Critiques Cinéma

L’ENVOL (Critique)

SYNOPSIS: Quelque part dans le Nord de la France, Juliette grandit seule avec son père, Raphaël, un soldat rescapé de la première guerre mondiale. Passionnée par le chant et la musique, la jeune fille solitaire fait un été la rencontre d’une magicienne qui lui promet que des voiles écarlates viendront un jour l’emmener loin de son village. Juliette ne cessera jamais de croire en la prophétie.

Adaptation libre du roman Alye parusa , autrement dit  Les voiles écarlates  (1923) d’Alexandre Grine, L’envol  fait l’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs cette année à Cannes. Pietro Marcello, le réalisateur, insiste sur la liberté de cette adaptation, qui au final en reprend surtout les grands principes. Pietro Marcello est un amoureux d’histoire de l’art et de littérature. Il oscillait jusqu’à présent entre le documentaire et le film. Il commencera sa carrière de vidéaste par des « vidéos participatives  », dans l’univers carcéral, où il était d’ailleurs enseignant. Il sera notamment primé avec La Bocca del Lupo  » (2009) à Turin et à la Berlinade où le propos concerne entre autre l’art résilient, que le réalisateur sait et aime filmer. En 2019, il sortira Martin Eden , déployé comme une danse lyrique et poétique, tout en conservant l’esprit originel du roman de Jack London.


De l’art, il en est gracieusement question dans L’envol, pour ce véritable conte musical. Il y a la voix de Juliette, enivrante et douce quand elle chante l’amour comme la perte, où elle envahit alors l’écran. Il y la voix de Juliette et aussi les mains de son père, Raphaël. Des mains, comme une métaphore de ces destins familiaux. Elles sont dures, abîmées, calleuses, crevassées et presque difformes. Mais elles sont aussi celles de l’artiste, du sculpteur, du graveur, véritable écrivain du bois. C’est ici tout le délicieux sel de ce film, oscillant parfois certes avec des bizarreries totalement assumées et une pure histoire d’émancipation féminine dans les liens de Juliette au fil de son développement. Ce récit d’émancipation est porté par cet espoir fou et cette bouleversante beauté des rêves de la jeune fille. L’utopie prophétique de quitter ce village dur, bourru, crasseux et duquel elle est bannie. Elle et son père sont en marge du monde. « Tu aurais mieux fait de mourir à la guerre  », entend-il pourchassé et battu par les autochtones pour des raisons que nous vous laisserons découvrir. Néanmoins, ce bannissement, cette forme d’anathème fait penser à celui vécu par Jean de Florette dans le film éponyme de Claude Berri sorti en 1986. La même violence du rejet, le refus collectif et insensé de l’altérité, qui malgré tout va sous nos yeux, comme ceux d’un parrain de Juliette, voir la petite fille devenir femme. A cet égard, son parcours, son envie insatiable de tendresse va s’avérer poignant de résilience jusqu’au dénouement des voiles écarlates qui viendront ou pas… Pietro Marcello va truffer son film de références artistiques ardemment humanistes et universalistes qui vont forger les convictions et rêveries de Juliette. On la surprend à lire du Louise Michel, qui incarne au plus fort cette passion dévorante de liberté.



Une liberté qui est magnifiée par la mise en images, tant la photographie de Marco Graziaplena esthétise une nature, dans une bienveillance qui viendra apaiser la crasse bêtise d’une humanité, toujours en quête de nouvelles haines à inventer. La musique n’est pas en reste, avec Gabriel Yared, qui la dirige et récemment entendu dans Le dernier piano  (2021). Les interprètes sont d’un engagement total et sont singulièrement captivants. Qu’il s’agisse de Noémie Lvovsky dans le rôle d’Adeline qui élève Juliette et qui se positionne comme une louve aimante très sensible. Louis Garrel est un Jean prédestiné à Juliette et comme toujours avec lui, sa justesse est totale, la beauté du jeu et de l’homme. Yolande Moreau ne se départit plus d’une forme d’émotion permanente à chacune de ses apparitions. Elle est celle par qui le destin basculera. Raphaël Thierry, dans le rôle du papa est clairement impressionnant. Au-delà d’une gueule, il porte dans son regard, ses mouvements, la pose de ses mains sans fin, une force inépuisable et qui nous transperce le cœur dans sa simplicité. Et puis, il y a Juliette Jouan, qui campe son personnage de Juliette avec une troublante authenticité. L’actrice a en commun le prénom avec son rôle, mais surtout, elle se fond dans son personnage, ne fait qu’une avec elle, et c’est sans doute ce qui fait de ce genre de performance un véritable chef-d’œuvre d’interprétation. Au final,  L’envol , c’est un univers en soi et en soie. Le risque de répétition est ici utile, tant ce film est gracieux, poétique et surtout, mais surtout, offre au spectateur le plus beau et universel des cadeaux : l’espoir.

Titre Original: L’ENVOL

Réalisé par: Pietro Marcello

Casting: Juliette Jouan, Louis Garrel, Noémie Lvovsky…

Genre: Drame, Historique, Romance

Sortie le: Prochainement 

Distribué par: Le Pacte

EXCELLENT

2 réponses »

    • Très beau, très belles photos, très belle mise en scène, très beau décor, très bons acteurs surprenants, un moment de rêve et d’échappatoire sans égal.
      Les passages des documentaires d’époques au rêves tournés en 16mm sont d’une discrétion élégante et habile.
      Le jeu d’acteurs reste subtile qu’ils soient connus ou inconnus.
      Bref un film surprenant par sa plastique et sa sensibilité hors du commun. Un nouveau metteur en scène dans une nouvelle écriture, hors du commun, et pleine d’espoir.
      Hâte de découvrir son prochain film.
      Hervé Darbonne

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