Critiques Cinéma

LES DAMNES NE PLEURENT PAS (Critique)

SYNOPSIS : Fatima-Zahra traîne son fils de 17 ans, Selim, de ville en ville, fuyant les scandales qui éclatent sur sa route. Quand Selim découvre la vérité sur leur passé, Fatima-Zahra lui promet un nouveau départ. Ils arrivent alors à Tanger, où de nouvelles rencontres leur donnent l’espoir d’atteindre la légitimité qu’ils recherchent tant. Mais ces aspirations menacent la relation fusionnelle qui les lie depuis toujours. 

Après avoir réalisé son premier long-métrage Lynn + Lucy en Angleterre en 2019 et après être passé plusieurs fois au sein de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, c’est sur ses terres marocaines d’origine que le metteur en scène britannique Fyzal Boulifa pose les caméras de son nouveau film. Les Damnés ne pleurent pas, co-production franco-belgo-marocaine, compose le parcours en parallèle d’une mère célibataire et d’un fils en recherche de repères, mettant l’humanité de ses personnages en exergue d’un récit rural fabriqué avec application. Le film suit Fatima-Zahra, mère vivant au petit bonheur la chance à Casablanca, en marge de sa famille qui la couvre de reproches. Son fils, Selim, arrive à l’âge adulte et cherche à trouver un moyen de compléter les revenus fluctuants de sa mère pour subvenir à leurs besoins. Lorsqu’ils emménagent ensemble à Tanger, Fatima-Zahra rencontre un chauffeur de bus avec qui elle sympathise, et Selim est engagé par un hôtelier français installé au Maroc.


Porté par le duo Aïcha Tebbae et Abdellah El Hajjouji, tous deux comédiens débutants particulièrement sympathiques et excellents de bout en bout du récit, Les Damnés ne pleurent pas est un long-métrage à la forme curieuse, qui s’ouvre sur la relation tumultueuse mais fusionnelle entre une mère en marge de la société et un fils solitaire qui tarde à couper le cordon. Au grès des évènements racontés et agencés par le scénario dense de Boulifa, le ton du film joue à dissoner et à changer de fréquence avec une identité propre assez surprenante. En n’emmenant jamais l’histoire là où on s’y attend, le metteur en scène plonge dans le cœur de ses personnages, archétypes imparfaits mais émouvants qui emballent ce voyage littéral à travers les décors marocains. La mise en scène tangible, proche des visages et porté par la légèreté de son apparente lenteur, sert alors le propos d’un film assurément sensible qui met au centre le parcours de ses deux protagonistes à travers cette période charnière et complexe de leurs vies. Si d’un côté la mère fait face à l’image que la société marocaine a d’elle, et que de l’autre le fils s’aventure dans une certaine toxicité moderne des entreprises européennes en recherche d’exotisme mal placé au Maghreb, Les Damnés ne pleurent pas réussit très bien à ne pas dissocier les deux discours, gardant le duo au centre du spectre narratif même lorsqu’ils ne sont pas ensemble. Leurs frictions, leurs désaccords, leurs engueulades et leurs colères, légitimes ou non, servent à faire peser une tension habile sur le scénario du film, offrant alors un joli lot d’émotions variées.


Car Fyzal Boulifa signe une jolie chronique familiale au milieu d’une misère sociale et d’un désert émotionnel étonnant, s’aventurant dans des thématiques lourdes de sens et d’importance au centre de la société marocaine. Sans jouer les brûlots politiques, ni les leçons mal placées, Les Damnés ne pleurent pas met surtout en avant ses personnages, leur offrant une belle bulle d’intimité et de précision, leur permettant l’expression d’une recherche maladroite d’espoir là où celui-ci ne se cache certainement pas.

Et ce sans miser sur le désespoir et la débauche de misérabilisme parfois affichée par ce genre de production, Boulifa pose son cadre avec recul et mesure, donnant à son deuxième long-métrage d’intéressants aspects sociétaux et une attachante succession d’évènements de tous genres. L’ensemble manque malgré tout d’une vraie direction unique et finit par conclure les choses plutôt brutalement, mais Les Damnés ne pleurent pas s’en sort avec les honneurs pour son portrait en demi-teinte, en nuances et en miroir d’une relation mère-fils habitée et passionnée.

Titre Original: LES DAMNES NE PLEURENT PAS

Réalisé par: Fyzal Boulifa

Casting: Aïcha Tebbae, Abdellah El Hajjouji, Antoine Reinartz …

Genre: Drame

Sortie le: 26 Juillet 2023

Distribué par: New Story

BIEN

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