Critiques Cinéma

GARDE À VUE (Critique)

SYNOPSIS: Le soir du 31 décembre, Jérôme Martinaud, un notaire, est convoqué au commissariat afin de témoigner sur l’assassinat et le viol de deux petites filles. Les inspecteurs Gallien et Belmont, persuadés de la culpabilité du notable, le mettent en garde à vue. Gallien essaye à tout prix de le faire avouer mais malgré tout, l’affaire piétine. C’est alors que Madame Martinaud, la femme du suspect, fait un témoignage décisif pour l’enquête.

Après le beau succès rencontré par son premier long métrage La Meilleure façon de marcher et l’échec public de son deuxième film, Dites-lui que je l’aime, Claude Miller est un jeune cinéaste prometteur mais pendant quatre ans tous ses projets vont échouer à se monter. En 1980, il est contacté par Georges Dancigers, l’associé d’Alexandre Mnouchkine dans la maison de production indépendante Ariane Films qui lui explique en substance le désir de Michel Audiard d’écrire pour Michel Serrault l’adaptation d’un polar de la Série noire, A table – Brain Wash et qu’ils sont à la recherche d’un réalisateur. Libre de tout engagement, Miller n’est pourtant pas aussi enthousiaste que cela à cette perspective, n’ayant aucune affinité artistique avec Audiard. Il demande pourtant à Dancigers de lire le roman signé John Wainwright et il le trouve très réussi. L’agent de Miller, Jean-Loui Livi le pousse à accepter le film alors que Costa-Gavras, Yves Boisset ou encore Alain Corneau ont refusé. Miller hésite devant la réputation intraitable d’Audiard et l’envie d’imposer ses desiderata et sa crainte de ne pas y parvenir avant de finalement dire oui.« Ce qui a fait que j’ai dit tout de suite oui c’est le livre qui m’avait absolument bouleversé. J’y trouvais mon bonheur sur le plan thématique que ça l’a finalement emporté sur les goûts que je pouvais avoir à l’époque ».

Pour Michel Audiard c’est la perspective de pouvoir construire une histoire basée avant tout sur le dialogue qui l’excite le plus et le fait d’offrir à Michel Serault le rôle du suspect. A la demande d’Audiard, c’est Jean Herman (futur Jean Vautrin) qui adapte le roman tandis qu’il se réserve les dialogues. Sollicité pour jouer le flic qui doit faire face au suspect, -devenu sur une idée de Serrault un notable établi-, Yves Montand n’est pas disponible. Miller qui souhaite diriger Ventura, voit Audiard être réticent, car le comédien avec qui il a pourtant collaboré à maintes reprises trouve désormais à redire sur ses dialogues. Toute la préparation du film et surtout la période d’écriture s’avère extrêmement compliquée, envenimée par une relation difficile entre le réalisateur et le scénariste et des points de vue stylistiques relativement opposés. Le film est d’ailleurs un exercice de style vertigineux mettant face à face deux monstres sacrés et promettant en plus l’apparition en guest-star de Romy Schneider dans le rôle de la femme du suspect (les producteurs, contrairement à Miller souhaitaient Françoise Fabian). Les personnages (avec aussi celui de l’inspecteur Belmont interprété par Guy Marchand) sont le centre névralgique du film et sont censés lui conférer toute sa densité dramatique et la puissance qu’il dégagera.

Claude Miller qui a revu Le Limier de Mankiewicz mais qui s’est aussi inspiré visuellement de ses souvenirs de La Corde d’Alfred Hitchcock sait que Garde à vue repose en grande partie sur la mise en scène de la parole. Miller fait par ailleurs réaliser un story-board complet par Lam Lê, un dessinateur également metteur en scène, avec qui il connaitra une véritable collaboration qui donnera naissance à l’esthétique du film. Pour la technique, il fait appel à Bruno Nuytten dont le travail sera pour beaucoup dans la singularité visuelle du métrage: « Il faisait partie de ma bande, c’était le jeune chef opérateur qui monte… il a eu l’idée d’éclairer au néon alors qu’on était en studio. Il a un peu éclairé le studio comme un décor naturel. » Ce qui ne va pas sans poser de problèmes techniques obligeant à tourner le film en vingt-cinq images par seconde. Lorsque le tournage démarre, Claude Miller sait que cela ne va pas être de tout repos et qu’en plus de devoir diriger deux stradivarius il va se heurter à l’intransigeance de Serrault qui n’a pas apprécié la défiance du réalisateur vis-à-vis de la qualité des dialogues de son ami Audiard. Fort heureusement pour lui, Lino Ventura et Romy Schneider lui apportent suffisamment de bienveillance pour supporter une situation conflictuelle qu’il affronte bien malgré lui. Malgré l’importance du storyboard de Lam Lê, Serrault est le seul à ne pas le suivre scrupuleusement. « On tournait qu’à une seule caméra. On est restés quatre semaines et demi dans le bureau » se souvient le premier assistant réalisateur Jean-Pierre Vergne. Il faudra attendre trois semaines de travail pour que les réserves de Michel Serrault tombent enfin, même si ses relations avec Ventura sont cordiales sans jamais être amicales. Claude Miller, malgré tous les obstacles qui se dressent devant lui, ressort du positif de cette expérience enrichissante:  « On racontait l’histoire dans l’ordre. C’était un luxe merveilleux de ne pas avoir à se creuser la tête pour des raccords de jeu ou de lumière. » Pour la musique, les producteurs souhaitent recourir à un compositeur connu. Miller opte pour Georges Delerue et lui fournit des indications précises (« une musique de manège, un thème à l’orgue de Barbarie »…) respectées à la lettre par le musicien immédiatement inspiré.

Lorsque le film sort le 23 septembre 1981 il rencontre un grand succès (plus de deux millions de spectateurs en France) . La promesse de la confrontation entre les deux stars est tenue de bout en bout et les dialogues d’Audiard que Miller redoutait tant sont si brillants que beaucoup de gens les connaissent rapidement par cœur. Ventura et Serrault se renvoient la balle avec gourmandise et chacun donne le meilleur de lui-même. Si Ventura est plus dans sa zone de confort, Michel Serrault surprend avec son personnage de notaire trouble et il propose une performance exceptionnelle qui marque les esprits. L’apparition de Romy Schneider apporte une pointe de glamour et de mystère tandis que Guy Marchand est tordant en inspecteur adjoint. La mise en scène sophistiquée de Claude Miller est impeccable et, marque des grands, sait se faire discrète et n’est jamais ostentatoire. Même son recours aux flashbacks que son ami François Truffaut lui reprochait, n’ajoutent pas un poids auteurisant à un film, qui, sans être le plus personnel de son metteur en scène, est une œuvre populaire et exigeante. Fort de cette réussite, le film obtient huit nominations lors de la septième cérémonie des César et décroche quatre statuettes (dont celle du meilleur acteur pour Michel Serrault ainsi que celle du meilleur scénario). Claude Miller en ressortira avec une certitude : « C’est Garde à vue qui m’a fait devenir un peu un metteur en scène reconnu. C’était un peu la chance de ma vie. » Même si il était déjà un metteur en scène en vue, on ne saurait lui donner totalement tort.

Bibliographie

Bonus Blu-Ray Collection Héritage TF1 Vidéo

Serrer sa chance Claude Miller Editions Stock

Titre original: GARDE A VUE

Réalisé par: Claude Miller

Casting: Lino Ventura, Michel Serrault, Guy Marchand, Romy Schneider …

Genre : Policier

Sortie le: 27 septembre 1981

Distribué par : –

CHEF-D’ŒUVRE

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