Critiques Cinéma

BARBIE (Critique)

SYNOPSIS : A Barbie Land, vous êtes un être parfait dans un monde parfait. Sauf si vous êtes en crise existentielle, ou si vous êtes Ken.

Beaucoup d’idées et de parallèles ont reliés les destins au box-office des tant attendus Oppenheimer et Barbie, que ce soit par leur date de sortie conjointe, leurs promotions en miroir, leurs publics-cibles présumés aux opposés ou la singularité de leurs propositions artistiques au sein des filmographies de leurs auteurs. Effectivement, le fameux « Barbenheimer » (néologisme-valise représentant la fusion antinomique des deux films) n’aurait jamais eu un tel impact s’ils n’étaient pas, chacun à sa manière, déjà des petits évènements dans les carrières de Christopher Nolan et de Greta Gerwig. D’un côté, Nolan recompose son cinéma en simplifiant sa narration, remodelant ses obsessions métaphysiques au centre d’une intrigue unilatérale autour des préoccupations d’un unique homme (à l’inverse de la grandiloquence spatiale d’Interstellar ou des manipulations temporelles de son complexe Tenet). De l’autre, Gerwig est signée par Mattel pour adapter au cinéma leur produit-phare, proposant alors de plonger la firme dans une introspection philosophique de la société contemporaine. Les deux metteurs en scène, d’autant plus complémentaires au sein du cinéma d’auteur américain moderne, touchent alors du doigt une situation rare dans l’histoire du 7ème Art en posant leurs caméras sur un spectre artistique dense et diversifié, raisons d’ores et déjà prouvées par les chiffres des succès respectifs des films au Box-Office.


Et pourtant, les excellents retours du projet de Greta Gerwig ne sont pas tellement une surprise, tant il avait déjà tout pour séduire un très large panel de spectateurs dès son démarrage. S’il semble de prime abord n’être qu’une opportunité marketing pour Mattel qui s’échine à remettre leurs poupées au centre du dialogue, ce Barbie s’aventure pourtant bien loin des eaux tranquilles dans lesquelles il aurait pu ne prendre aucun risque. En convoitant la metteuse en scène Greta Gerwig (visage ultra-prometteur du cinéma féminin indé contemporain à qui l’on doit déjà le magnifique Lady Bird et la réadaptation lumineuse des Filles du Docteur March), accompagnée à l’écriture par son conjoint à la vie et collaborateur habituel au travail Noah Baumbach (réalisateur acclamé de Les Berkman se séparent, Frances Ha ou encore Marriage Story) – un duo qui donne déjà un indice clair sur le ton que le film adoptera – Mattel joue à ambitionner plus qu’une pub en Imax, offrant alors à ses auteurs la possibilité de faire de leur Barbie le témoin d’un monde qui change et d’une nouvelle génération qui doit s’approprier les symboles du passé.


Ce Barbie 2023 suit les aventures barbiesques de Barbie, une Barbie habitant à Barbieland avec tout un tas d’autres Barbie, une ribambelle de Ken et un seul et unique Allan. Notre Barbie Girl centrale, dotée du visage de Margot Robbie, est un jour décontenancée par une série de catastrophes qui jettent la confusion au sein de sa vie parfaitement rangée. Ces évènements la mènent à rejoindre le monde réel, de l’autre côté de Venice Beach, pour régler ses problèmes et retrouver son parfait quotidien à Barbieland. Accompagnée malgré elle par un Ken Ryan-Goslingesque obsédé par le désir de plaire à sa blonde, Barbie va faire face à la déception d’une réalité plus violente qu’elle ne l’imaginait, alors même qu’elle se retrouve poursuivie par le patron de Mattel qui cherche à la renvoyer chez elle… Cette intrigue hautement fantaisiste, source d’une série hilarante de gags situationnels et de réflexions intellectuelles sur la cruauté du monde et sur les imperfections saisissantes qui le morcèlent, se construit alors autour du style de Greta Gerwig, qui se régale en laissant le champ libre à son casting. Margot Robbie, possédée par un rôle d’une profondeur très insoupçonnée et profondément désarmante dans ses embouchures finales, est le cœur qui bat à tout rompre du film, propulsant à elle-seule le long-métrage à des années-lumière de l’idée du carton commercial paresseux que beaucoup imaginaient. Mais, malgré les performances canons du reste de la troupe assemblée par la metteuse en scène, c’est évidemment Ryan Gosling qui vole tous les lauriers, en trouvant peut-être l’une des pièces-maîtresses de sa carrière avec son Ken, doux loser archétypal à la blondeur éblouissante et à l’expressivité réjouissante, source d’une quantité astronomique de rires au sein de ce joyeux nid à absurdités. Sa puissance comique, pourtant plus à prouver depuis des années (suffit-il de voir ou revoir Crazy, Stupid, Love, The Nice Guys, ou probablement son meilleur rôle ever dans le sketch Papyrus tourné pour le SNL), est encore une fois éclatante, et accompagne les idées thématiques dans les renversements de la deuxième partie du film.

Car, en se nourrissant des décors flashies et référencés de Sarah Greenwood, des costumes exubérants et délicieusement over-the-top de Jacqueline Durran, de la BO de Mark Ronson et Andrew Wyatt qui s’accompagne d’une flopée de grands noms de la pop moderne (Nicky Minaj, Ice Spice, Billie Eilish, Dua Lipa, Charlie XCX, Tame Impala, Sam Smith, Ava Max et plein d’autres) et de la photographie épurée mais pourtant surchargée de visuels menée par Rodrigo Prieto, Barbie ne propose pas seulement d’envoyer sa figure centrale dans les méandres philosophiques du patriarcat et de ses implications sur la pop-culture. Le scénario de Gerwig et Baumbach, en déconstruisant les clichés attendus et en rendant le périple évident dans son déroulé, réussit avec grand talent à bâtir un récit hautement féministe qui tend à remettre les pendules à l’heure au moment où tout le monde a tendance à parler en long, en large et en travers de sujets monstrueusement plus complexes que ce qui apparait parfois. Barbie a l’intelligence d’être génialement accessible, mais aussi redoutablement universel par son double récit qui donne deux évolutions bien menées aux deux personnages principaux du film. Barbie, et sa quête de réponses qui se transforme en une lutte contre la violence du patriarcat opportuniste, revient sur les questions centrales qui traversent les quotidiens des femmes, sans jamais que le propos du long-métrage ne paraisse prétentieux ni vide de substance. De l’autre côté, Ken saisit la nature instable et un brin absurde d’un homme qui n’a pas trouvé sa place ni son identité, lui offrant une leçon plus que précieuse en lui accordant la possibilité de trouver par lui-même qui il veut être au-delà des archétypes. Car ce Barbie, excellent et délicieux bonbon d’humour, de fraîcheur et de réflexion, nous régale dans son traitement fondamental des stéréotypes. En se la jouant façon La Grande Aventure Lego dans un décor façonné pour une comédie musicale de Jacques Demy, Greta Gerwig plonge dans l’innocence de l’enfance et des rêves naïfs d’espoir pour décomposer le regard patriarcal en le retournant avec une ouverture et une vitalité évidente. Porté par un casting chargé en images et en couleurs pétaradantes (les Barbies Kate McKinnon, Issa Rae, Emma Mackey, Hari Nef et Alexandra Shipp, les Kens Simu Liu, Scott Evans, Ncuti Gatwa et Kingsley Ben-Adir, le plus-que-parfait Allan Michael Cera – véritable MVP du film – le patron de Mattel Will Ferrell, le duo mère-fille bien réel America Ferrara/Ariana Greenblatt, ou encore la narratrice méta Helen Mirren), ce Barbie édition Gerwig est un bac à sable hilarant et absurdement pop, revitalisant la période innocente et trouble de l’enfance et de la recherche d’identité au service d’une quête improbablement colorée et densément référencée sous l’égide d’un spectacle populaire aussi satisfaisant qu’il est intelligent. Mais évidemment, on n’est pas surpris. Pas le moins du monde…

Titre Original: BARBIE

Réalisé par: Greta Gerwig

Casting : Margot Robbie, Ryan Gosling, Michael Cera …

Genre: Aventure, Comédie, Famille

Date de sortie : 19 juillet 2023

Distribué par: Warner Bros. France

4 STARS EXCELLENTEXCELLENT

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