Critiques Cinéma

LE PERIL JEUNE (Critique)

SYNOPSIS: Quelques jeunes hommes se retrouvent plusieurs années après avoir quitté le lycée. Ils assistent pendant son accouchement la compagne de leur meilleur ami, mort une semaine auparavant d’une overdose. C’est pour eux l’occasion de confronter leurs souvenirs. 

Certains films nous accompagnent dès la première minute de leur découverte, ils deviennent des marqueurs dans nos vies et on y revient toujours, quoi qu’il arrive, parce qu’ils nous rendent heureux après nous avoir rendus meilleurs. Destiné à la télévision et diffusé sur Arte dans le cadre de la collection Les Années Lycée, Le Péril Jeune a, dès sa diffusion, séduit les téléspectateurs (800000 téléspectateurs), avant de connaitre une exploitation en salles et de devenir culte pour un très large public (près de 650000 entrées). Second film de Cédric Klapisch après Riens du tout (1991), Le Péril Jeune a beau être une commande avec le thème imposé des années lycée et de l’année où se situe l’action (1975), c’est aussi une histoire que s’est magistralement appropriée Cédric Klapisch. Drôle, inventive, rythmée, mélancolique, psychédélique, ce récit branché sur les pulsations d’une jeunesse mi-romantique, mi désabusée va par sa puissance dramatique, sa soif de liberté et son humour dévastateur balayer le cinéma français de 1995 d’un souffle salvateur. Écrit avec deux de ses copains de lycée (Santiago Amigorena et Alexis Galmot), tourné sur un temps très court (5 semaines de tournage à peine), Cédric Klapisch trouve avec Le Péril Jeune (expression reprise d’un titre de Charlie Hebdo) l’essentiel de ce qui fera son cinéma, à savoir le film d’apprentissage et le rapport d’un individu à un groupe ainsi que subrepticement la sensation diffuse du commencement, favorisant à plein le phénomène d’identification.

En inscrivant la toile de fond du récit au cœur de 1975, Klapisch saupoudre son film de thématiques sociétales, instille dans son script le fait que la conscience politique de la jeunesse et ses désirs d’émancipation soient nettement plus en vogue à l’époque que maintenant et enfin il déploie avec ses co-scénaristes tout un arsenal pour interroger la notion d’amitié et la vie d’une bande de copains à cet âge de la vie. Pour évoquer cette période, le réalisateur d’ Un air de Famille saisit également à la perfection ce mélange d’ennui latent, d’indolence durant les heures de classe ainsi que, paradoxalement, tous les souvenirs géniaux que l’on y glane pour le futur. Dans Le Péril Jeune, outre cette inimitable façon de parler de la jeunesse, c’est la dynamique de groupe ainsi que les interactions entre les comédiens qui impulsent au film son rythme et sa respiration, et en font une référence incontournable pour évoquer cet âge fondateur. Le scénario a également l’intelligence de se jouer des clichés entre les hommes et les femmes (les figures imposées sur le machisme, la scène sur la réflexion autour du viol… ), de montrer les idées et les pratiques libertaires qui avaient cours lors de cette époque pré-sida (la sexualité de groupe, l’expérience de prise de drogues dures… ) et de laisser la place à une BO tonitruante où dans certaines scènes, les tubes disséminés çà et là insufflent un rythme et une vitalité incroyables au film (la sortie salles fut un temps incertaine en raison des droits musicaux élevés à dépenser, problématique qui ne se posait pas de la même manière pour une diffusion télévisée, les chaines payant un forfait annuel auprès de la Sacem, mais Pierre-Ange Le Pogam qui travaillait chez Gaumont a accepté de payer cette somme).

A la fois film historique et teen movie, comédie potache nimbée d’une toile de fond dramatique, mélancolique et bourré d’une énergie folle, Le Péril Jeune doit son succès à la mise en scène énergique et intemporelle d’un Klapisch qui, avec un budget léger pour un film nécessitant un tant soit peu de reconstitution (ne devant pas excéder sept millions de francs) fait des merveilles (la très réussie séquence du trip d’acide). Mariant l’humour et l’émotion avec virtuosité, Le Péril Jeune est évidemment et surtout un écrin magnifique pour des acteurs en état de grâce. Découvert lors d’un casting sauvage, Romain Duris éclate littéralement de charisme et de magnétisme sous les traits de Tomasi, l’œil qui frise et l’attractivité animale faisant rêver autant les filles que les garçons font instantanément de lui un acteur saisissant. Remarqué au Cours Florent, Vincent Elbaz est parfait d’insouciance en ado stupide (même si il avait alors 23 ans) et Nicolas Koretzky (Momo), Julien Lambroschini (Bruno) et Johachim Lombard (Léon) complètent magnifiquement la bande des cinq avec une justesse de ton incroyable. Pour ce qui est des personnages féminins on croise aussi bien pour leurs premières apparitions Élodie Bouchez ou Hélène de Fougerolles que Caroline Proust mais il faut véritablement noter que la justesse de l’interprétation favorise le pouvoir d’identification qui permet au spectateur de retrouver dans l’un ou l’autre des personnages une part de lui-même. Car au final, entre l’adolescence et l’âge adulte, dans les interstices de la vie, il y a Le Péril Jeune, chronique intemporelle sur la jeunesse dans laquelle chacun peut piocher une partie de ses souvenirs! Cultissime à bien des égards. Génial indubitablement.

Titre Original: LE PERIL JEUNE

Réalisé par: Cédric Klapisch

Casting: Romain Duris, Vincent Elbaz, Julien Lambroschini

Genre: Comédie, Drame

Sortie le: 11 janvier 1995

Distribué par:  Gaumont

CHEF-D’ŒUVRE

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