J'ai quelque chose à vous dire...

J’ai quelque chose à vous dire… Martin Scorsese

Très cher Monsieur Scorsese,

Si je me décide à vous écrire aujourd’hui c’est que l’hommage que vous allez recevoir au Festival de Cannes et la distinction du Carosse d’Or qui va vous être remise à l’occasion des 50 ans de La Srf – Société des Réalisateurs de Films et de la 50ème Quinzaine des Réalisateurs réveille en moi les souvenirs qui ont faits qu’un jour je suis tombé amoureux de votre cinéma pour la vie. Je m’en souviens parfaitement. Ce n’était pas en voyant Mean Streets qui sera projeté pour cet hommage (et qui fut révélé à la Quinzaine des Réalisateurs en 1974) ou Taxi Driver ni même Raging Bull ou encore La valse des Pantins qui avaient pourtant déjà inscrits votre nom en lettres d’or dans l’Histoire du Cinéma. Non j’ai dû attendre 1990 et Les Affranchis pour devenir un inconditionnel et de votre filmographie éblouissante et de votre talent, de votre don, en un mot de votre génie. Non, je n’essaye nullement de vous flatter pour gagner vos faveurs, non non, je ne tente pas une opération de séduction pour obtenir une interview ou je ne sais quel autre avantage dont je pourrais tirer profit, non je vous dis tout simplement ce que me dicte mon cœur, à savoir que depuis que Henry Hill et consorts ont débarqués dans ma vie, vous y avez fait votre nid et vous êtes tout simplement devenu l’un des cinéastes que je vénère le plus au monde. Me voilà reparti dans les flatteries mais il est difficile de ne pas y succomber tant votre cinéma invite à la dithyrambe. Revenons un peu à ma découverte des Affranchis car si cette missive s’adresse à vous je me dois d’y parler de moi, pardonnez-moi cette immodestie.

La première fois que j’ai découvert votre film j’ai éprouvé une jubilation totale, sans partage, étourdissante. Si l’interprétation et l’histoire m’ont transportées c’est la mise en scène qui m’a scotchée et ébahie. Tout, absolument tout, de la musique au montage, des effets visuels au choix des cadrages, du rythme effréné à l’humour subtil, de la violence implacable à la moindre parcelle de pellicule, j’y ai trouvé le pouvoir fantastique des images mêlé à la force d’un propos et je me suis retrouvé collé dans mon siège, la bouche mi-ouverte deux heures vingt cinq durant à profiter du spectacle comme un gamin devant son tout premier Disney. On n’oublie pas ce genre de sensation, ni la première fois qu’on l’a ressentie en étant totalement conscient du phénomène, à la fois porté par la magie de l’instant et insouciant de ce qu’il faudrait dire du film par la suite. On n’oublie pas les artistes qui vous font vibrer de la sorte, dont on pense qu’ils ont fait leur film exprès pour vous. On n’oublie pas ce sentiment de bonheur absolu quand un film vous a conquis de bout en bout et vous a fait échapper à votre vie. La magie du cinéma, cher Monsieur Scorsese, est un art que vous maitrisez à la perfection et je me devais à un moment ou un autre de vous remercier pour ce que vous avez apporté à ma vie et à ma cinéphilie sachant qu’il m’est difficile de dissocier les deux. Car si Les Affranchis ne risque pas de sitôt d’être délogé de mon panthéon personnel, votre filmographie regorge de films étincelants qui m’ont ébloui et séduit. J’ai cité Taxi Driver et Raging Bull évidemment mais que dire de Casino (qui dans mon top 20 de tous les temps n’est pas très loin derrière Les Affranchis), des Infiltrés ou encore du Loup de Wall Street? Mais au delà de cette admiration, c’est votre passion viscérale pour le cinéma que vous transpirez par tous les pores de la peau, qui est source de fascination. Non seulement votre œuvre est extraordinaire, mais vous êtes aussi un passeur qui n’a de cesse de louer le travail des autres et d’en faire la promotion dans vos documentaires ou dans les masterclass que vous donnez ici et là. En cela, nous cinéphiles lambda ne pouvons que nous reconnaitre en vous. Forcément vous êtes le reflet de notre amour insatiable du cinéma, le carbone de notre passion, celui qui fait des films et qui en parle mieux que quiconque, à l’aune de son propre amour. Vous suivre au fil du temps est un bonheur perpétuel. Vous remercier par ce Carosse d’Or semblait une évidence. Vous voir rigolard et passionné, parler de cinéma rend heureux et fait croire un peu plus en la magie d’un art que vous contribuez plus que tout autre à rendre majeur.

Très cher Monsieur Scorsese, je vous souhaite que ce Carosse vous transporte tout autant que vous nous avez fait voyager avec vos films aux confins de votre imaginaire et que lorsqu’il empruntera le chemin retour, un peu de poussière d’étoiles que vous semez partout là où vous passez, viendra nous éclabousser.

Infiniment vôtre

Votre dévoué Fred Teper

*ce texte a été initialement publié le 19 octobre 2015 . Il est republié ici et mis à jour.

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