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SYNOPSIS : En échange d’une somme de quatre millions de dollars que doit leur verser Carlito, le patron de la mafia à Saint-Denis, Tacchini, Sami, Yaya et Kader se font passer pour des sportifs de haut niveau et s’engagent dans un raid à travers le monde. Ces petits malfrats sans envergure ont pour mission d’assassiner le capitaine de leur équipe, la jeune et riche héritière Léonore de Ségonzac. Mais les choses se compliquent lorsque la joyeuse bande est à son tour poursuivie par quatre criminels dirigés par la cruelle Madame Jo.
C’est formidable de pouvoir réaliser un rêve de gosse et de cinéphile. Ça l’est aussi de pouvoir casser la tirelire des pontes de la Gaumont pour donner vie à toutes les images marquantes qu’on avait dans la tête depuis le début de la génération VHS. Ça l’est enfin tout autant de s’efforcer de renouer avec l’esprit des grands divertissements populaires à la française, en l’occurrence les BD sur pellicule de Philippe De Broca, avec l’envie de les moderniser par l’ajout d’ingrédients de la tendance comique du moment. Lorsque Le Raid sort en mars 2002, on sait déjà plus ou moins à quoi s’attendre. Auréolé du petit succès de son premier film de potes (Le ciel, les oiseaux et… ta mère !), Djamel Bensalah n’allait évidemment pas se gêner pour acclimater la comédie d’aventures avec tout ce qui se rattache de près ou de loin à la culture « téci « . Et avec sous la main un énorme casting multi-générationnel qui tisse un lien direct entre la vieille garde et la jeune relève (de Josiane Balasko à Atmen Kelif), tant de belles intentions laissaient présager du meilleur. Avant que la vraie nature du résultat fasse un peu l’effet d’une douche froide sur très grand écran.

Le pitch était pourtant prometteur : quatre pieds nickelés du ter-ter, aussi doués pour l’endurance et les sports extrêmes qu’Aya Nakamura pour les chansons à texte, se retrouvent chargés, par un concours de circonstances un poil tarabiscoté, de participer à un raid en Patagonie dans le seul but d’occire la porte-poisse richissime qui leur sert de capitaine. Sauf qu’entre des tueurs lancés à leur trousse et la présence totalement inexpliquée des casques bleus de l’ONU au cœur de cette compétition, crapahuter non-stop dans la flotte, la rocaille, la neige, la jungle et les marais gavés de crocodiles va se changer en une aventure pour le moins mouvementée. Premier problème : l’intrigue a beau être moins simpliste qu’on ne l’aurait cru, elle quitte un peu trop souvent la trajectoire barrée de son équipe de bras cassés pour s’attarder longuement sur des sous-intrigues à deux balles dont on se fiche éperdument. Second problème : délocaliser le neuf-trois en Patagonie ne donne lieu qu’à trois blagues sur neuf qui nous font (à peine) dégainer un sourire. De rares moments amusants surtout dus aux seconds rôles – notre préférence ira aux militaires qui causent en langage codé – doivent ainsi cohabiter avec de médiocres ressorts comiques répétés ad nauseam (le coup du portable qui sonne toujours au pire moment : non mais sérieux ?!?).

Troisième (gros) problème : le quarté de tête (on ne tient pas compte d’Hélène de Fougerolles qui sort méritante d’un tel projet) est à ce point insupportable que suivre leurs tribulations a de temps en temps des relents d’expédition punitive. On vous fait la fiche de renseignements ? En vrac : Roschdy Zem se ridiculise sèchement en grand frère benêt et pseudo-romantique, Lorànt Deutsch parle et pense « thunasse » quelle que soit la situation, Atmen Kelif se croit drôle en insistant non-stop sur son mal de ventre et ses problèmes de constipation, et enfin, la Palme du malaise est décernée haut la main à Julien Courbey dont le personnage franchement craignos et vulgos aurait de quoi filer un arrêt cardiaque à une féministe. Face à une telle smala de nullards (ici parfois concurrencés par un Maurice Barthélémy en totale roue libre), on se retrouve forcé de compter sur la vieille garde du Splendid pour renouer avec une méchanceté qui a fait ses preuves. Bon, ce n’est hélas pas le cas de Josiane Balasko, ici réduite à un petit rôle de Mama Gangster au look de Cruella, mais on peut remercier Gérard Jugnot, lequel s’éclate comme un fou à jouer le Scarface papa-poule au langage hyper-châtié (c’est clairement lui qui chope les meilleures scènes du film).

Tout schuss’ sur les pentes du navet, donc ? En fait, non. On se surprend parfois non seulement à ne pas s’ennuyer une seule seconde devant Le Raid, mais aussi à ne pas trouver désagréable de le revoir, une fois de temps à autre, pour passer le temps en faisant autre chose. Il est facile de saisir pourquoi : le rythme du film fait vraiment illusion. En enfilant les péripéties, les poursuites et les fusillades à la vitesse d’une tornade (si l’on met de compte une pause un peu longuette au coin du feu), Bensalah crée un rythme de croisière optimal. C’est même de cette façon qu’il réussit à nous faire avaler ses plus grosses couleuvres scénaristiques, en particulier cette invraisemblable pirouette finale qui signe par le plus grand hasard la victoire de l’équipe ! De plus, on sent malgré tout que le jeune cinéaste a minutieusement réfléchi en amont chacune de ses scènes, des cadrages aux mouvements de caméra jusqu’à quelques plans-séquences très maîtrisés – surtout celui qui clôt le film. Sa seule erreur d’ordre technique aura été d’oublier de faire de même pour les transitions : en effet, dès qu’il s’agit de lier les scènes entre elles, tout paraît trop raccommodé à la va-vite – un reportage du très drôle Pascal Elbé par-ci, un stock-shot sur la faune du bayou par-là, un fondu au noir de temps à autre… Une faute de goût néanmoins pardonnable pour un jeune réalisateur débutant d’à peine vingt-sept ans, capable de compenser par de solides compétences techniques et rythmiques. Celles-là même qui nous poussent à faire preuve d’indulgence (relative) vis-à-vis du Raid.

Titre Original: LE RAID
Réalisé par: Djamel Bensalah
Casting : Lorànt Deutsch, Roschdy Zem, Hélène de Fougerolles …
Genre: Comédie
Sortie le: 27 Mars 2002
Distribué par : –
ASSEZ MAUVAIS
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2000








































































































































