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SYNOPSIS : Après avoir retrouvé Gwen Stacy, Spider-Man, le sympathique héros originaire de Brooklyn, est catapulté à travers le Multivers, où il rencontre une équipe de Spider-Héros chargée d’en protéger l’existence. Mais lorsque les héros s’opposent sur la façon de gérer une nouvelle menace, Miles se retrouve confronté à eux et doit redéfinir ce que signifie être un héros afin de sauver les personnes qu’il aime le plus.
Cela fait désormais quelques décennies bien tassées que le Web-Slinger de Marvel, le seul et unique Spider-Man (avec un tiret entre le Spider et le Man, s’il-vous-plaît) est continuellement omniprésent sur tous les écrans possibles et imaginables. La création arachnéenne de Stan Lee et Steve Ditko semble se mouvoir à travers les époques comme il glisse entre les buildings de Brooklyn le long de ses toiles, ses véritables super-pouvoirs étant à la fois sa longévité à toute épreuve et sa capacité hors-normes à ne jamais devenir ringard ou anachronique au sein de son époque (et ce malgré quelques occasionnelles et oubliables sorties de piste). Alors que Tom Holland incarne la dernière version en date du classique Peter Parker derrière le masque au sein du MCU (tout en glissant à coup de chaos industriel vers le Spider-Univers de Sony) et qu’une toute nouvelle restructuration de son histoire s’apprête à débarquer après le reset provoqué par la fin de son No Way Home, la figure entière de Spider-Man est devenue un grand défouloir iconographique. En 2018, les scénaristes et producteurs Phil Lord/Chris Miller (les génies complètement barrés derrière La Grande Aventure Lego, Les Mitchell contre les Machines, 21 Jump Street et Tempête de Boulettes Géantes) se sont alors emparés du personnage via le vent de fraîcheur du visage de Miles Morales. Crée en 2011 par la dessinatrice Sara Pichelli et le scénariste Brian Michael Bendis, le jeune ado du Bronx – fils d’un policier afro-américain et d’une mère portoricaine – a définitivement réussi à s’imposer durablement dans le spider-monde grâce à sa fougue, son énergie débordante, son style imparable et ses thématiques modernes. Miles est le Peter Parker de toute une nouvelle génération, et l’a bien prouvé dans le premier volet de Spider-Man into the Spider Verse puisque le nouveau Web-Slinger de Sony a ramené à New-York l’Oscar du Meilleur Film d’Animation cette année-là. Un prix dignement mérité, dû à la créativité totale d’un grand spectacle généreux, drôle, émouvant et profondément épique qui signait l’origin story parfaite du personnage. Et pas moins de 5 ans plus tard (après de nombreuses péripéties dans sa production qui ont vu sa durée de fabrication augmenter), Miles is back pour de nouvelles aventures. Cette fois-ci, Spider-Man ne mettra pas seulement les pieds dans le Multivers, il le traversera et fera face à tous ses dangers.

Spider-Man Across the Spider Verse retrouve Miles, 15 ans, alors qu’il tente de faire comprendre à ses parents ses objectifs pour son avenir. L’idée d’une fac dans le New Jersey ne réjouit pas Rio et Jeff, peu transcendés par l’idée de laisser leur fils voler de ses propres ailes. Drôle d’ironie, puisqu’en parallèle Miles est le seul et unique Spider-Man de son monde et souhaite par-dessus tout reprendre contact avec ses alter-egos d’autres dimensions aux côtés desquels il s’est battu dans le volet précédent. C’est lorsqu’il désespère de revoir Gwen que celle-ci apparaît à lui grâce à un bracelet fabriqué par le Spider-Man 2099 Miguel O’Hara, fondateur de la Spider-Society (une unité d’élite chargée de protéger la cohérence de tous les univers). Gwen emmène alors Miles à travers le Multivers pour que celui-ci puisse comprendre que sa place dans toute cette histoire n’est absolument pas celle qu’il croit, et qu’il va devoir se battre pour faire vivre ses idées.

Fruit d’une gestation créative conséquente, ce Across the Spider Verse fait figure de promesse gigantesque au sein du paysage super-héroïque contemporain. L’objectif : réitérer l’exploit accompli par le premier volet en le décuplant. Un objectif tellement périlleux que l’opus précédent est devenu en quelques années un véritable cultural reset dans la fabrication de l’animation toute entière. Son mélange d’icônes populaires, d’imageries classiques et d’émotions fulgurantes a vite fait de l’installer dans l’inconscient collectif comme la Spider-Aventure ultime, à la fois terrain de jeu gigantesque et parti pris artistique visionnaire. Un retour au source créatif à la fraîcheur inégalable au service d’un grand spectacle profusément généreux : ce premier Spider Verse a définitivement fait bouger les limites du medium de l’animation pour lui offrir toujours plus de libertés. Ce nouvel épisode ne fait pas que réussir sa promesse, il la transcende. Il ne repousse pas seulement les limites, il les explose pour en poser de nouvelles. L’animation mainstream vient de trouver un nouveau mètre-étalon qui ne pourra être détrôné que par la promesse de son futur troisième volet, puisqu’il conçoit avec une consistance incroyable une représentation plastique magistrale du Multivers et de ses infinis possibilités. Déçu.e.s par ce point dans No Way Home et Doctor Strange in the Multiverse of Madness, Miles et son équipe viennent sauver le quartier pour faire indubitablement changer les choses. Cette fois-ci mis en scène à six mains par Joaquim Dos Santos, Kemp Powers et Justin K. Thompson sous l’écriture de Phil Lord, Chris Miller et Dave Callaham, cette nouvelle aventure pousse encore plus loin l’exploration du personnage de Miles Morales, protagoniste hors pair dans un canevas multi-dimensionnel aux frontières inconnues. Cet opus de transition – à la fois introduction pour le dernier volet de la trilogie et prolongement thématique intense de ce qui avait été installé dans le précédent – propulse son héros en plein tumulte adolescent dans un Multivers de tous les dangers en restant à chaque instant concentré sur lui. Across the Spider Verse est un film particulièrement intelligent sur la famille, donnant une place absolument brillante à la mère Rio Morales (excellente Lauren Vélez) et au père Jeff Davis (Brian Tyree Henry, toujours au rendez-vous). Mais la plus grande réussite de cette suite est probablement l’espace hallucinant que laisse l’intrigue aux univers et aux réalités des Spider-Men et Women présentés ou retrouvés tout au long de ce joyeux mandala/patchwork artistique. La grande gagnante à ce jeu est Gwen, d’ailleurs celle qui ouvre le film, qui prend considérablement en consistance grâce à un parcours initiatique baigné dans les nuances. Son univers-tampon, qui agit visuellement comme un réceptacle à émotions avec sa magnifique palette de couleurs explosives et ses visuels d’inspiration rock, pose les bases de ce deuxième long-métrage, comptant à son bord un nombre incalculables d’idées visuelles qu’on ne s’amusera pas à lister par respect pour notre santé mentale. Across the Spider Verse est une proposition artistique gargantuesque drapée par la bande-originale extra-électrique composée par Daniel Pemberton, un récit hallucinant de maîtrise et de richesse – chaque image offrant autant d’imagerie, de suggestion, de frissons et d’émotions que le cinéma est capable de procurer. Peut-être Lord et Miller sont-ils en train de changer pour toujours la face du medium de l’animation, en prouvant à nouveau sa beauté formelle, ses possibilités exponentielles et la cohérence totale qu’il tisse entre toutes les histoires qu’il peut raconter en un seul film ?

Ce nouveau Spider Verse est donc un petit prodige, toujours porté par les voix de Shameik Moore (Miles » Spider-Man » Morales), Hailee Steinfeld (Gwen « Spider-Woman » Stacy) et Jake Johnson (Peter B. « Spider-Man « Parker), accompagnés par tout une nouvelle galerie haute en couleurs de Spider-Personnes, leurs univers respectifs et tout un tas d’apparitions distinguées et surprenantes. Oscar Isaac campe le big boss de l’élite multiverselle arachnéenne Miguel « Spider-Man 2099 » O’Hara, aux côtés de Issa Rae dans la peau de l’ultra badass et ultra enceinte Jessica « Spider-Woman » Drew et son ultra moto visuellement démente, Daniel Kaluuya qui s’éclate dans une partition british à souhait avec le génial Hobie « Spider-Punk » Brown, Karan Soni qui envoie l’homme-araignée dans un croisement entre Mumbai et Manhattan avec le flamboyant Pavitr « Spider-Man India » Prabhakar et Andy Samberg qui sublime le pathos écaillé de Ben « Scarlett Spider » Reilly. Face à tout ce beau monde, Jason Schwartzmann porte la plus belle absurdité du film, à savoir son big bad. The Spot (en français le délicieux « La Tâche « ) est tiré des fonds de tiroirs de l’écurie Marvel pour le plus grand plaisir de l’équipe du film, qui en fait un antagoniste profondément pathétique prétexte à l’explosion du multivers tout en creusant l’origine des pouvoirs de Miles Morales. Le double jeu fait autour de ce méchant physiquement ridicule en forme de « vilain du Dimanche » est l’un des aspects les plus réjouissants du film, d’autant plus qu’il est quasiment inarrêtable, rendant sa menace génialement omniprésente et donc diablement terrifiante. Ce Across the Spider Verse porte alors pour plus grand défaut sa conclusion brusque, pavant la voie à son troisième volet qui fait souffler un air de Dune Partie 1 sur cette nouvelle aventure marvellienne (le déjà nommé Beyond the Spider Verse devrait atterrir sur les écrans l’année prochaine, et on trépigne déjà d’impatience). A la fois spectacle gigantesque, émotion grisante, partition musicale majestueuse et réflexion méta sur le procédé narratif de l’Origin Story (Miles se bat littéralement contre son destin, à savoir sa propre origin story dont il n’est pas censé dévier, qui devient donc le véritable antagoniste du film), la nouvelle expansion multiverselle de Sony est une grande avancée dans l’histoire de l’animation, en complète rupture après leurs précédentes propositions filmiques qui flirtaient généreusement avec les abysses narratives, au service d’un grand spectacle flamboyant, grandiose et d’une immense inventivité de tous les instants. Across the Spider Verse est un rêve de fan et de cinéphile, à la fois fantasme pop-culturel à profusion et terrassant récit initiatique d’un gosse de New-York qui cherche sa place. Désormais, les yeux seront rivés sur le débarquement du troisième volet de la trilogie, et il n’y a plus de place pour le doute : Spider-Man ne s’est jamais aussi bien porté de toute son histoire. Well done, Miles.

Titre Original: SPIDER-MAN : ACROSS THE SPIDER-VERSE
Réalisé par: Joaquim Dos Santos, Kemp Powers, Justin Thompson
Casting : Stéphane Bak, Shameik Moore, Shirine Boutella…
Genre: Animation, Action, Fantastique, Aventure
Sortie cinéma le: 31 Mai 2023
Distribué par : Sony Pictures Releasing France

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Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































