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SYNOPSIS : Le 3 juin 2017, Reality Winner, vingt-cinq ans, est interrogée par deux agents du FBI à son domicile. Cette conversation d’apparence banale parfois surréaliste, dont chaque dialogue est tiré de l’authentique transcription de l’interrogatoire, brosse le portrait complexe d’une milléniale américaine, vétérane de l’US Air Force, professeure de yoga, qui aime les animaux, les voyages et partager des photos sur les réseaux sociaux. Pourquoi le FBI s’intéresse-t-il à elle ? Qui est vraiment Reality ?
Il est évident, rien qu’à la lecture du titre du film, que le projet Reality tend à explorer le rapport au réel de façon frontale. S’il tire son nom de celui – très singulier – de la pourtant très réelle Reality Winner (source d’un fait divers politique américain majeur de ces dernières années), le premier long-métrage réalisé par la metteuse en scène Tina Satter, écrit conjointement avec James Paul Dallas d’après sa pièce Is This a Room, empreinte son essence à la réalité pour narrer un curieux interrogatoire de fortune dans une pièce vide. En retirant tous les artifices habituels du thriller anxiogène, plongeant ses protagonistes dans un espace cloîtré, aux couleurs délavées à tendance rosoyantes, Satter compose une expérience de cinéma profondément subtile, et assurément puissante. Reality suit, en quasi temps réel, l’arrivée de Reality Winner dans sa maison, alors que des agents du FBI investissent les lieux pour le perquisitionner. Interrogée par le duo d’agents du FBI Taylor et Garrick, tour à tour compatissants, intrusifs et amicaux, au sujet de son métier de traductrice Farsi pour le gouvernement américain et ses rapports avec le Moyen-Orient, Reality plonge dans le récit morcelé par les zones d’ombre de sa vie et de l’éventuel secret qu’elle cache.

Car Reality adapte le transcript de l’enregistrement du véritable interrogatoire de la protagoniste, adoptant alors ses ruptures de rythme, ses hésitations, ses passages confidentiels et la montée progressive de la tension. En installant son déroulé dans les contours de la réalité, sans tomber ni dans le docu-fiction ni dans la reconstitution télévisuelle, Satter se saisit de son concept, déjà exploré par le biais de sa pièce de théâtre, pour déranger encore plus ses spectateurs en s’amusant à tordre la réalité, la rendant d’autant plus inconfortable. En taisant le sujet de cet interrogatoire pendant la quasi-totalité du film, essayant de tirer les vers du nez de Reality en la questionnant sur ses habitudes quotidiennes, sur ses points de vue politiques, sur l’essence de son travail ou sur sa vie privée, le long-métrage bâtit un curieux entre-deux, frontalement réaliste autant qu’il se dirige souvent vers la fantaisie et l’étrangeté d’un monde semi-théâtral qui s’effondre petit à petit. A ce jeu-là, c’est le casting qui habille le mieux cette contradiction, mené par la stupéfiante Sydney Sweeney (révélation d’Euphoria, aux prochaines années déjà overbookées et très prometteuses) qui arrache son personnage à la racine pour la raconter sans aucun artifice. Démaquillée, affublée d’une simple chemise blanche et attrapant les émotions au fur et à mesure de l’avancée du récit, la comédienne effectue un exercice de style saisissant de simplicité et d’efficacité, accompagnée par le très bon duo Josh Hamilton/Marchánt Davis.

Dans son approche, ses virages de ton et sa mise en scène épurée qui tire vers l’expérimental lorsque le texte se cache derrière les censures confidentielles ou les inondations de lumière rose, Reality est une œuvre surprenante qui s’aventure hors des sentiers battus, loin du biopic de lanceur d’alerte à la Snowden, pour composer au plus près de son héroïne construite sur des zones d’ombre. En cachant le sujet du film pour mieux laisser le réel prendre le dessus de sa narration, Satter réussit à attraper le spectateur dans ses expérimentations visuelles qui ponctuent le montage et dans les nuances puissantes qu’elle parvient à glisser avec aisance dans les dialogues déjà livrés par la retranscription réelle du FBI. Reality est une proposition d’une sobriété effarante, s’emparant du thriller politique pour l’amener dans la maison banale d’une jeune femme banale dissimulant derrière les apparences des secrets politiques qui remontent jusqu’à la gouvernance Trump (le film évoque les leaks qui tendaient à prouver une intervention russe dans les élections de 2016, rien que ça…).

En se saisissant de cette histoire bien réelle pour embarquer ce monde dans un interrogatoire frontalement réaliste décalqué sur des bascules narratives singulières, Reality est une expérience spectaculaire dans sa fabrication, questionnant furieusement bien les collisions de points de vue pour pouvoir tout remettre en perspective. En donnant toute cette épaisseur à ce fait divers, Reality le rend, paradoxalement, encore plus réel et donc d’autant plus essentiel.

Titre Original: REALITY
Réalisé par: Tina Satter
Casting : Sydney Sweeney, Josh Hamilton, Marchant Davis…
Genre: Drame, Biopic
Sortie le: 16 août 2023
Distribué par: Metropolitan FilmExport
TRÈS BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020









































































































































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