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SYNOPSIS : Dans un futur proche, humains et intelligence artificielle (IA) se livrent une guerre sans merci. Soldat américain infiltré en Asie, Joshua est séparé de sa femme Maya au cours d’un assaut. Supposant que celle-ci est décédée, il rentre aux États-Unis, complètement dévasté. Cinq ans plus tard, l’armée lui demande de revenir sur le terrain, craignant qu’une puissante intelligence artificielle n’ait créé une arme qui permette à l’Orient de gagner la guerre qu’elle livre à l’Occident. Sentant son utilisation proche, elle souhaite qu’il la trouve et la détruise. Lorsque la colonelle Jean Howell apprend à Joshua que Maya est peut-être en vie et qu’elle se trouverait dans la zone de combat, celui-ci trouve soudainement un nouvel enjeu dans cette mission qu’il avait tout d’abord accepté à contrecoeur. Cependant, peu après son arrivée en Asie, il découvre que l’arme en question n’est autre qu’une petite fille de 6 ans prénommée Alphie. Dès lors, Joshua commence à remettre en question ses convictions sur l’IA : Où est la vérité ? Que lui a-t-on caché ?
Évènement devenu rare de nos jours, The Creator est un projet de grande ampleur, original s’il en est, conduit par la 20th Century Fox rebrandé Disney, et conçu par l’un des auteurs-réalisateurs britanniques les plus intrigants du moment : Gareth Edwards, œil spectaculaire responsable de la renaissance américaine de Godzilla en 2014, et du génial Rogue One, spin-off modèle et gagnant de la saga Star Wars, en 2016. Un long laps de temps s’est écoulé depuis les aventures d’Edwards dans une Galaxie lointaine (très lointaine), lequel a œuvré pour mener à terme cette nouvelle figure phénoménale de la science-fiction moderne, et réussit avec une classe évidente à faire renaître le genre de ses cendres, à contre-courant d’un cinéma cyclique qui continue à se conforter sans fin dans les expansions de licences.

The Creator suit le parcours de Joshua (impeccable John David Washington, qui prouve à nouveau après Tenet qu’il a la carrure d’une tête d’affiche), un ex-agent des Forces Spéciales Américaines. Dans un futur très proche, l’Intelligence Artificielle développée par les grands esprits de la planète est devenue inarrêtable, et s’est émancipée de l’être humain. Après qu’une crise majeure se soit déclarée lorsqu’une l’IA déclencha une ogive nucléaire en plein Los Angeles et que les droits des robots furent drastiquement réduits, seul l’Etat-Continent de la Nouvelle-Asie a continué son travail autour de l’IA, inquiétant le gouvernement américain. Pire, une information interne prouve qu’ils viennent de mettre au point une arme de destruction massive, et qu’ils sont sur le point de l’utiliser contre l’Occident. Joshua, hanté par un drame personnel, est contraint de retourner en Orient et de mettre la main sur cette arme avant qu’il ne soit trop tard. Sur place, il rencontre Alphie, une IA au physique de petite fille, et cette mission militaire prend alors un tournant inattendu lorsque son sens moral est mis à parti. Car avec The Creator, Gareth Edwards remet les pieds dans un immense monde de SF à l’ancienne, calibré sur les codes du genre et son envie de questionner les frontières de l’Humanité en imaginant sa perte ou sa déchéance. Ici, c’est l’IA qui fait figure de menace sur le Monde, résonnant furieusement avec les récentes avancées technologiques qui commencent à refaçonner la planète – et pour égocentrer la question, le Cinéma également. Ici, les IAs sont indépendantes, identiques à l’extrême à l’humain à l’exception d’un bloc mécanique circulaire à l’arrière de leur crâne et d’un bouton off au bas de leur nuque. Mais la véritable interrogation politique et humaniste de The Creator se trouve en son cœur – cœur dont on ne vous révèlera rien pour ne pas gâcher votre visionnage. En détruisant le manichéisme pour conférer une profondeur haletante, terrifiante et sensationnelle à son récit par la nature de son arme et par l’effarante quête de ce fameux « Créateur » (concepteur de la fameuse Arme, et déité priée par les IAs), Gareth Edwards grille les frontières de la binarité – sans mauvais jeu de mot – pour dresser un portrait saisissant à un concept de science-fiction qui aurait pu sonner redite.

Il n’en est rien tant The Creator est un plaisir total et fastueux pour les amateurs de cinéma bien ficelé et inventif, prenant un pied fou à aborder, côtoyer et piocher dans ses multiples inspirations pour concevoir son propre monde à l’intérieur de cette société proto-futuriste à mi-chemin entre le cyberpunk et le space-opera. On y décèle avec délectation les ombres de Star Wars dans son esthétique, de Blade Runner dans certains décors urbains, des productions de Neill Blomkamp dans ses ambitions transhumanistes, et d’une énorme dose d’influences asiatiques majeures. The Creator flirte avec Evangelion, Akira et Pluto, à la fois dans son travail visuel complexe et multi-facettes à l’extrême, comme dans leurs réflexions sur le futur de l’Humanité et sur les conditions nécessaires à sa survie. Ici, les Anges d’Evangelion sont à la fois la menace gargantuesque des IAs asiatiques, mais également cette structure immense conçue par le gouvernement américain, orbitant au sommet de l’atmosphère, scannant chaque brin d’herbe de la Terre pour calculer ses bombardements. L’antagonisme est multiple, brillamment écrit car éminemment politique, faisant état d’un Monde fracturé entre ses idéaux de progrès, son ambition égocentrique et sa peur incommensurable de l’extinction. Tant de douces questions, constamment posées par ces effrayantes et fascinantes avancées de l’Intelligence Artificielle dans le monde réel, qui se reflètent dans The Creator comme les IAs du film prennent racine dans le cœur de l’Humanité.

Habité par un excellent casting derrière Washington (Gemma Chan en figure biblique déchue, Ken Watanabe en ex-camarade artificiel au caractère enflammé, et la jeune et impressionnante Madeleine Yuna Voyles qui vole le film par son talent et par l’émotion incroyablement distillée dans la surpuissante Alphie), et fixé sur les plus grosses réussites de la Science-Fiction classique pour mieux se raccrocher au style ample, inspiré et plastiquement saisissant de Gareth Edwards, The Creator est une des plus belles surprises de l’année, et assurément l’une des toutes meilleures propositions de science-fiction de cette dernière décennie – au moins. Derrière un travail bluffant des effets visuels (à la fois dans les trouvailles plateaux et des costumes de Jeremy Hanna, comme dans les décors gargantuesques de James Clyne qui conçoivent ensemble un monde multiple déployant une palette impressionnante de diversité stylistique) et rythmé par les envolées magistrales du grand Hans Zimmer à la musique, Edwards signe avec la co-signature scénaristique de Chris Weitz et le travail impeccable à la photographie de Greig Fraser et Oren Soffer, un grand film aux ambitions flamboyantes, frappant par son envie de remettre la SF classique au goût du jour et par le talent certain déployé sans fin par son équipe technique plus qu’investie de sa mission salutaire. The Creator est une intense, spectaculaire et terrifiante réussite de style et de propos, qu’on visite avec un plaisir certain, mais surtout avec le besoin de continuer à se plonger dans ces univers uniques et originaux qui continuent à faire briller le Cinéma. Et en ces moments décisifs où les artisans du genre se battent contre les studios pour de meilleures conditions de travail, une rémunération plus juste, et la limitation de la prolifération de l’Intelligence Artificielle à Hollywood, on a cruellement besoin de ces films spectaculairement humains.

Titre Original: THE CREATOR
Réalisé par: Gareth Edwards
Casting : John David Washington, Gemma Chan, Ken Watanabe…
Genre: Science fiction, Drame, Aventure
Sortie le: 27 septembre 2023
Distribué par: The Walt Disney Company France
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Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































