Critiques

NORMAL PEOPLE (Critique Mini-Série) Un splendide drame sensuel et intelligent…


SYNOPSIS: Dans un lycée d’une petite ville de l’ouest de l’Irlande, Connell est un joueur de football apprécié, beau et athlétique. Marianne est une lycéenne fière, intimidante et solitaire qui évite activement ses camarades de classe et remet en question l’autorité de ses enseignants. Les parents de Marianne sont les employeurs de la mère de Connell (Sarah Greene, “Dublin Murders”), femme de ménage. Mais lorsque ce dernier vient chercher sa mère sur son lieu de travail, une connexion étrange et indélébile se développe entre les deux adolescents – une relation qu’ils sont déterminés à cacher.

En à peine deux romans, la jeune romancière irlandaise Sally Rooney a su se faire une place remarquée dans la littérature de la génération des millenials. Ses livres, traitent des questionnements et errements propres à cette période qu’on pourrait nommer « adulescence », entre reste d’adolescence et passage difficile à l’âge adulte. Il n’était alors pas étonnant que la télévision s’empare de ses écrits pour des adaptations, et c’est son deuxième roman, Normal People, qui ouvre le bal. Il s’agit d’une co-production entre la BBC et la plateforme Hulu, écrite en grande partie par Rooney elle-même et filmée par Lenny Abrahamson (Room, Frank, The Little Stranger). A la base de Normal People, un pitch simple, et déjà vu : les amours contrariées de deux lycéens, le charismatique Connell et la discrète Marianne, dans la campagne irlandaise. Si leur attraction mutuelle est vite palpable, la vie mettra cependant bien des bâtons dans les roues de ces deux êtres très différents et pourtant unis dans une passion complexe et douloureuse, qui s’étend sur plusieurs années.

A première vue donc, rien de nouveau sous le soleil, la série commençant d’ailleurs avec quelques tropes de narration… Mais c’est pour mieux les pervertir par la suite, créant alors une œuvre pertinente et bouleversante sur la dépression, l’amour, l’anxiété, les rapports de classe, pour ne citer que ça. La bonne idée de la série est d’adopter un format de 30 minutes : idéal pour entrer d’emblée dans un épisode, mais aussi pour accentuer l’envie de lancer l’épisode suivant et offrir un aspect plus chapitré à l’ensemble. L’histoire se déroulant sur plusieurs années, on comprend très vite les menus changements s’opérant via un trait de maquillage, une coupe de cheveux légèrement changeante… Et cela fonctionne bien puisque l’on assiste en même temps que les protagonistes à leurs légères mais pourtant vraies évolutions de caractère et de carrières.

Surtout, la série brille (et c’est assez peu courant) par ses scènes de sexe. Loin des considérations sordides des utilisateurs de Pornhub ayant découpé ces scènes pour les mettre sur le site en question, ces scènes offrent un aperçu intimiste et très charnel d’une vraie relation, depuis les débuts timides et douloureux à une fougue plus passionnée et expérimentée. Chorégraphiées par une coordinatrice d’intimité, métier de plus en plus préconisé sur les tournages, ces scènes valent aussi d’un point de vue cinématographique par les angles recherchés, loin d’un voyeurisme facile. Encadrées par la photographie très douce de la série et une bande-son superbes, ces scènes ne semblent jamais faciles, parce qu’elles font partie de l’histoire de ce couple et de la manière dont ils apprennent à se connaître.

Car, au-delà des scènes de sexe, la série est aussi un double-portrait brillant de deux personnes issues de milieux différents et qui voient leurs positionnements sociaux changer de manière parfois imperceptible selon leur milieu. Ce changement de paradigme qui intervient à intervalles réguliers dans la série rebat les cartes pour montrer justement, à quel point la société actuelle peut tout faire basculer du jour au lendemain, selon que l’on ait de l’argent, une position sociale, un compagnon. S’y mêle aussi une description encore trop rare d’un homme en proie à l’anxiété, la dépression, et dont la vulnérabilité n’est ni moquée ni tournée en dérision, mais prise au sérieux, le temps d’un épisode bouleversant en fin de saison qui nous fait prendre toute la mesure d’une douleur trop longtemps tue. Le tout est sublimé par un duo d’acteurs magnifiques : Daisy Edgar-Jones et Paul Mescal, dont c’est le premier rôle, explosent dans des rôles complexes et fragiles mais touchants. Leur alchimie aide à faire passer la pilule de menus défauts, notamment à la mi-saison, avant que la conclusion ne prenne un malin plaisir à briser nous petits cœurs déjà bien secoués par tant de faux départs et de promesses.

En définitive, c’est donc une très belle pioche pour la BBC et pour Hulu, qui nous livrent avec Normal People un splendide drame sensuel et intelligent, écrit avec finesse et porté par un duo d’acteurs formidables. Au panthéon des meilleurs mini-séries de ces dernières années, on espère vite revoir Sally Rooney au scénario d’une œuvre, car sa voix est de celle qui porte des histoires simples comme le monde, mais pourtant universelles.

Crédits: Starzplay

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