociales, How to Have Sex saisit les frontières de certaines nuances en traçant une suite de traumas qui – à la fermeture du film – embarquent tout juste dans un long trajet de guérison.

Titre original: HOW TO HAVE SEX
Réalisé par: Molly Manning Walker
Casting: Mia McKenna-Bruce, Shaun Thomas, Lara Peake …
Genre: Drame
Sortie le: 15 Novembre 2023
Distribué par : Condor Distribution
TRÈS BIEN
Catégories :Critiques Cinéma








































































































































