Critiques Cinéma

L’INNOCENT (Critique)

SYNOPSIS: Quand Abel apprend que sa mère Sylvie, la soixantaine, est sur le point de se marier avec un homme en prison, il panique. Épaulé par Clémence, sa meilleure amie, il va tout faire pour essayer de la protéger. Mais la rencontre avec Michel, son nouveau beau-père, pourrait bien offrir à Abel de nouvelles perspectives….

Quatrième long métrage comme réalisateur pour Louis Garrel, qui comme acteur transforme en or un peu tout ce qu’il touche. Ici, il dit chercher à s’approcher d’une vérité sans vouloir pour autant exclure la comédie. Scénariste, réalisateur et acteur avec  L’Innocent il signe un film très autobiographique car il reprend une tranche de vie de sa mère, la cinéaste Brigitte Sy. Comme il s’agit entre autre d’un film de braquage et que Louis Garrel ne voulait pas souffrir de la concurrence outre atlantique, maîtres du genre, il présente donc son long métrage comme un « film de braquage du Poitou Charente «  !! Nous sommes dans le croisement du marivaudage et braquage, avec de fait une touche très « »Made in France  ». A l’image d’un registre musical tout le long du film où Garrel assume la variété française. Justement, les musiques tout au long de L’innocent, parlons-en !! Morceaux patrimoines de la variété Française, certaines considérées comme le must de la ringardise, à commencer par peut-être son meilleur emblème : Pour le plaisir  (1981) d’Herbert Léonard. Pourtant, dinguerie de mise en scène, car elle est utilisée pour une forme de course poursuite amoureuse, où complètement survoltée, Sylvie (Anouk Grinberg), sous les yeux et surtout les oreilles d’un Abel (Louis Garrel) effaré et affolé, monte le son d’Herbert à fond pour que dans son camion de transport de prisonnier, Michel (Roschdy Zem) entende que son adorée n’est pas très loin.


Une des premières scènes de L’innocent  est un peu à l’image du film, beaucoup de comédie et d’amour, sur un fond assez dramatique. Et bien Pour le plaisir  est juste parfaite pour ce moment rocambolesque. Où l’art de magnifier, de redonner une seconde vie, à ce que l’on pensait un peu figé, ce n’est dans l’esprit du cinéaste pas seulement une métaphore. On pensera à la très poétique réhabilitation de Voyage Voyage  (1987) de Desireless qui change de dimension, et que l’on n’écoutera plus jamais de la même manière après avoir vu Compartiment N°6  (2021). Oui, durant L’innocent , on rit beaucoup, c’est vrai, et assez finement. Il y a une vibe très burlesque, du comique de situations, mais qui dans l’écriture, est porté surtout par les acteurs, dans les silences, la façon de porter la vanne, l’art de la mimique de contre-champ. Louis Garrel n’est pas acteur pour rien et l’on devine cette envie en tant que cinéaste de les mettre en avant. C’est pleinement réussi dans cette mise en scène très habile, et qui perfore dans l’alternance entre les franches rigolades et les moments plus intimistes. C’est subtil car le cinéaste parvient à contourner les stéréotypes du genre pour livrer une œuvre qui demeure surprenante et très rythmée. Si bien sûr, il y a parfois comme un air de déjà vu, mais le film en fait toujours un peu autre chose et arrive à nous amener ailleurs. Louis Garrel parlait d’un « film un peu cartoon dans son intention  » C’est le cas, avec notamment une part belle au rebondissement, toujours finement maitrisé.


C’est aussi un film très intéressant sur la réhabilitation à plus d’un titre, celle de la musique des années 80, on l’a dit, et c’est tout sauf une sinécure. Mais aussi bien sûr celle de Michel, qui sort de 5 ans prison et avec un peu un « doit faire ses preuves » sur le front. Qu’en fera-t-il ?… On vous laissera le découvrir. Juste, on peut dire que c’est sans manichéisme et très juste. C’est aussi la réhabilitation de l’amour peu importe les âges, pour Sylvie et ce droit au bonheur à tout moment de sa vie. Et enfin, la forme de potentielle renaissance affective d’Abel, traversé par la perte, le deuil, la douleur infini d’avoir perdu celle qui était jusqu’alors la femme de sa vie. C’est un peu tout ça L’innocent , une quête en chorale, en chantant, même du Herbert Léonard, c’est tendre et intelligent, ça rebondit, ça rigole, ça tremble, ça touche, on ne s’ennuie jamais. C’est aussi un hommage à la théâtralité et au métier d’acteur, on ne refait pas, tant Louis Garrel est tombé dedans tout petit. Les scènes de préparation au restaurant, et la scène du restaurant en elle-même, sont des modèles du genre. C’est explosif, jubilatoire, le temps passe en une seconde et on se demande si l’idée n’est pas ici d’interroger la duplicité parfois des comédiens dans la surinterprétation, en tous les cas, ces moments sont une réussite totale, et clairement on se fend la poire… Noémie Merlant dans le rôle d’une Clémence complètement survoltée et parfois complètement folle, sort de son registre habituel et le fait avec un potentiel comique évident. Elle est volcanique, et a répondu à l’invitation au cabotinage de son réalisateur, qui sur le plateau, lui a demandé à plusieurs reprises « Lâches toi  »!! Elle l’a fait parfaitement, nous fait tellement marrer, et sait aussi nous toucher pile dans les beaux moments. Une interprétation variée et de haute volée. Rien d’étonnant quand on sait qu’elle s’apprête à jouer dans le prochain Nakache / Toledano.



Anouk Grinberg parle de son personnage, Sylvie, comme quelqu’un de solaire, loin des rôles  »plus chagrins » qu’elle campe habituellement. Et quelle belle idée du réalisateur d’être allée la chercher… L’actrice de théâtre, qui a joué pour Blier, Audiard et tant d’autres est ici bouleversante dans cette recherche de résilience, cette envie de se réinventer, peu importe le reste, une grande dame, pour une grande interprétation. Roschdy Zem a particulièrement apprécié la grande vulnérabilité de son personnage. On savait qu’il savait tout faire, et ici c’est parfait pour lui, tant il alterne l’intime, l’hilarité et le sombre. Il est impeccable comme à chaque fois, et même de plus en plus majestueux. Louis Garrel s’éclate autant derrière que devant la caméra. Il y a quelque chose de rassurant, de bienveillant à chaque fois qu’il apparaît. C’est un grand, un très grand, et on a de la chance de l’avoir. Au final L’innocent  est une vraie petite régalade, qui croise les genres avec un panache certain. Le temps passe très vite, ce film c’est un vrai p’tit bonheur.

Titre Original: L’INNOCENT

Réalisé par: Louis Garrel

Casting: Roschdy Zem, Louis Garrel, Anouk Grinberg…

Genre: Comédie

Sortie le:  12 octobre 2022

Distribué par: Ad Vitam

EXCELLENT

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