Critiques

LUPIN DANS L’OMBRE D’ARSÈNE (Critique Saison 1 Partie 1) une adaptation très sage mais un spectacle divertissant…

SYNOPSIS: Il y a 25 ans, la vie du jeune Assane Diop (Omar Sy) est bouleversée lorsque son père meurt après avoir été accusé d’un crime qu’il n’a pas commis.

Aujourd’hui, Assane va s’inspirer de son héros, Arsène Lupin – Gentleman Cambrioleur, pour le venger… 

Arsène Lupin, le fameux Gentleman Cambrioleur créé par Maurice Leblanc au début du XXème Siècle, a connu de nombreuses aventures hors de son médium d’origine. Passé par les pièces de théâtre, la bande dessinée, le cinéma et le cinéma d’animation, le personnage, son charisme magnétique et son univers semblent être une source d’inspiration inépuisable qui cherche encore plus à s’approprier d’autres médias pour maintenir son héritage. Et l’héritage est la thématique principale de la nouvelle série originale Netflix française proposée par la plateforme en ce début 2021, puisque nous plongeront comme son sous-titre l’indique dans « L’Ombre d’Arsène ». Lupin raconte l’histoire d’Assane Diop, un homme aux multiples visages qui multiplie les coups aux quatre coins de Paris en maîtrisant le déguisement, l’infiltration et la tromperie. On suit le personnage dans sa quête pour faire enfin la lumière sur la mort de son père après que ce dernier ait été accusé d’un vol de collier par une famille riche.

En 2010, les deux scénaristes anglais Steven Moffat et Mark Gatiss transposent les écrits mondialement connus d’Arthur Conan Doyle au XXIe Siècle, plongeant la figure emblématique du détective le plus célèbre du monde dans la génération des Nouvelles Technologies, ouvrant tout un pan de possibilités diverses et variées pour déployer des histoires toujours plus inédites de Sherlock Holmes et du Docteur Watson, tout en faisant peser l’héritage des nouvelles de base dans la balance. Le parti pris de George Kay, créateur de Lupin, prend en quelque sorte cette même idée : ancrer une figure historique pourtant bien cantonnée à son époque d’origine dans un contexte moderne, contemporain à la période de visionnage. A la différence notable près que le protagoniste de Lupin… n’est pas Lupin. Le personnage d’Assane Diop est d’abord un fils, passionné par un roman offert par son père, Babakar Diop, contant les aventures du Gentleman Cambrioleur de Maurice Leblanc, avant que celui-ci, chauffeur pour la famille Pellegrini, ne soit accusé du vol d’un collier à la valeur inestimable (si ce n’est la somme de 60 millions d’euros pour laquelle il sera vendu aux enchères dans le premier épisode). Assane, alors adolescent, subit la mort de son père, suicidé dans sa cellule, et l’intrusion de la police dans sa vie. 25 ans plus tard, alors que le collier refait surface, Diop passe à l’action, s’inspirant des (mé)faits d’Arsène Lupin pour mettre en route son plan de vengeance. Lupin fonctionne en intégrant une intrigue à part des autres dans chaque épisode. Chaque partie permet de mettre en image un autre coup de Diop, tantôt au Louvre, tantôt devant une caméra de télévision. La série s’inspire des idées saugrenues mais pourtant inventives du Lupin original pour faire d’Assane un héritier en puissance dans le Paris du XXIe Siècle, ancré dans un contexte bien précis. Fils d’un immigré sénégalais accusé à tort d’un vol, le protagoniste cherche à organiser une vengeance contre la société, et contre cette famille blanche richissime qui semble moins se soucier de sa morale que de son argent et son influence.

Dans son exécution, Lupin est assez divertissant, assurant un spectacle riche en courses poursuites impressionnantes (les hauts de cette première salve d’épisodes) et en tromperies malines à base de déguisements et de mises en place complexes. Cependant, la série reste bien timide dans ses idées et se montre à de nombreux instants en retrait par rapport à son potentiel filmique. La réalisation, bien qu’assurée par des grands noms (Louis Letterrier et Ludovic Bernard pour les 5 premiers épisodes, rejoints en deuxième partie de saison par Marcela Said), est assez invisible et impersonnelle, de même que son empreinte visuelle. En soit, Lupin est une adaptation très sage, qui n’ose pas tellement faire preuve d’audace (sauf quand il s’agit d’encastrer une Ferrari dans la pyramide inversée du Louvre – parce que pourquoi pas ?). Il y a un certain manque d’équilibre dans le show, oscillant entre séquences bien dosées en rythme et d’autres maladroitement écrites qui semblent passer bien trop vite. Mais malgré tout ça, on notera quand même l’honnêteté de la proposition, qui brille avant tous dans les phases qui parlent des personnages en premier lieu. Assane Diop est un protagoniste auquel on apprécie s’attacher, rendant sa fourberie et sa malice amusantes d’inventivité. On a presque l’impression d’assister à une chasse au trésor qui aurait pourtant mérité d’être vue à bien plus grande échelle. Son manque d’ampleur se ressent, et on ne peut qu’espérer qu’elle viendra dans la seconde moitié de la saison 1. On notera également la qualité de certains retournements de situation. Si certains sont très largement prévisibles, l’histoire se déroulant assez limpidement (les mystères sont la marque de fabrique de Sherlock Holmes, pas tellement de Lupin, avec qui on cherche le spectaculaire avant tout), on se retrouve à quelques instants avec des cliffhangers bien travaillés qui accrochent le spectateur. Car malgré ses défauts évidents, on se surprend à continuer de regarder, épisode après épisode, pour savoir ce qu’il adviendra des personnages, et quand leurs chemins se croiseront.

Car une des particularités de Lupin, c’est qu’elle multiplie les points de vue. Diop n’est pas notre unique repère dans l’univers dépeint par la série. On suit également des flashbacks de sa jeunesse (sa relation avec son père, sa rencontre avec la fille Pellegrini, son parcours à l’école avec la future mère de son fils…), la Famille Pellegrini (notamment le père, homme d’affaires à l’apparence redoutable et mesquine), et le commissariat de police. On suit une brigade d’enquêteurs chassant le mystérieux Paul Serrine/Luis Perenna (anagrammes de Arsène Lupin) qui fait des siennes dans tout Paris en leur riant littéralement au nez.

Au casting de la série, on retrouve le grand Omar Sy dans le rôle principal, signant une interprétation riche en thématiques et en personnages fantasques qu’il entasse dans sa garde-robe de déguisements. Et – on l’imagine – comme Assane Diop, Sy semble beaucoup s’amuser à se glisser dans la peau de ce cambrioleur au style si reconnaissable, faisant preuve d’audace et de malice. A ses côtés se trouvent également Vincent Londez, Nicole Garcia, Clotilde Hesme, Ludivine Sagnier, Antoine Gouy, Shirine Boutella et Soufiane Guerrab, qui nourrissent le récit de leurs points de vue et de leurs personnages hauts en couleurs.

En soit, Lupin se propose comme un spectacle divertissant et assez bien mené, bien que le rythme et l’écriture pèchent sur l’exécution de l’ensemble. En résulte malgré tout une série accrocheuse au casting attachant, abordant à travers ces intrigues de cambriolages et d’infiltrations inventives des thématiques modernes en transposant cette figure classique d’Arsène Lupin dans notre contexte contemporain. Et même si on aimerait que le show fasse preuve de plus d’audace et tente davantage au niveau de sa réalisation, de son écriture et de son esthétique, on continuera de suivre les aventures rocambolesques d’Assane Diop – qui a encore à prouver qu’il est digne de l’héritage de Lupin – ne serait-ce que pour avoir le fin mot de l’histoire.

Crédits: Netflix France

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