Critiques Cinéma

POUR LE PIRE ET POUR LE MEILLEUR (Critique)

Melvin Udall, un écrivain misanthrope, écrit à la chaîne des romans sentimentaux qui comblent son sens pervers de l’autodérision et lui permettent de vivre confortablement. Sa vie est réglée comme du papier à musique, il évite le contact humain hormis celui de Carol Connelly, une jeune mère célibataire, serveuse dans un restaurant où il prend ses repas. Un jour, Simon Bishop, son voisin, artiste gay, est défiguré par deux voyous, le fils de Carol tombe malade et Melvin hérite du chien de Simon pendant son séjour à l’hôpital. Sa vie en est toute bouleversée.

Pour le pire et pour le meilleur après un véritable succès commercial et un bon accueil critique, recevra en 1998 deux oscars, et fait quasi unique pour les deux acteurs principaux au sein d’un même film. Jack Nicholson et Helen Hunt légitimement mis ainsi à l’honneur.  Le réalisateur, James L. Brooks, un des créateurs des Simpsons, a d’ailleurs écrit le rôle de Melvin pour Jack Nicholson et il était pour lui inenvisageable que le film existe sans lui. Lors des premières scènes, tout est installé pour que l’on comprenne à quel point l’on perçoive chez Melvin le misanthrope dans toutes ses apérités : blasé, désabusé, aigri, un vrai méchant. Il se défoule dans la rédaction d’une médiocre littérature romantique de gare. Il écrit autant mécaniquement que cyniquement. Une personnalité extrême qui exacerbe sa haine dans de la prose guimauve bon marché.

Une de ses premières victimes sera le chien de Simon, son voisin, prénommé Verdell, griffon bruxellois urineur de paillasson au poil ingrat, qui va finir dans le vide ordure, propulsé par Melvin avec cette estocade belliqueuse : « Va danser des claquettes à Broadway ». On a bien cerné le personnage ! Sa haine de lui-même est cinglante. Il la reporte sur quiconque croise son chemin. Et à ce jeu-là, les mimiques de Jack Nicholson dans le rôle de Melvin et les dialogues acerbes sous forme de vomi verbal, sont pleinement jubilatoires. Sauf qu’il peut aussi devenir terriblement cruel sans même ne plus y faire attention, tant il s’est enfermé dans cette constante agressivité. Et comme souvent, face à un tel degré de férocité, il suffit de se mettre parfois à son niveau pour que le pitbull se transforme en un bichon à sa mémère. A propos de quadripède velu, suite à la terrible agression dont sera victime Simon, Melvin va se retrouver à devoir garder Verdell, qui va contribuer à l’adoucir. Si les vertus thérapeutiques des chats sont avérées, ici le vieil homme aigri va invariablement tomber en amour de la boule de poil canine. Son excès d’amour pour le cabot sera à l’image de ses précédentes haines extrêmes. C’est d’ailleurs une des limites de Pour le pire et le meilleur, sa conversion vers la douceur dans sa rapidité qui n’est pas toujours très crédible. Même s’il est bien sûr intéressant d’être pris à témoin de sa lutte contre ses démons. Une véritable paranoïa compulsive obsessionnelle avec son besoin de schéma établi pour ne pas sombrer définitivement. Toute la mise en scène tournoie autour de la folie douce de Melvin, ça va donc vite et fort, et on ne s’ennuie pas.

Mais ses obsessions quasi psychotiques vont finalement rendre Melvin charmant auprès de Carol, la serveuse qu’il affectionne tant. Il a le mérite de l’amuser, d’attiser sa curiosité dans ses outrances et sa sincérité si brutale. La séduction opère alors en douceur. Et c’est là qu’intervient la scène du restaurant… Carol et Melvin tournent autour de la définition de ce qu’est un compliment tant elle en a besoin et tant il ne sait pas faire. Et dans ce moment où l’on s’attend à une énième vacherie décalée, à une outrance verbale supplémentaire… Il lui dit une des plus belles choses que l’on peut dire, là aussi sans filtre, sans fard et dans l’authentique sincérité qui le caractérise : « Vous m’avez donné envie d’être meilleur ». Ce moment-là, quand il le dit, quand elle le reçoit, ses yeux à elle si surpris et profondément émus, vu d’où il part et vu où elle en est… est un de ceux des plus grands instants romantiques du 7ème art, comme il peut en être dans la vie. « Vous m’avez donné envie d’être meilleur « , temps inoubliable et suspendu. Il s’en suivra la magie de l’instant, ce qui va tant désarçonner celui a tellement besoin de tout planifier, tout contrôler. Il sera découvert et comme mis à nu. Une immense scène de romantisme. Évidemment, et sur un mode trop prévisible, il sera tout aussi insupportable la minute d’après, pour venir compenser le pur esthétisme de l’aveu précédent. On le sent un peu venir à des kilomètres mais cette scène aura existé et elle est délicieusement impossible à oublier. Il faudra ensuite apprendre à composer sans les inutiles phrases assassines, dont Melvin a pourtant la redoutable science. Ce qu’il dira à Carol lors de l’épilogue sera également très puissant mais pour le savoir, une seule solution… Tous ces plans seront admirablement servis par un jeu de couleurs assez pétaradantes et flashy, qui donnent une énergie très plaisante à Pour le pire et pour le meilleur. 

Dans le rôle de Melvin c’est du formidable Nicholson. Sa présence, son non verbal autant que sa façon de déclamer les pires insanités rendent totalement vivant le personnage de Melvin. Les moments de conversion vers la douceur lui offrent un rôle quasi schizophrénique où il excelle totalement, tant il nous touche par sa façon d’aimer, par ce combat si intense qu’il mène contre lui-même. Helen Hunt dans le rôle de Carol est la parfaite partenaire de Nicholson. On ne sait pas qui rend l’autre meilleur, mais son engagement dans le rôle de cette mère courage et de cette femme aimante parvient à contourner ce qui pouvait pourtant ressembler à un léger stéréotype d’écriture. Elle est parfaitement décontenancée face aux changements d’humeur permanents de Melvin, si bien rendus par Nicholson, elle le fait avec une grande vérité. Les deux Oscars sont tout sauf un hasard pour cette performance à deux ! Au final, Pour le pire et pour le meilleur, malgré quelques facilités et un chemin balisé, demeure une comédie romantique majeure de la fin des années 90. Le casting y est certes pour beaucoup, ainsi que cette emblématique scène du restaurant. A voir pour le meilleur et pour… le meilleur !!

Titre Original: AS GOOD AS IT GETS

Réalisé par: Damiano Damiani

Casting: Jack Nicholson, Helen Hunt, Greg Kinnear…

Genre: Comédie dramatique, Romance

Sortie le: 18 février 1998

Distribué par: –

TRÈS BIEN

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