![]()
SYNOPSIS : RICARDO ET LA PEINTURE est le portrait que nous propose Barbet Schroeder de son ami le peintre Ricardo Cavallo qui consacre sa vie à la peinture. De Buenos Aires jusqu’au Finistère, en passant par Paris et le Pérou, ce film est une invitation à plonger dans l’histoire de la peinture mais aussi à découvrir la vie de cet homme qui, avec simplicité et humilité, s’est toujours engagé entièrement, jusqu’à transmettre sa passion aux enfants de son village.
Ricardo et la Peinture est d’abord le portrait d’une amitié. Celle entre sa tête d’affiche, le cœur discret du long-métrage, le peintre franco-argentin Ricardo Cavallo, et son réalisateur, le metteur en scène franco-suisse Barbet Schroeder, décidant de briser les barrières du cadre en incluant verbalement et visuellement le tournage de son film au sein de ses séquences. Schroeder suit alors l’artiste au travail et à la vie, le filmant escaladant des surfaces rocheuses pour rejoindre le spot parfait, ou échangeant avec les enfants du village auxquels il enseigne les rudiments de la peinture dans l’école qu’il a fondé et qu’il anime avec passion. Pour nous, spectateurs, Ricardo et la Peinture nous fait voyager, pas seulement à travers l’œuvre de Cavallo, mais à travers l’Histoire de l’Art picturale, proposant avec érudition, accessibilité et beaucoup d’humanité de faire voyager son point de vue au centre d’une toile de fond particulièrement inspirante.

Pour y parvenir, Schroeder dévoile une mise en scène extrêmement sobre, acceptant la présence de sa caméra ou de ses techniciens dans le champ, permettant au public de s’immiscer dans l’univers capté par le film, que ce soit dans l’atelier surchargé de Cavallo, dans son ancienne chambre étudiante, au cœur des grottes qu’il peint avec attention ou lors d’un cours de dessin donné aux jeunes du village. Ricardo et la Peinture saisit alors l’opportunité de rendre son parcours extrêmement didactique, sans avoir l’impression d’être devant une leçon ou au milieu d’un énième documentaire rébarbatif. Schroeder, par la proximité qu’il entretient avec son héros presque ordinaire, extrait de lui la passion de la peinture, par une érudition à toute épreuve et un appétit esthétique saisissant. Le travail de l’artiste devient alors la toile de fond du long-métrage, puisant dans ses séquences d’artisanat à la fois l’intérêt formel du mouvement, mais aussi le rapport de son peintre à la nature et au monde extérieur. Les effluves humanistes dégagées par le documentaire contribuent à en faire un objet précis, pas vraiment une biographie, pas vraiment un essai, pas vraiment une performance. La mise en scène enlevée, sobre, couplée avec le rythme tranquille calé sur le quotidien de sa tête d’affiche, permet de faire de Ricardo et la Peinture une ébauche délicatement sublime des réflexes philosophiques et des questions existentielles qui agitent l’Homme. Pour être plus concret, le film accompagne la vie et les processus de fabrication de l’art de Ricardo Cavallo pour en sortir plus qu’une représentation plan-plan : une véritable reconstitution à l’écran de l’univers d’un peintre qu’on prend plaisir à suivre, à écouter, à voir travailler et à découvrir les étranges habitudes routinières. Les décors bretons dans lesquels le film nous emmène ajoute une dimension naturaliste, semblant répondre aux questions de son singulier protagoniste, très discret mais pourtant intelligemment bavard.

Car Ricardo et la Peinture emporte son spectateur sans jamais lui demander une quelconque connaissance ou réflexe artistique, brillant par l’accessibilité de son exploration et par l’universalité des sujets abordés. Sans verser dans un intimisme voyeuriste ni dans une cavalcade amicale dont nous aurions pu rester extérieur, le long-métrage de Schroeder trouve la distance parfaite pour poser ses caméras, ne perçant pas la bulle de mystère qui entoure Ricardo Cavallo, tout en parvenant parfaitement à saisir ses particularités et ses réflexions.

Dans un dispositif documentaire très bien dosé qui passionne autant qu’il éveille artistiquement par sa pluie de références et ses moments de vie lumineux, Ricardo et la Peinture parcourt le monde artistique par le prisme de la pulsion humaniste qui en découle, scrutant l’œuvre de son protagoniste tout en peignant ses origines (que ce soit les peintres qui l’ont inspiré, ou les enfants à qui il enseigne l’art : toutes les œuvres sont filmées de la même manière, sans distinction ou jugement). Dans un mouvement documentaire admirablement sobre, Barbet Schroeder saisit l’essence de la passion en nous la transmettant dans un geste artistique passionnant, dans un calme en mouvement constant.

Titre original: RICARDO ET LE PEINTRE
Réalisé par: Barbet Schroeder
Casting: – …
Genre: Documentaire
Sortie le: 15 novembre 2023
Distribué par : Les Films du Losange
EXCELLENT
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































