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SYNOPSIS : L’épidémie de LT-21 ne fera pas un seul mort. Mais est-on tout à fait vivant quand on a tout oublié ? Car les patients infectés développent une amnésie biographique totale. Asia, infectiologue et Gabriel, chercheur en virologie, en couple depuis 15 ans, sont retenus dans un hôpital devenu centre de quarantaine, sous contrôle de l’armée. Ils continuent les recherches, s’occupent des patients. Mais lorsque Gabriel tombe malade après avoir pris tous les risques pour sauver un enfant infecté, Asia est exfiltrée de force sur une île, base de l’opération Hérédis. Là, on la contraint à poursuivre les recherches dans un laboratoire secret. Sur le continent, Gabriel a déjà tout oublié de leur amour.
A compter de ce jeudi OCS nous propose, dans le prolongement de Rictus, une nouvelle série d’anticipation. Le ton est toutefois radicalement différent de sa petite sœur du mois dernier. Ici il n’est nullement question de comédie burlesque mais plutôt de réalisme teinté d’apocalypse. LT-21, qui n’arrive pas sans nous rappeler quelques bons vieux souvenirs de l’époque Covid, nous immerge donc dans un monde rigoureusement semblable au nôtre qui se retrouve frappé par une curieuse épidémie. Dans celui-ci toutefois la maladie ne tue pas les individus mais « juste » leurs mémoires. Les patients infectés oublient donc toute leur vie (leurs familles, leurs sentiments, leurs études etc.) depuis le départ à l’exception de ce qu’ils ont appris vis-à-vis de leurs besoins plus primaires, à savoir les capacités « basiques » (manger, lire, écrire etc.). Un choix intéressant où la mort est plus « symbolique » mais pas forcément moins destructrice en termes de psychologie. Au centre de cette dystopie LT-21 souhaite nous raconter les répercussions, peut-être définitives, sur l’histoire d’amour d’un couple, Asia et Gabriel. On pourrait penser de prime abord légèrement retrouver un mixte des ingrédients de Croisement Gaza – Bd St Germain et de Rictus mais il n’en est rien. LT-21 est ainsi différente mais aussi bien meilleure que les séries précitées. Afin de nous pencher sur cette nouvelle arrivante, regardons pour varier l’exercice du côté de son synopsis, étonnamment pas avare en détails.
Au-delà de nous présenter le contexte global que nous venons juste d’évoquer à savoir l’épidémie et ses effets sur les êtres humains (et à fortiori sur la société dans son ensemble) il nous révèle que Asia est infectiologue et Gabriel chercheur en virologie et qu’ils sont tous les deux retenus dans un hôpital devenu centre de quarantaine, sous contrôle de l’armée. Nos deux amoureux sont donc aux premières loges de l’évènement et occupent ainsi leur temps à gérer au mieux les différents patients tout en essayant de comprendre davantage les effets du virus sur le cerveau humain. On y apprend aussi que Gabriel va tomber malade et perdre peu à peu la mémoire, laissant Asia confrontée à l’idée de bientôt interagir avec une coquille presque vide, après 15 ans de couple. A noter que la série repose sur deux enjeux qui se laissent à ce stade aisément deviner : le premier, très macro, étant de chercher un remède au virus, voire d’aider ceux qui ont perdu la mémoire à la retrouver ; le second, bien plus micro, est bien évidemment de voir comment le couple d’Asia et Gabriel va traverser cela avec ou sans remède. Ce postulat amène des raisonnements moraux sous-jacents comme le fait de se demander si tout oublier ne serait pas l’opportunité rêvée de donner un nouveau départ au monde entier, un monde meilleur, avec le risque toutefois que le peu qui se souviennent en profitent pour au contraire établir un régime totalitaire et répressif. Dans un univers frappé par un tel virus, difficile également de savoir s’il vaut mieux être du côté de ceux qui se souviennent ou de ceux qui oublient.
A côté de cela le synopsis nous révèle également qu’Asia va être exfiltrée de force sur une île, base d’une opération nommée Hérédis. Là-bas elle se retrouve contrainte de poursuivre les recherches dans un laboratoire secret, loin de Gabriel.
Un programme riche et ambitieux nous en conviendrons. Peut-être trop d’ailleurs lorsque nous arrivons à l’issue de cette première saison. On craint un peu de se retrouver dans le cas d’une Missions bis. Les deux séries n’ont bien sûr pas grand-chose à voir l’une avec l’autre (si ce n’est la présence de l’excellent Clément Aubert) sur le papier hormis sur deux points desquels découleront un troisième qui s’avère être notre préoccupation majeure. Le premier point est que les deux séries sont des productions de « niche » (quelque part encore plus que les séries plus classiques d’OCS, du fait des genres auxquels elles appartiennent). Le deuxième est qu’elles sont toutes les deux ambitieuses parce que leurs évènements ont des impacts non pas seulement sur un groupe d’individus mais sur le monde entier, voire pour Missions sur l’univers. Elles ont aussi toutes les deux le même défaut et c’est le troisième point où nous voulions en venir : vraisemblablement construites sur la base d’un plan préétabli structuré sur plusieurs saisons on sent qu’elles gagnent du temps et diluent leurs intrigues quitte à frustrer, ennuyer ou faire dans la redondance de choses qui n’auraient pas besoin d’être développées car éculées. Missions, dont le chemin était certes bien plus intéressant que l’arrivée, nous noyait sans cesse de concepts tellement théoriques et abstraits (un peu comme lorsqu’au travail l’un de vos collègues utilise des mots trop génériques ou faussement compliqués pour tenter de vous faire croire qu’il a travaillé, qu’il est sur le coup, et qu’il revient bientôt avec des réponses, alors qu’il n’a rien fait du tout) pour ne pas nous donner de vraies réponses et gagner du temps que cela en devenait parfois un peu crispant. LT-21 s’engage un peu sur le même chemin (dans l’esprit, pas dans la méthodologie de nous noyer sous des réponses abstraites car LT-21 est au contraire plutôt didactique) et c’est pourquoi nous avons décidé de prendre le synopsis comme exemple. Arrivés à la fin de la saison, force est de constater que la série n’aura pas été beaucoup plus loin que ce qui y est décrit. Elle illustre davantage son synopsis plutôt que de le transcender ou de le compléter. Ajoutons à cela, comme nous le reprochions déjà à Rictus, des concepts bateau comme une énième résistance/groupe d’individus qui agit dans l’ombre et nous restons vraiment beaucoup (trop ?) en terrain connu et balisé. Admettons que la série soit conçue sur trois saisons (comme Missions et d’autres), faudra-t-il attendre la dernière saison pour qu’il se passe enfin quelque chose de déterminant ? Nous le craignons un peu. On sent que la série avance en freinant, s’attardant sur des péripéties déjà vues ailleurs de la même façon.
Heureusement LT-21 a suffisamment de qualités pour compenser ce côté un peu frustrant. D’une part l’écriture des dialogues est qualitative ce qui contribue à une caractérisation des personnages tout à fait efficace et au fait que le spectateur s’attache très aisément à eux. Ensuite, malgré comme nous le disions un terrain hautement balisé qui manque flagramment de surprises (pas dans le sens où nous voudrions des retournements de situation à foison ou des éléments farfelus censés nous surprendre, nous parlons plutôt des choix de narration), le rythme est bon : on ne s’ennuie pas, chaque épisode apporte plus ou moins sa pierre à l’édifice bien aidé par son format d’une vingtaine de minutes. On remarquera d’ailleurs que la série a le talent de ne pas sortir le téléspectateur de son histoire en réussissant à être assez crédible dans l’univers dépeint malgré un budget que nous imaginons comme à l’accoutumée assez restreint. Enfin le casting est réellement au rendez-vous (il y a juste un choix dans le lot qui nous laisse assez dubitatifs tant ça ne fonctionne pas, mais on ne pointera personne du doigt). Léonie Simaga et Arnaud Valois sont justes et excellents dans les rôles principaux, mais nous fûmes aussi heureux de trouver des interprète géniaux dans les rôles secondaires : on se délecte notamment de Patrick Bouchitey qu’on adore avec ses multiples facettes qui laissent toujours présager que son air malicieux teinté de fausse naïveté cache un sale coup, Aurélia Petit aussi drôle que charismatique en tant que Générale ou encore la jeune Iliana Belkhadra hyper naturelle (même si son personnage devient parfois assez agaçant). Nous ne citerons pas tout le monde mais d’autres contribuent à l’homogénéité de l’ensemble, y compris des rôles tertiaires qui apportent toujours un petit plus aux interactions sur la base. Composée de huit épisodes, la série est une production qualitative qui doit toutefois prendre plus de risques dans sa narration si elle souhaite se démarquer et ne pas donner l’impression d’être cousue de fil blanc. Nous serons dans tous les cas au rendez-vous pour la suite lorsque cette dernière sortira.
Crédits : OCS








































































































































