Analyse

CARRIÈRE : Vincent Lindon ou la merveilleuse humanité triomphante

Vincent Lindon est l’un des comédiens français les plus éclectiques. Avec Rodin, il revient à Cannes, là où il y a 2 ans il triomphait avec La Loi du Marché

Alors qu’il va présenter Rodin de Jacques Doillon au Festival de Cannes où il recevait en 2015 le Prix d’interprétation, il convient d’opérer un retour non exhaustif sur la carrière de Vincent Lindon. Si l’acteur est au sommet depuis plus de 20 ans, il le doit à des choix ambitieux.

La légende Vincent Lindon est connue. Le comédien, perclus de tics, qui disparaissent dès que la caméra tourne, son travail comme régisseur sur des tournées de Coluche, son envie indéfectible de cinéma et son ascension exceptionnelle au cœur du cinéma français où à force de seconds rôles il s’est imposé naturellement, puis le succès indiscutable jusqu’à être une figure incontournable à l’impressionnant éclectisme. De ses premières apparitions à l’écran, l’histoire aura fait le tri, retenant ses passages dans Notre Histoire de Bertrand Blier et surtout dans 37,2° le matin de Jean-Jacques Beineix, où il laissait une belle empreinte en agent de police chantonnant du Yves Duteil. Vinrent ensuite les participations plus conséquentes, les rôles plus marquants, les personnages plus denses et plus épais (Un homme amoureux de Diane Kurys, Quelques jours avec moi de Claude Sautet...) jusqu’au premier rôle véritablement important dans L’Étudiante de Claude Pinoteau où face à Sophie Marceau, Vincent Lindon exprimait à la fois sa singularité et sa sensibilité qui en firent très vite l’un des acteurs les plus sympathiques de sa génération.

Dans le parcours de ce comédien si attachant, ce ne sont pas uniquement les succès publics qu’il faut retenir même si dès le début des années 90 il en collectionnera de nombreux. Mais dans sa fougue et ses envies de cinéma, Vincent Lindon touche déjà à tout et se heurte forcément parfois au manque de curiosité d’un grand public toujours prompt à enfermer les acteurs dans des cases et à leur coller des étiquettes sur le front. Malgré le vivifiant et tonique Gaspard et Robinson (et sa belle association avec Gérard Darmon), malgré Netchaïev est de retour (le film de Jacques Deray ne vaut que par la confrontation avec Yves Montand) ou La Belle Histoire (sa seconde incursion chez Claude Lelouch après le succès de Il y a des jours et des lunes) il n’obtient pas systématiquement de reconnaissance publique, mais les retours critiques sur son travail sont globalement extrêmement positifs. Il n’est déjà plus, à l’aube des années 90, un jeune pousse sur lequel on fonde des espoirs, mais un comédien dont on sent, dont on sait qu’il va compter.

Le vrai décollage a lieu en 1992 avec les succès consécutifs de La Crise de Coline Serreau et de Tout ça Pour ça ! (encore avec Claude Lelouch), deux très gros succès publics. Dans La Crise pour la première fois il porte le film sur ses épaules, il est le héros et le moteur de cette histoire chaleureuse où son humanité déborde de l’écran aux côtés du merveilleux sidekick qu’est Patrick Timsit. Ce ne sera pas la dernière fois évidemment. Des rencontres intéressantes mais des films pas toujours des plus réussis (L’Irrésolu, Les Victimes, La Belle Verte...) ponctuèrent les années qui suivirent jusqu’au formidable Fred (1997) de Pierre Jolivet où dans un registre sombre, Lindon montrait de nouvelles facettes d’un talent hors normes. La rencontre avec Jolivet donnera lieu à plusieurs autres films (Le Frère du Guerrier, Je Crois que je l’aime…),  mais c’est avec Ma Petite Entreprise en 1999 qu’ils réussissent à cristalliser le mieux l’humanité et la bonhomie à la fois dans l’écriture, la réalisation et l’interprétation. Une vraie et grande comédie populaire aux accents sociaux.

Dans la carrière de Vincent Lindon, les rencontres et la fidélité sont de rigueur. Outre Pierre Jolivet, il poursuivra avec Coline Serreau (3 films), Benoît Jacquot (4 films), Philippe Lioret (2 films), Fred Cavayé (2 films) Stéphane Brizé (3 films) des collaborations qui dessinent la cohérence d’un parcours. Mais cette fidélité ne l’empêche nullement d’emprunter des chemins plus sinueux pour des aventures plus délicates. Vincent Lindon ose, se trompe parfois mais n’a pas à rougir de ses choix. Pour un rendez-vous manqué avec Etienne Chatilliez dans l’un de ses moins bons films (La Confiance règne), pour une rencontre avec Nicole Garcia dans un film ni tout à fait réussi, ni tout à fait raté (Selon Charlie), pour un Pater aride mais qui lui permet de croiser Alain Cavalier ou pour l’évocation de l’affaire de l’Arche de Zoé dans Les Chevaliers Blancs de Joachim Lafosse, il avance avec certitude et implication, toujours passionné. Il alterne le film de genre (Pour Elle, Mea Culpa) avec le film social et engagé (Welcome, Toutes nos envies. Quelques heures de printemps), la comédie romantique (Mes amis, mes amours) et le film d’amour (Mademoiselle Chambon) Au fil d’univers variés, il imprime sa marque dans le cinéma français, y déploie son humanité qui s’épaissit avec les années et qui trouve sa quintessence en 2015 avec La Loi du Marché ou en chômeur aux butes avec les dilemmes moraux de son nouvel emploi il est bouleversant de vérité et d’intensité dans tout le dénuement qu’il confère à son jeu. Aujourd’hui il se frotte à Rodin dans le nouveau film de Jacques Doillon, figure historique si il en est. Il ne cesse d’impressionner par sa virtuosité à changer et à élever ses exigences. Il y a en lui des vestiges de ces grands acteurs qui firent les belles heures du cinéma français, de Lino Ventura à Philippe Noiret, une rigueur et un sens du cinéma populaire qui lui permettent d’être à la fois  drôle et bouleversant, léger ou grave, amoureux ou dur. Il est à l’aise dans tous les univers et aussi pointilleux qu’il soit, il séduit par son énergie et son amour du jeu qui rejaillit sur ses performances. On l’aime à n’en plus finir et on ne voit pas trop pourquoi ça changerait.

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