Critiques Cinéma

STARS AT NOON (Critique)

SYNOPSIS : Une jeune journaliste américaine en détresse bloquée sans passeport dans le Nicaragua d’aujourd’hui en pleine période électorale rencontre dans un bar d’hôtel un voyageur anglais. Il lui semble être l’homme rêvé pour l’aider à fuir le pays

Son passage à Cannes l’année dernière lui ayant conféré une réputation un brin sulfureuse et nébuleuse, le nouveau long-métrage de la réalisatrice Claire Denis installe enfin ses bagages dans les salles françaises. Au casting, la brillante Margaret Qualley – un visage angélique devant un caractère rebelle appuyé – incarne Trish, une jeune journaliste américaine coincée dans un Nicaragua post-covid à cause d’un passeport annulé et d’une rédaction qui refuse de la rapatrier aux Etats-Unis. Sur place, elle tente de gagner son chemin vers son pays en baignant dans des petites magouilles, en se vendant à des hommes influents et en approchant des responsables politiques. Lorsqu’elle rencontre un soir un touriste anglais qu’elle envisage comme sa porte de sortie, Trish s’accroche à lui et se rend progressivement compte qu’elle vient de mettre les pieds dans une crise diplomatique. De sa forme énigmatique drivée par une narration en lambeaux qui multiplie à tour de bras les zones d’ombres et les doubles jeux, Stars at Noon opte dès son introduction pour une mise en scène à la portée voluptueuse, chargée en détails et en contraste. L’intérêt pour les corps et pour leurs croisements pose alors les bases du film, sorte de polar noir et politique sur fond de thriller social à la croisée des genres et des atmosphères. En résulte un long-métrage profondément mystérieux, un fleuve impalpable hanté par ses personnages et par leurs motivations toutes plus floues les unes que les autres.

Mais loin d’être le concentré d’ennui que beaucoup lui attribuent, ce Stars at Noon réussit habilement à faire exister ses comédiens dans un écrin homogène et habité, mélangeant les inspirations et les enjeux pour rendre ce parcours encore plus riche. Trish veut quitter le pays, mais la politique du Nicaragua et ses alliances éphémères vont lui retomber dessus toujours plus violemment, dans une spirale qui tend alors à se renouveler par le prisme de son duo de tête. D’une part, Qualley est magnétique dans un rôle vecteur de son intrigue, une journaliste abandonnée par son pays qui cache pourtant un sérieux jeu manipulateur derrière ses airs adolescents. De l’autre, Joe Alwyn (hanté par le fantôme de Taron Egerton qui devait incarner le personnage avant de se rétracter), un « touriste » anglais aux ambitions et au passé indiscernables.


S’il séduit dans son approche esthétique et dans la précision de sa mise en scène, Stars at Noon rencontre pourtant quelques difficultés dans la gestion de son rythme et dans le traitement de son histoire, celle-ci préférant tellement se centrer sur Trish qu’elle finit par manquer de clarté aux yeux du spectateur. Le creux du film naît alors à l’approche de sa conclusion, lorsque le personnage incarné par Bennie Safdie sort quasiment de nulle part pour clarifier les tenants et aboutissants des menaces qui pèsent sur les deux protagonistes, faisant quelque peu retomber l’atmosphère planante de l’ensemble en cédant aux sirènes de l’explicatif. Et même s’il connaît des bévues rythmiques à une paire d’instants, Stars at Noon finit pourtant par convaincre ultimement, par son climat paranoïaque et par la portée onirique de sa narration elliptique.

Pas très loin du rêve dans son écrin caniculaire, Claire Denis livre une œuvre entière, étonnamment à contre-courant, dont l’aspect sulfureux et les imprécisions narratives expliquent à eux seuls la scission nette qu’a connu la critique à son visionnage à Cannes. Stars at Noon est un objet curieux et nébuleux, à l’instar de son personnage central, reposant corps et âmes sur un récit circulaire et sur une quête énigmatique peuplée de menaces fantomatiques, de politique omniprésente et de désirs charnels. Denis nous propose une réelle proposition de style, déstabilisante s’il en est, qui teste les limites du fond et de la forme dans une confrontation immobile et transpirante, où l’atmosphère règne en maître d’une lutte quotidienne diablement bien incarnée.

Titre original: STARS AT NOON

Réalisé par: Claire Denis

Casting : Margaret Qualley, Joe Alwyn, Benny Safdie …

Genre:  Drame, Romance, Thriller

Sortie le: 14 Juin 2023

Distribué par : Ad Vitam

TRÈS BIEN

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