Critiques Cinéma

PAPY FAIT DE LA RESISTANCE (Critique)

SYNOPSIS: En 1943, les Bourdelle se voient eux aussi envahis par les Allemands, et se retrouvent logés à la cave. Le fils, GuyHubert, dissimulé derrière les traits d’un coiffeur homosexuel, est en fait Super-Résistant, sorte de Zorro du moment, et qui complote contre les nazis.

Martin Lamotte et Christian Clavier adaptent leur propre pièce de théâtre pour le cinéma et y interprètent les rôles principaux. Après les succès des Bronzés (1978), des Bronzés font du ski (1979) et du Père Noël est une ordure (1982), la troupe du Splendid rempile pour une autre grande comédie aujourd’hui culte. Jean-Marie Poiré est de nouveau à la réalisation un an après Le Père Noël. Les acteurs sont tous incroyables. Outre la troupe du Splendid (Martin Lamotte, Christian Clavier, Dominique Lavanant, Gérard Jugnot, Josiane Balasko, Michel Blanc, Thierry Lhermitte, Bruno Moynot etc.), on se délecte du casting haut de gamme (Jacqueline Maillan, Michel Galabru…) et du nombre élevé de grands acteurs dans des petits rôles : Bernard Giraudeau, Jean Carmet, Jean-Claude Brialy, Jean Yanne, Roger Carel, Julien Guiomar… Cependant c’est l’un des deux seuls films de la troupe où Marie-Anne Chazel n’apparaît pas (elle était enceinte au moment du tournage). Tout comme dans l’immense Père Noël est une ordure, ce Papy-là ne fait pas dans la dentelle, pour notre plus grand bonheur. On retrouve le cynisme et la méchanceté qui font tout le sel du film précédent. Ici, on voit résistants et collabos s’affronter à Paris en 1943 pendant l’Occupation allemande. Cette gigantesque farce, volontairement irréaliste, est d’une drôlerie absolue où les répliques et les moments comiques s’enchaînent à un rythme effréné (car on est aussi dans un film d’aventures !). Voir Roland Giraud citer Corneille avec un accent allemand à couper au couteau ou bien Jacques Villeret chanter du Julio Iglesias à Jacqueline Maillan restent des scènes inoubliables ! Mais celle qui emporte le morceau est bien la scène post-générique des Dossiers de l’écran avec le véritable présentateur Alain Jérôme : 10 minutes de folie pure qui viennent brillamment contrebalancer ce qu’on vient de voir.


Car le film parodie les précédentes œuvres cinématographiques parlant de la Résistance. On pense à l’incroyable La Vie de château (1966) de Jean-Paul Rappeneau (une grande maison de famille réquisitionnée par les Allemands), mais surtout au classique de la comédie La Grande Vadrouille de Gérard Oury (1966), avec Bourvil et Louis de Funès. Le film est d’ailleurs dédié à ce dernier. En effet, il était question que l’acteur incarne Papy (joué par Michel Galabru) puis le demi-frère d’Hitler (finalement interprété par Jacques Villeret) mais malheureusement il meurt avant le tournage. On peut percevoir l’hommage qu’est le film de Poiré à La Grande Vadrouille, et en même temps on ne peut s’empêcher de penser qu’il est aussi un pied de nez à ces longs-métrages célébrant la résistance française, où tous les Français de cette époque étaient bien sûr résistants. Ces films participaient au mythe résistancialiste, développé par De Gaulle, c’est-à-dire une résistance française naturelle et unanime ayant débutée dès le début de la Seconde Guerre Mondiale. A partir des années 1970, ce mythe est démonté, plus particulièrement grâce au célèbre documentaire de Marcel Ophuls : Le chagrin et la pitié (tourné en 1969 et sorti au cinéma en 1971) qui parle de la collaboration de ces « années noires ». Puis le téléfilm Au Bon Beurre (1981) d’Edouard Molinaro marque les esprits en prenant le sujet de la collaboration et du marché noir à bras le corps (la télévision continuera à explorer cette période compliquée avec l’excellente série Un Village Français (2009-2017) qu’on vous recommande). Et vient ce fameux Papy fait de la résistance qui joue constamment sur cette ambiguïté.


Ce jeu avec le mythe résistancialiste se double d’un second avec le mythe du super-héros. En effet, le personnage principal incarné par Martin Lamotte est un ersatz de Superman/Clark Kent car il mène une double vie : il est une caricature de coiffeur efféminé dans la vraie vie mais se transforme en super-héros appelé Super-Résistant (!) quand il doit défendre la veuve et l’orphelin (soit sa famille et la nation). Le costume avec la cape et le chapeau haut de forme est d’ailleurs inspiré de Fantômas (et la coïncidence veut que Louis de Funès a joué dans les adaptations cinématographiques avec Jean Marais).


Le film s’amuse par conséquent avec le thème de l’héroïsme, que ce soit à travers le mythe résistancialiste et à travers le mythe du super-héros. SPOILER Les 10 dernières minutes (post-générique), tout bonnement monstrueuses, viendront mettre à mal ces thématiques en les annulant dans un règlement de compte absolument jouissif entre les différents protagonistes. La critique est vive, grotesque, méchante et ces mythes sont déconstruits, détruits pour nous ramener à une réalité plus nuancée et complexe dans un feu d’artifice complètement chaotique et la fin la plus osée et intelligente qu’on ait pu voir dans une comédie française. FIN DU SPOILER On vous recommande donc fortement de voir et revoir ce Papy fait de la résistance, l’une des comédies les plus drôles que l’on connaisse !

Titre original: PAPY FAIT DE LA RESISTANCE

Réalisé par : Jean-Marie Poiré

Casting : Christian Clavier, Martin Lamotte, Gérard Jugnot …

Genre: Comédie

Sortie le: 26 octobre 1983

Distribué par : Agence Méditerranéenne de Location de Films (A.M.L.F.) 

5 STARS CHEF D'OEUVRE

CHEF-D’ŒUVRE

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s