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SYNOPSIS : Évocation de la vie de la reine d’origine autrichienne, épouse mal-aimée de Louis XVI, guillotinée en 1793. Au sortir de l’adolescence, une jeune fille découvre un monde hostile et codifié, un univers frivole où chacun observe et juge l’autre sans aménité. Mariée à un homme maladroit qui la délaisse, elle est rapidement lassée par les devoirs de représentation qu’on lui impose. Elle s’évade dans l’ivresse de la fête et les plaisirs des sens pour réinventer un monde à elle. Y a-t-il un prix à payer à chercher le bonheur que certains vous refusent ?
C’est notamment après le légitime succès international de Lost in Translation (2003), que la réalisatrice Sofia Coppola a pu obtenir auprès du gouvernement français de l’époque une autorisation spéciale pour pouvoir tourner dans le château de Versailles. Incontestablement, l’impression quasi subliminale d’authenticité n’en est que renforcée. La cinéaste retrouve sa muse Kirsten Dunst, qu’elle avait déjà tant sublimée de sa caméra dans l’inoubliable Virgin Suicides (1999). Son amour pour les femmes dans la force de leur fragilité et les personnages décalées rend cette collaboration instinctive, animale. Elle va bien sûr s’attaquer dans ce long-métrage à l’intériorité de Marie-Antoinette, à son intime, à l’exacerbation de ses émotions. On s’attend aussi à la rencontre entre une véritable artiste peintre du cinéma et l’histoire de France, à qui on ne peut pourtant pas offrir des tonnes de fantaisie. Et justement, dès les premières secondes, le parti-pris est clair, Marie-Antoinette est une affaire de contrastes, avec cette musique on ne plus rock de Siouxsie and the Banshees alors qu’il va être question de monarchie… Tous ces regards braqués sur « L’autrichienne » dont la plupart sont explicitement hostiles, sont le symbole des pires médiocrités de l’âme humaine dans ce refus de l’altérité quelle incarne alors qu’elle n’a pas encore ne serait-ce que bouger le moindre cil.

La présence de Marie-Antoinette est déjà si puissante dans le décalage si cher à Coppola que porte son héroïne, face notamment au premier dauphin, qui à côté paraît ridiculement minuscule dans son total manque d’assurance et le lisse qui se lit sur son visage. A l’exact rebours de l’espièglerie apparente de son épouse, comme une envie immanente d’humanité, d’absolu. Marie-Antoinette, contourne l’évident piège du classicisme, car face à l’histoire qui ne se réinvente pas et au factuel, c’est bien la mise en scène qui peut faire toute la différence. Et à ce jeu-là, avec une cinéaste comme Sofia Coppola, c’est justement une envie d’excentricité qui va écraser le poids des conventions cinématographiques, autant que la première dauphine avec le protocole si lourdingue. Pendant deux heures, et plus particulièrement la deuxième partie, quand Marie-Antoinette va commencer à se lâcher sévère, c’est un festival de couleurs totalement flashy dans la façon de filmer aussi bien les décors royaux, dans notamment des jeux de miroirs et de bougies, que des tenues bigarrées, ou ce visage faussement ingénu d’une dauphine qui va progressivement imposer son originalité. Le tout rythmé par une bande originale qui a le pouvoir d’être autant décalé dans sa pop attitude qu’adaptée pourtant à ce qui se joue à l’écran.

En opposition, ici la bienséance est exposée comme un totalitarisme. L’absence de passion sexuelle entre les deux jeunes époux royaux, les insupportables et écrasants codes d’une monarchie rétrograde, les jeux de dupes de la cour dans les intrigues avec particulièrement la Du Barry, assurent toute la première partie d’un film qui se doit de planter son décor historique. Puis, cette deuxième partie où la dauphine va enfin s’éclater est complétement pop, jubilatoire, car inattendue. C’est une orgie colorée d’étoffes, de bonbons, de macarons roses pétaradants et surtout l’introduction d’une extraordinaire modernité dans un univers aseptisé, asphyxié d’immobilisme. Marie-Antoinette va s’amuser, tombe le masque et tente de combler sa terrible solitude par des atours bien chatoyants. Le lendemain de son anniversaire nous ramène à nos matins embrumés d’alcool après des nuits blanches festives et c’est à nouveau sur cette contemporanéité que veut souffler avec une forme d’élégance du désespoir la cinéaste si inspirée. Le petit Trianon devient l’échappatoire d’une dauphine devenue reine, qui va y vivre de nombreuses expériences sensorielles et des épicurismes gourmands et charnels de tout ordre. C’est le plaisir avant tout pour fuir au mieux et le plus en contre-projet possible la lourde monotonie du protocole Versaillais.

Et en cheffe de meute de ces folles farandoles et délirantes escapades… Fascinante, sensuelle et divine Kirsten Dunst, pour un rôle forcément multi-facettes tant il est question ici d’émancipation. Malgré son tempérament artistique et multiple, ce qui émerge le plus dans ce personnage hors norme est la solitude qui semble comme ancrée autant dans ses yeux que dans son corps trop longtemps délaissé par le dauphin. L’actrice vient ici nous toucher très profondément tant cette solitude, même entourée est forcément un peu la nôtre. Elle nous transmet le sublime de l’émotion. L’actrice muse ne quitte jamais la caméra de sa peintre. Elle l’aime éperdument et nous avec. Ce n’est pas chose si aisée de jouer la médiocrité et la faiblesse, surtout pour un roi, et il faut souligner que Jason Schwartzman est un Louis XVI impressionnant dans ce jeu de regarder sa reine si grande et forte, se rendant lui toujours plus insipide. Marie-Antoinette est complètement perdue dans cette approche de Sofia Coppola de la vie du monarque. C’est par-dessus tout ce que la cinéaste aime montrer, et clairement la rencontre s’est faite dans ce petit bijou iconoclaste qui nous éblouit sans cesse.
Titre original: MARIE-ANTOINETTE
Réalisé par: Sofia Coppola
Casting: Kirsten Dunst, Jason Schwartzman, Rip Torn…
Genre: Historique, Biopic, Drame
Sortie le: 24 mai 2006
Distribué par : Pathé
EXCELLENT
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2000








































































































































