Critique Livres

PYRAMIDE (Critique Livre) Une variation personnelle autour du pouvoir et de ses enjeux et une belle réflexion sur la notion de justice…

RÉSUMÉ : Dans un désert sans fin, quelques peuples pauvres survivent sous l’autorité d’un leader impitoyable nommé Oasis. Leur seul espoir ? L’épreuve qui, tous les sept ans, remet cette place en jeu. Soixante-quatre jeunes concurrents sont envoyés s’affronter dans une pyramide truffée de pièges. A chaque étage, la moitié des participants est éliminée. Qui survivra et accèdera au pouvoir ? Un seul atteindra le sommet, à condition d’être plus rapide que le sable qui avale tout sur son passage…


Il s’agit du tout premier roman de Gaëtan B. Maran, auteur de plusieurs nouvelles et gagnant de la 1ère édition des Murmures Littéraires. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il signe là un ouvrage prometteur pour la suite de sa carrière. En bon conteur, il a imaginé une dystopie aussi cruelle qu’implacable, dont les chapitres s’enchaînent à un rythme soutenu. En clair : difficile de lâcher son livre ! La mécanique toute entière de Pyramide reprend bon nombre des codes de deux sagas cultes auprès du grand public : Hunger Games de Suzanne Collins, et Le Labyrinthe de James Dashner. Si l’édifice mortel évoque aisément Le labyrinthe qui tient Thomas et ses camarades blocards à distance de la liberté – et de la vérité – le système totalitaire déployé autour de Pyramide évoque plus volontiers Panem, ses districts… et ses jeux mortels.

En se réappropriant ces codes, Gaëtan B. Maran propose une variation personnelle autour du pouvoir et de ses enjeux, assortie d’une belle réflexion sur la notion de justice. L’auteur nous livre suffisamment d’informations pour adhérer à son univers et ne pas s’y trouver trop largués : un pays indéterminé où il ne pleut plus jamais, une pyramide gigantesque qui distribue de l’eau tous les sept ans aux quartiers qui s’étalent à ses pieds, un seul détenteur du pouvoir, une seule façon de se hisser au sommet à son tour et espérer changer les choses ou prendre sa revanche sur la vie. Les bases sont claires, nettes, et assez dépourvues d’affect. Les extraits des codes des anciens Oasis éclairent mieux que de longs discours sur la manière dont le monde s’articule autour de Pyramide et de son Oasis qui, même si la référence n’a pas été mise en avant, nous a tout de même fortement évoqué Mad Max : Fury Road et son détestable Immortan Joe.


D’emblée, on entre dans le vif de l’épreuve aux côtés de Saël, Celma, Naia et Vadim. Tour à tour, un chapitre leur est consacré, surmonté d’un décompte fatidique : le nombre de concurrents encore en lice. La mécanique implacable du jeu se met en place, et l’on comprend rapidement que le souhait de l’auteur a été de penser son Battle Royale davantage comme une gigantesque souricière que comme une arène propice aux bains de sang. Dans Pyramide, c’est le lieu qui représente la plus grande menace. Et si les concurrents s’affrontent parfois au détour d’une galerie, eh bien… c’est un tribut que le sable n’aura pas. Les pièges sont inventifs, mais restent sages. Et un brin répétitifs. On s’attendait à ne plus savoir où donner de la tête dans les galeries truffées d’obstacles mais, en fin de compte, c’est le sable qui prédomine.

On a adoré le style précis de Gaëtan B. Maran, qui sait convoquer des images très sensorielles au cœur du dédale mortel qu’il a imaginé. Pas de fioritures. On a la sensation d’une fuite en avant, d’une urgence dans la réflexion, dans l’exploration. On renoue avec le registre de survie pure. Malgré les qualités indéniables de son écriture nette, et de visibles efforts pour nous rallier à la cause de ses concurrents, parfaitement dessinés de surcroît, on a manqué d’empathie pour eux. La faute à la mécanique du jeu sans doute, qui laisse peu d’espoir quant à l’issue de cette épreuve, et au vase-clos dans lequel évoluent les champions des quartiers. Quoi qu’il en soit, il nous a manqué du sentiment. Et pourtant, des émotions, on en prend plein les yeux, à chaque page, qu’il s’agisse de peur, de désespoir, d’épuisement, de hargne… Mais à l’instar des concurrents dans les galeries de Pyramide, on a manqué de lueur. Trop déconnectés de l’extérieur, le sort de ces tributs n’a pas réussi à nous arracher plus qu’un pincement au cœur.

Difficile de détailler les raisons de notre ressenti sur Pyramide sans risquer d’en révéler les secrets les plus importants. On a plus qu’apprécié ce premier roman très prometteur et addictif, mais on regrette beaucoup sa concision. On aurait bien vu une épreuve qui s’étale sur deux ou trois volets, pour laisser libre cours à l’imagination fertile de l’auteur. Un cliffhanger à mi-parcours de la pyramide aurait eu du piquant, même si l’on conçoit également l’intérêt d’un one-shot. A tout le moins, et même s’il est mathématiquement impossible de consacrer un peu de lignes de texte à chacun des 64 participants – nous aurions sans doute fui à grandes enjambées ! – nous aurions apprécié suivre plus de quatre concurrents dans leur ascension vers le pouvoir. Et l’on reste persuadés que l’épilogue, satisfaisant, n’enlève en rien l’éventualité d’un préquel, qui nous régalerait de la genèse de Pyramide. A bon entendeur !

Comme très souvent avec la maison d’édition Syros – que nous remercions chaleureusement ainsi que Chiara pour l’envoi de cet exemplaire – l’excellente surprise est au rendez-vous. Forte de choix inspirés et rigoureux, elle s’est composé un catalogue riche en émotions. Et Pyramide n’y fait pas exception. En tout état de cause, on ne manquera pas de suivre de près la suite des aventures littéraires de Gaëtan B. Maran. Quant à vous, lectrices, lecteurs, on ne vous promet pas que vous apprécierez Pyramide si vous avez apprécié Hunger Games. Mais on est prêts à parier avec celleux d’entre vous qui n’ont pas aimé Hunger Games qu’il est fort possible que vous appréciiez Pyramide.

Crédits : ÉDITIONS SYROS

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