Critiques Cinéma

BEETLJUICE (Critique)

SYNOPSIS: Pour avoir voulu sauver un chien, Adam et Barbara Maitland passent tout de go dans l’autre monde. Peu après, occupants invisibles de leur antique demeure ils la voient envahie par une riche et bruyante famille new-yorkaise. Rien à redire jusqu’au jour où cette honorable famille entreprend de donner un cachet plus urbain à la vieille demeure. Adam et Barbara, scandalisés, décident de déloger les intrus. Mais leurs classiques fantômes et autres sortilèges ne font aucun effet. C’est alors qu’ils font appel à un « bio-exorciste » freelance connu sous le sobriquet de Beetlejuice.

Beetljuice est l’opus qui va installer l’univers Tim Burton, entre une poésie très fantasque, une fantasmagorie parfois morbide, et un humour cynique cinglant. C’est la féérie à l’état brut, la glorification du désuet, pour les débuts du génie. Selon lui, Beetljuice serait d’ailleurs une joyeuse parodie de L’Exorciste (1973). D’ailleurs, dans un dialogue, le personnage de Beetljuice, ce fantôme frappadingue dira avoir vu ce même exorciste 2747 fois !! Si tout l’univers de Burton est ici à ses balbutiements, son aspect formel semble un tantinet moins esthétique, mais toujours aussi excentrique, sur l’usage des couleurs et l’explosion peinturlurée à chaque scène. Ce qui n’empêchera pas Beetljuice de gagner en 1989 l’Oscar pour le meilleur maquillage. Le succès fut tel que l’univers Beetljuice s’est réinventé sous le format d’un jeu vidéo au début des années 90 sur NES et Gameboy pour celles et ceux à qui ces noms feront replonger dans une époque chérie… Mais aussi et surtout une série avec 109 épisodes réalisés par Tim Burton himself. Très vite, dans Beetljuice, l’ambiance baroque, parfois un peu foutraque prédomine. Le désespoir des apprentis spectres gentils est une joyeuse rigolade. Les morts s’en prennent aux vivants, non pas car de fait, le fantôme serait un être malfaisant, qui a décidé de hanter les lieux et les âmes. Le paradigme est ici que les fantômes sont toujours aussi cools et chouettes que de leur vivant, et qu’ils vont entreprendre de pourrir la vie à des mortels, qui eux sont pénibles. Cette inversion du classique prisme est autant audacieuse que jubilatoire, et vient signifier là les rêveries d’un cinéaste qui use d’une forme de joyeuse subversion, où on se dit pourquoi pas et aussi que ça fait un bien fou.


Avec le recul, on est un peu à mi-chemin entre Ghost (1990) avec des fantômes qui refusent gentiment d’admettre leur condition, tout en découvrant avec nous progressivement celle-ci, et Parasite (2019) dans cette dichotomie de deux familles, notamment dans l’invisibilité métaphorique ou réelle d’une d’entre elle, mais évidemment en moins trash et différemment délirante dans Beetlejuice. C’est clairement l’éclate quand le couple Maitland se promène dans les couloirs des morts où le réalisateur se lâche complètement sur le champ des possibles, dans un monde parallèle fantasmé avec des fantômes bien barrés et bien plus funs que flippants. On est dans un train fantôme avec un couple de spectres qui désespère de ne pas réussir à faire peur. Beetljuice, ça part un peu dans tous les sens, et presque trop parfois, peut-être aux dépends de la narration, qui n’est pas toujours empathique. Tant Tim Burton a su créer une réelle émotion et un attachement si fort à ses personnages dans ses créations suivantes, qu’il s’agisse de Edward aux mains d’argent (1990), Big Fish (2003), Charlie et la chocolaterie (2005) et tant d’autres.


Pour autant, la magie est ultra présente, notamment à l’arrivée de Beetljuice, à mi-parcours du film. Sa folie est contagieuse, et à lui seul c’est un gros délire, ce qu’il raconte, sa gestuelle, sa magie clownesque, qui est dantesque. A l’image de la chorégraphie calypso maboule et étourdissante autour du repas, qui est ultra jouissive et assez inoubliable. Avec lui, c’est toute la mise en scène qui va suivre, dans une orgie de bizarreries et des véritables tableaux qui prennent et surprennent dans un rythme ultra soutenu et toujours étonnant. La musique du compagnon de route de Burton, Danny Elfman est une parfaite accompagnatrice dans cette alternance comique et horrifique. Le casting est choral, comme souvent avec Burton, tant il a cette faculté d’inventer toute une galerie détonante. C’est bien grâce à Beetljuice et sa parfaite entente avec Burton que Michael Keaton pourra ensuite interpréter Batman, le rôle d’une vie. Tant ici sa prestation exaltante est engagée et où il fait œuvre d’une folie de chaque instant, avec pourtant seulement 17 minutes de présence sur les 1H28 du film, mais quelle présence !! Lui qui paraît parfois assez neutre, dira que c’est le rôle qui l’aura le plus enthousiasmé. Burton dira de lui :  » Michael est complètement cintré, c’est un maniaque, une pile électrique et il a des yeux incroyables. J’adore les yeux chez les gens et il a une paire d’yeux proprement hallucinants. « 


Dans ce film qui la fera connaître du grand public, Winona Ryder aussi crève l’écran dans une sensibilité d’un magnétisme qui transperce les cœurs. Pas étonnant que Tim Burton, deux ans plus tard fera appel à elle pour son chef-d’œuvre Edward aux mains d’argent. Alec Baldwin et Geena Davis forment un couple spectral tellement convaincant, dans cette amusante mais douloureuse acceptation qui est la leur. Au final, Beetljuice est une énorme farce, un délire absolu, qui en recontextualisant a rencontré son public, qui ne s’attendait pas à ça, tant l’émergence de l’univers de Burton est surprenant de folie et bluffant de créativité. C’est du brut et se regarde comme une œuvre pionnière, premier marqueur d’une géniale folie joyeuse et qui nous fait tant rêver, encore aujourd’hui.

Titre original: BEETLEJUICE

Réalisé par: Tim Burton

Casting: Michael Keaton, Winona Ryder, Alec Baldwin…

Genre:  Fantastique, Comédie

Sortie le: 14 Décembre 1988

Distribué par : Warner Bros. France

TRÈS BIEN

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