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SYNOPSIS : Mike, jeune homme perturbé, s’occupe de sa sœur Abby, âgée de 10 ans. Il est toujours hanté par la disparition, jamais élucidée, de son petit frère, survenue il y a une dizaine d’années. Récemment licencié, il a absolument besoin de retrouver un emploi pour ne pas perdre la garde d’Abby. Il accepte donc un poste de gardien de nuit, dans un restaurant désaffecté : Freddy Fazbear’s Pizzeria. Mais Mike ne tarde pas à comprendre que les apparences y sont terriblement trompeuses. Avec l’aide de Vanessa Shelly, agent de police, il est confronté, la nuit, à des phénomènes surnaturels inexplicables et bascule dans un univers cauchemardesque…
On aura vite fait de cette première adaptation de la saga Five Nights at Freddy’s l’un de ces produits forcément amenés à polariser l’attention publique et à faire frissonner la critique. Depuis sa sortie américaine quelques semaines avant la France, le film est épinglé de toutes parts, certains le rabaissant au rang de l’ultime naveton de l’année alors que d’autres, fervents défenseurs de la franchise, s’acharnent à bombarder les notes maximales sur les réseaux sociaux pour faire vivre sa hype. Résultats : ce Five Nights at Freddy’s, coincé entre ses fans dévoués à la subjectivité douteuse et les cinéphiles autoproclamés amateurs de bon verbe pour pendre sur la place publique un film qui n’a rien demandé, est l’un des démarrages au box-office les plus fulgurants de l’année, amassant 78 millions de dollars sur son week-end de sortie pour un budget total d’à peine 20. Dans ce bazar tapageur, le film débarque désormais en France au sein d’un climat post-Halloween, avec la promesse d’une transposition fidèle de la saga vidéoludique sur grand écran.

Car Five Nights at Freddy’s est, pour celles et ceux qui l’ignoreraient, un objet de culte sur Internet depuis la sortie du premier volet en 2014, qui profita de l’ingéniosité de ses mécanismes de gameplay, son atmosphère terrifiante et l’émergence des Youtubers gaming – participant massivement au bouche-à-oreille qui a fait naître les premières marches de la fanbase – pour faire de Scott Cawthon la nouvelle coqueluche du jeu vidéo horrifique indépendant. Et pour cause, le concept du jeu est diablement efficace : en vue première personne, le joueur contrôle un agent de sécurité sans visage, presque sans nom, au cours de cinq nuits vues par le prisme d’une série de caméras infrarouges à travers un bâtiment délabré. Traqué par des animatroniques terrifiants qui se meuvent lorsqu’il ne regarde pas, le joueur se retrouve alors acculé par l’angoisse latente d’un jumpscare imminent (les » screamers » de FnaF ont grandement participé à en faire sa gloire d’ailleurs). Les bases d’un long-métrage semblent d’ores et déjà installées dans ce high concept terrifiant, mais entre-temps, une flopée de suites ont vu le jour sur différents supports, en plus de plusieurs séries de livres et de dérivés vidéoludiques de la saga, de plus en plus portée par des fans extrêmement passionnés, prenant d’assaut les forums pour tenter ensemble de résoudre les mystères disséminés par Cawthon à travers la trame des jeux. FnaF infuse alors dans une atmosphère morbide, peuplée de fantômes et de destinés tragiques, véhiculés par des détails de décors, des trouvailles sonores ou des mini-jeux en 8-bits qui retracent les vies des personnages principaux de la franchise. Mais rassurez-vous si ces quelques précédentes lignes vous ont déjà perdues, aucune connaissance n’est indispensable pour découvrir ce premier long-métrage (son succès déjà avéré devrait vraisemblablement donner des suites dans le futur), car Scott Cawthon s’est associé avec la Blumhouse de Jason Blum (sur tous les bons coups marketing) pour proposer à la réalisatrice Emma Tammi, à qui on doit le film Terre Maudite, de mettre en image une réincarnation des deux premiers volets du jeu vidéo directement sur grand écran.

Le premier vrai plot-twist de ce Five Nights at Freddy’s prend racine dans l’approche qu’il fait de sa saga, n’approchant pas le high-concept horrifique à base de visions de caméras surveillances qu’on aurait pu attendre, préférant s’adonner au survival à tendance horrifique et slasheresque à l’intérieur de son décor rétro reconstitué. Scott Cawthon adapte sa propre création avec les plumes de Tammi et de Seth Cuddeback, les scénaristes devant également s’aligner avec la lourde tâche de garder l’étiquette PG-13 (interdit aux moins de 13 ans non accompagnés aux Etats-Unis, éliminant alors tout climat trop inquiétant, séquences violentes, langages grossiers et autres évocations sensibles pour rester accessibles aux plus jeunes). Cette décision surprenante, qui pose encore aujourd’hui des questions sur le public visé par le film, donne alors naissance à une adaptation très propre – dans tous les sens du terme – qui s’accroche aux fondations de son mythe pour tourner un survival un brin désincarné et mécanique, s’avérant étonnamment fun dans les twists morbides qu’il met frontalement en place. Le film suit le personnage de Mike (Josh Hutcherson, scandaleusement trop rare sur les écrans), un ex-agent de sécurité se battant pour ne pas perdre la garde de sa petite sœur Abby (la jeune Piper Rubio), dont il est responsable depuis une tragédie familiale durant son enfance. Acceptant l’offre de son conseiller professionnel (Matthew Lillard qu’on prend grand plaisir à retrouver très en forme), Mike se retrouve posté de nuit dans la cabine de sécurité de l’ancienne pizzeria Freddy Fazbear, une enseigne abandonnée depuis des années, abritant une série d’animatroniques. Au cours des 5 nuits qu’il passera sur place, Mike fera face à une série de situations inquiétantes qui mettront en danger lui et sa famille, et tentera de percer le mystère de Freddy et de ses amis pour leur échapper…

Car cette adaptation de FnaF, certes très peu subtile, un peu creuse et cousue de fils blancs qui redouble d’inventivité pour couper toute évocation de violence hors de son cadre (même si le film y trouve quelques bonnes idées, comme la morsure en ombres chinoises par exemple), s’octroie une atmosphère diffuse qui fonctionne plutôt bien dans l’approche de son concept, se plongeant alors sans grand mal dans les notions paranormales de l’histoire de ses personnages. On y explore alors, via l’idée narrative des rêves de Mike qui se dessinent dans les détails de ses souvenirs, une histoire de fantômes et d’une flopée de tragédies, dont on regrettera pourtant que l’issue soit si diaboliquement prévisible – le film n’essaye même pas de détourner l’attention, affichant clairement l’identité de son bad guy, et pas seulement aux connaisseurs de la saga d’origine. Mais cela n’empêche pas à ce produit particulièrement propre, aussi visuellement que narrativement, de trouver un charme non négligeable dans sa façon de traiter son univers, par une mise en scène qui plante des grands angles perturbants et des jumpcuts chaotiques pour assoir son envie d’être plus désarçonnant que flippant. La musique des Newton Brothers accompagne l’idée, servant de transmission très efficace entre les jeux et le film (on notera malgré tout l’impeccable générique qui ouvre le film, animé en 8-bits). Mais les stars du show ne sont pas les acteurs en chair et en os, mais bien les animatroniques à taille réelle conçus pour le tournage du film, très réussis à tout point de vue et impressionnants par leur fidélité avec leurs alter-egos vidéoludiques. Le travail du son leur fait alors un joli honneur, amplifiant leurs ressorts mécaniques, les impacts métalliques de leurs pas et leurs présences massives pour construire petit à petit l’identité de la saga cinématographique qui tend à se construire avec ce premier volet, espérant alors (par quelques répliques à sa fin) se continuer sur les écrans. Ce Five Nights at Freddy’s, s’il frustre un peu par son envie de rester tout public à tout prix (et, ce faisant, assez plat, même s’il est nettement plus savoureux que le récent M3GAN des mêmes studios Blumhouse), n’est assurément pas le navet sur lequel beaucoup frappent sans retenue, ni même le chef-d’œuvre porté en louanges par son armée de fans déterminés à continuer de faire vivre la flamme de la saga. Le résultat est une adaptation sensiblement fidèle à son matériau d’origine (quelques changements sont de mises, mais visent à compléter la trame elliptique de l’histoire des jeux) qui fournit une proposition pauvre horrifiquement mais plutôt stimulante dans son jeu bon enfant avec le hors champ et avec son histoire tragique de fantômes et d’animatroniques maudits. Après réflexion et visionnage du film, il n’est toujours pas très clair d’à qui le film est destiné, mais ce genre de semi-série B proprette laissant son univers entre rêve, réalité, cartoon et survival grandir dans une atmosphère 80s aux airs de sortie populaire early 2000s, on prend et on apprécie curieusement le voyage. Y retournerons-nous ? Il faudra attendre de voir si l’œuvre de Cawthon peut prendre un peu plus de mordant pour convaincre les non-convaincus – mais vu leur ténacité, il lui en faudra beaucoup…

Titre Original: FIVE NIGHTS AT FREDDY’S
Réalisé par : Emma Tammi
Casting : Josh Hutcherson, Piper Rubio, Elizabeth Lail …
Genre: Epouvante-Horreur
Sortie le : 8 Novembre 2023
Distribué par: Universal Pictures International France
BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































