Critiques Cinéma

SECOND TOUR (Critique)


SYNOPSIS : Journaliste politique en disgrâce placée à la rubrique football, Mlle Pove est sollicitée pour suivre l’entre-deux tours de la campagne présidentielle. Le favori est Pierre-Henry Mercier, héritier d’une puissante famille française et novice en politique. Troublée par ce candidat qu’elle a connu moins lisse, Mlle Pove se lance dans une enquête aussi étonnante que jubilatoire.

Second tour est le huitième long-métrage d’Albert Dupontel, et de manière peut-être encore plus puissante qu’avec le fantastique multi-césarisé Adieu les cons (2020), le réalisateur touche ici à la grâce. Depuis ses premiers sketchs avec Rambo en étendard, où déjà une singularité sautait aux yeux, le cinéaste tourne autour d’un message d’humanité avec un talent qui ne cesse de croître. De Bernie (1996) à Second tour, Dupontel nous raconte que la difficulté c’est de s’aimer dans un monde dépressif et anxiogène. Quelques mois avant sa sortie, il définissait ainsi l’objet de son film :  » Parler des gens qui nous gouvernent et qui sont incapables de reconnaître leurs erreurs. Je ne comprends plus ces gens incapables de porter des discours cohérents et qui donnent des coups de matraque si on les contredit. C’est ce qu’essaiera de raconter le film.  » Au-delà du pamphlet politique et surtout philosophique, Second tour est un grand moment de cinéma, une jubilation, c’est profond, humain, intelligent, révolutionnaire. C’est un film profondément écologiste, sans jamais être dogmatique ou dans une approche punitive boboïsante. Car c’est en fait la poésie qui s’impose à chaque dialogue, chaque image, chaque situation. C’est l’éloge de la simplicité érigée en vérité.


Le film n’oublie pas pour autant de porter un regard acerbe sur le système médiatique et les terrifiants enjeux de pouvoir élyséen, politiques et financiers. C’est au vitriol, mais jamais dans la violence ou la gratuité. C’est simplement un objet de lutte contre l’uniformisation, l’endormissement des masses mais sans jamais donner la leçon. Le film élève et nous porte. Il souligne simplement l’abêtissement cathodique, l’anéantissement du beau et du vrai, les artifices du paraître. C’est le retour non béat à la terre, à l’eau et à l’air. Le cinéaste malin, engagé et tellement créatif, parvient avec virtuosité à contourner les codes du classicisme dans la dénonciation du capitalisme carnassier. L’idée qui est d’ailleurs affichée d’emblée est bien de changer le système de l’intérieur, avec cette difficulté perpétuelle de tout changer mais sans tout casser. C’est la révolution douce, c’est la solution. Et alors la mise en scène s’inscrit dans le plus pur style de l’univers de Dupontel, influencé autant par Terry Gilliam que Charlie Chaplin. La folie de l’intelligence littéraire des dialogues, l’absurdité burlesque de tant de situations qui nous amène sur les chemins de l’hilarité soudaine et de la jubilation permanente. Le réalisateur n’est pas fan de l’univers de la bande dessinée par hasard. Avec cette splendeur formelle dans des jeux de couleurs sciemment jaunis, voire poussiéreux, mais le soleil jamais loin perce, la nature toujours là, flamboie. C’est une ode écologiste et humaine qui fend le cœur.


Dupontel nous éclaire mais ne nous abreuve jamais. C’est comme si nous avions eu besoin de ce film, qui reprend très certainement une pensée majoritaire sur le besoin de respecter la planète, nous même, et d’aimer toujours plus. Et pourtant, on choisit toujours politiquement ceux qui n’en feront rien… Il glisse aussi subrepticement une romance assez universelle, mais là aussi sans lourdeur, ou sans avoir à le faire par nécessité. Elle est comme tout le reste, évidemment naturelle. Une histoire forcément contrariée, sinon ce n’est pas une histoire comme le souligne Dupontel : « Notamment des premières histoires d’amour qui n’aboutissent jamais mais laissent des cicatrices indélébiles.  » Pour que le réalisateur exprime toute sa puissance narrative, il s’entoure non pas d’un casting, mais d’une bande, d’un clan, qui comme nous, le suivrait jusqu’au bout du monde, ce qui transpire à l’écran et contribue également à la symbiose immanente de Second tour. Dupontel himself tout d’abord, qui sans trop spoiler, livre une double prestation qui finalement ne fera qu’une. On pourrait d’emblée penser à son rôle dans Président (2005), mais assez rapidement, dans un art du thriller qui offre de nombreux rebondissements, son jeu sera forcément plus nuancé et complexe. Avec toujours cette sorte de froideur, de pudeur qui le rend encore plus solaire et indispensable à sa propre caméra.

Cécile De France, qui déjà dans En équilibre (2015) montrait plus qu’une complémentarité avec l’acteur/réalisateur. Au-delà du magnétisme, c’est une centrale électrique quand ces deux-là sont ensemble à l’écran. Une rencontre artistique que l’on adore, une évidence. Cécile De France, en fausse ingénue porte haut son personnage d’enquêtrice atypique, elle nous amène où elle veut, encore un grand numéro. Et puis, il y a le pote. Il y a celui qui joue dans tous ses films. De ces acteurs autant discrets qu’ils nous sont subliminalement indispensables. Nicolas Marié, qui lui aussi dans Adieu les cons, nous avait tant séduit dans son décalage, tout en hurlant de rire avec son « Un handicapé ne va pas en prison !! « . Ici, il est toujours aussi juste, dans un rôle écrit sur mesure, afin qu’il donne la pleine mesure d’un talent qui ici rayonne. Il nous fait toujours autant marrer, tout en nous touchant l’air de rien en plein cœur. Dans Second tour, Dupontel prolonge avec encore plus de poésie son art de l’utopie déjà si étincelante dans Adieu les cons. Il y met toute la profondeur de son âme, et que celle-ci est grande et forte. C’est un grand monsieur, un grand réalisateur… Dupontel président !!!

Titre Original: SECOND TOUR

Réalisé par: Albert Dupontel

Casting : Albert Dupontel, Cécile de France, Nicolas Marié …

Genre: Comédie dramatique, Drame, Comédie

Sortie le: 25 octobre 2023

Distribué par: Pathé

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